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Adrar 2ème partie:Le chemin de fer

Km 55’785, Nouadhibou, Mauritanie.

Après une semaine magnifique dans l’Adrar, région magnifique du Sahara mauritanien, nous avons quitté cette endroit particulier avec un chemin tout autant particulier: sur le toit d’un train. Un chemin de fer, transportant du fer, qui nous aura arraché aux griffes de l’Adrar pour nous ramener sur la côte. Bref, du fer à toutes les sauces.

sur le toit d'un train. Un chemin de fer, transportant du fer, qui nous aura arraché aux griffes de l'Adrar pour nous ramener sur la côte. Bref, du fer à toutes les sauces.

sur le toit d’un train. Un chemin de fer, transportant du fer, qui nous aura arraché aux griffes de l’Adrar pour nous ramener sur la côte. Bref, du fer à toutes les sauces.

Ville au milieu de nulle part

Un seul commun semble lier toute les villes du monde entre elles : l’eau. Forcément, l’eau c’est la vie. Toutes les grandes villes de notre monde se retrouvent toujours un point en commun: elles sont construites autour d’un point d’eau. Fleuve ou lac, mer ou océan, oasis… L’eau c’est la vie, et la vie se déplace à l’eau

Toutes ? Non, pas vraiment. En effet quelques exceptions viennent changer la donne. Quelques villes sans accès direct à de l’eau potable ou ports commerciaux. Mais ces villes ne se retrouvent pas loin des eaux par hasard, quelques choses a bien du pousser les Hommes à venir s’y installer. Quelque chose de bien plus précieux aux yeux de certains : les richesses du sol. Or ou diamant, gaz ou pétrole, fer, beauxite, coltan ou j’en passe. Ces richesses ont parfois poussé les Hommes à venir vivre dans des zones impensable, pour ne pas dire invivable, dans les zones comptant parmi les plus arides, froides ou chaude du monde où, sans ces richesses, un Homme ne ferait que passer. Il ne serait qu’un voyageur. Un nomade. Pas un sédentaire.

Johannesburg est, à ma connaissance, la plus grande ville de notre monde éloignée de tout point d’eau. Située à plusieurs centaines de kilomètres des côtes les plus proches sur un plateau aride (1’700 mètres d’altitude), Johannesburg ne doit son puissant développement qu’à une raison: la découverte d’or, en 1886. Avant cela, ce n’était qu’un petit village insignifiant. Un hameau. Aujourd’hui, par son agglomération, Johannesburg est la 3ème ville la plus peuplée d’Afrique. Sans accès, aucun, à de l’eau potable car traversée d’aucun cours d’eau, l’acheminement de son eau y est très complexe puisque l’eau consommée par les habitants vient même d’un pays voisin situé au cœur des montagnes: le Lesotho.

Le chemin de fer

Mais j’ai laissé l’Afrique du Sud derrière moi voici près de 2 ans. Retournons donc au Sahara. Plus précisément en Mauritanie, dans les profondeurs du Sahara. Là où les villes minières côtoient les oasis.

 

Nous sommes au bout de nos peines, pensons-nous, lorsque nous atteignons Atar, au cœur de l’Adrar mauritanien. 120 kilomètres, tous goudronné, nous séparent encore de Choum, un village isolé où s’arrête un train mythique, parfois cité comme le plus long du monde. Nous nous y rendons car ce train est notre seul porte de sortie envisageable pour rejoindre le Maroc. En nous enfonçant plus au nord, pas de frontière ouverte et un conflit vieux de 40 ans: celui du Sahara occidental, pays dont l’indépendance n’est reconnue que par une trentaine de pays, ancienne colonie espagnole aujourd’hui appartenant au Maroc. Une seule frontière est ouverte, le long de la côte. Aucune route praticable à vélo relie cette région à la côte, il nous faudrait revenir à Nouakchott pour remonter le pays par la côte. Un détour de quelques 500 kilomètres environs pour un trajet total de 1’000 kilomètres.

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Près de 700 kilomètres et prêt d’un jour de voyage sépare les deux villes par ce train long de presque 3 kilomètres qui transporte chaque jour d’énormes quantité de minerai de fer.

Pour éviter cet énorme détour pas de route, donc, mais un train. Plus que ça, un train qui relie Nouadhibou, capitale économique de la Mauritanie en plein « boum », à Zoueratt, ville minière au cœur du Sahara. Près de 700 kilomètres et prêt d’un jour de voyage sépare les deux villes par ce train long de presque 3 kilomètres qui transporte chaque jour d’énormes quantité de minerai de fer. Entre deux, un village où le train s’arrête, Choum, notre Terminus.

ce train long de presque 3 kilomètres qui transporte chaque jour d'énormes quantité de minerai de fer.

ce train long de presque 3 kilomètres qui transporte chaque jour d’énormes quantité de minerai de fer.

La route de Choum nous offre encore quelques beaux panoramas ainsi qu’un couché de soleil époustouflant. Mais pas grand chose à signaler, c’est donc sans grande difficulté que nous atteignons la gare ferroviaire de Choum où les adolescents, pénibles et insistants, se montrent désagréable, presque agressif. Mais, comme bien souvent, notre bonne étoile nous accompagne… « Le train pour Nouadhibou arrive en fin d’après-midi » nous indique Sheba du haut de son 4X4, « venez-vous reposez chez moi! ».

La route de Choum nous offre encore quelques beaux panoramas ainsi qu'un couché de soleil époustouflant.

La route de Choum nous offre encore quelques beaux panoramas ainsi qu’un couché de soleil époustouflant.

Chez Sheba, nous trouvons là un confort inespéré. Fraîcheur, électricité et nourritures, toujours accompagné de thés, l’après-midi se veut agréable et inespérée. À l’abri des regards insistants des adolescents, nous profitons d’un peu de calme avant le long voyage en train qui va nous arracher à ce monde spectaculaire que fût l’Adrar pour nous déposer, une quinzaine d’heures plus tard si tout va bien, sur les côtes de l’Atlantique. Dans un autre monde, à l’entame du Sahara occidental, loin des canyons et des oasis, où le vent n’est freiné par rien ni personne.

La route de Choum nous offre encore quelques beaux panoramas ainsi qu'un couché de soleil époustouflant.

La route de Choum nous offre encore quelques beaux panoramas ainsi qu’un couché de soleil époustouflant.

Finalement c’est bien après la tombée de la nuit, après 21 heures, que le train arrive. Interminable, le train relie chaque jour Nouadhibou à Zoueratt où il se charge de minerais de fer qu’il ramène le lendemain à Nouadhibou. Les deux trains fonctionnant quotidiennement permettent le passage d’un train par jour dans chaque direction. Au bout du train un wagon est destiné aux voyageurs qui, moyennant 2’500 ouguyas (6 euros), peuvent effectuer le voyage dans un confort très rustique. N’importe qui est également autoriser à voyager gratuitement en grimpant directement dans les wagons de minerai, vide en partant de Nouadhibou mais plein dans l’autre sens, soit le nôtre. Mais ces derniers se devront de s’adapter aux conditions du jour, à son chargement. Vide dans un sens. Conséquent dans l’autre. Fatigué, nous décidons de prendre la première option et d’éviter ainsi le froid de la nuit, la poussière dégagée par le fer, espérant dormir un peu. Du moins, nous le pensons.

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Difficilement mais heureux, je m’endors enfin. Le wagon de fer nous emporte à travers la nuit. Tout en les traversant, nous quittons peu à peu les profondeurs du Sahara. (photo by Pedro)

Un long crissement accompagne cette petite lumière qui marque l’entrée du train en gare.

« Derrière la gendarmerie, tout au fond du train, c’est là que se trouve le wagon des passagers. Mais il faut faire vite, l’arrêt du train est bref ! » nous indique Sheba. Nous nous exécutons, pédalant à contresens du train qui ralentit gentiment. Un homme en uniforme vert militaire nous arrête. Visiblement un douanier. Je lui indique vouloir monter dans le train. « Oui oui, c’est de l’autre côté ! » continue t’il. « Comment ça c’est de l’autre côté, on nous a dit derrière la gendarmerie ». « Oui c’est de l’autre côté insiste-t-il dans un français qu’il ne maîtrise pas bien (mais bien mieux que notre arabe respectif, on est d’accord). Bon, nous repartons dans l’autre sens, à toute vitesse cette fois. Le train s’arrête. Il faut faire vite. Un policier nous arrête à son tour. « Nous cherchons le wagon des passagers ». « Les passagers !??? Mais c’est de l’autre côté ! ». Soit à potentiellement plusieurs kilomètres de là. Le stress s’installe, nous repartons dans l’autre sens, longeant la voie de près. Des hommes chargent ici et là des marchandises en haut de ces wagons chargés de minerai. Mais où est-il ce foutu wagon ??? Vite vite!

Quelques injures volent.

Nous continuons vers le fond du train mais trop tard, nous n’avons plus le temps, le train va partir. « On monte sur les minerai! » me crie Pedro. Il a raison, c’est sûr!!! À la hâte, en panique plutôt, on enlève nos sacoches dans un désordre criant poussé par ce stress profond. Nos bagages tombent du vélos. L’une après l’autre, nous montons les sacoches, les derniers bagages, les bouteilles d’eau ! Il faut monter le tout en haut des wagons, à 3 mètres du sol, s’agrippant comme on peut ici et là, essayant d’aller vite sans se casser la figure. Puis redescendre. Attraper le maximum de choses, les monter en s’agrippant toujours comme on peut, jeter le tout dans le wagon, soit sur les minerais. Et redescendre encore. Vite vite ! Si le train part maintenant nos vélos resterons à quai ! VITE! Et dans un dernier effort, transpirant, nous posons -jetons- nos vélos sur les minerai de fer. Ouf tout y es!!! On vérifie, rien ne manque ! Il était temps…

Ouf tout y es!!! On vérifie, rien ne manque ! Il était temps...

Ouf tout y es!!! On vérifie, rien ne manque ! Il était temps…

Mais le train ne part pas.

Enfin, pas tout de suite. Une voiture passe même lentement le long du train, histoire de vérifier que tout est prêt pour le départ. « Hey là-haut! C’est bon ? » nous lance un homme. Une dizaine de minutes se sont passées. Nous aurions eu le temps. Imbécile ! Je suis un imbécile ! J’en rigole mais finit par répondre « Oui oui, c’est bon! » La voiture continue sa ronde, puis s’éloigne de la voie. Un instant plus tard, le train s’ébranle. Il part. Il quitte Choum, nous quittons l’Adrar. Assis sur quelques tonnes de fer extraites du Sahara. Une bâche est installée dans un coin du wagon, couvrant tant bien que mal une partie des minerais. Une fine couche de poussière de fer, grise, la recouvre ici et là. Quelques dizaines de cartons de dattes sont aussi du voyage. Provenance : Algérie. Et c’est ainsi, entre dattes algériennes et fer mauritanien, que nous nous enfonçons dans la nuit saharienne.

Malgré ce que j’ai souvent lu le train n’avance pas si mal, bien plus vite que les rares trains que j’ai aperçu jusqu’ici en Afrique. Certes, on est loin d’un train européen. Mais de manière régulière, toutes les 2 à 5 minutes peut-être, il lance une « violente » secousse, un gros BOUM qui vient ajouter un peu de rudesse au voyage. La poussière de fer est maintenant propulsée en l’air, plus encore que par l’air et le mouvement du train. Nos sacs, nos vélos, nos habits puis nous mêmes sommes gentiment -mais inévitablement- recouvert de cette fine poussière. Les oreilles, les cheveux, les yeux, tout y passe. On se protège mais ça ne suffit pas. Les dents, elles aussi, n’y échappent pas. Dès lors l’odeur du fer me gagne, le goût aussi. Et il me faudra plus d’une douche et plus d’un jour pour la perdre. Une odeur, un goût, que je ne suis pas sûr de pouvoir oublier un jour. Pas qu’il soit si désagréable en soit. Mais peut-être si particulier.

Ainsi sur le chemin de fer, entouré de fer, recouvert de fer, nous nous enfonçons dans le vaste infini saharien que nous n’apercevrons qu’au matin. La fraîcheur s’installe, devient piquante. Il va falloir s’y…faire! Enfoncé dans mon sac de couchage, capuche fermée après un dernier regards aux étoiles brillantes ce soir, à la demi-Lune qui les accompagnent, je plonge dans un sommeil qui ne sera jamais profond. Pas autant, c’est sûr, que peut l’être le Sahara. Le grand désert.

nous nous enfonçons dans le vaste infini saharien que nous n'apercevrons qu'au matin.

nous nous enfonçons dans le vaste infini saharien que nous n’apercevrons qu’au matin.

Bien conscient que ce soir-là j’ai bouffé du fer comme jamais. Suffisamment, peut-être, pour les 40 prochaines années. Mais les souvenirs de l’Adrar, ses paysages si photogénique, l’accueil reçu, puis cet arrachement brutal et « ferrique » de ce monde féerique, ne s’effaceront jamais. Un sourire intérieur contemple mon visage gribouillé de cette poussière grise. Et mes cheveux (très) sales n’y changeront rien. Gavroche, ce sourire là est simple et authentique. Celui d’une Afrique qui me mène aux larmes intérieures, égoïstement, rien qu’à cette pensée: la quitter.

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Difficilement mais heureux, je m’endors enfin. Le wagon de fer nous emporte à travers la nuit. Tout en les traversant, nous quittons peu à peu les profondeurs du Sahara.

Difficilement mais heureux, je m’endors enfin. Le wagon de fer nous emporte à travers la nuit. Tout en les traversant, nous quittons peu à peu les profondeurs du Sahara.

 Olivier Rochat

Mauritanie: à nous le Sahara

 Km 55’013, Nouakchott, Mauritanie.

L’Afrique à vélo, leçon numéro 1: sortir des itinéraires traditionnels.

L'Afrique à vélo, leçon numéro 1: sortir des itinéraires traditionnels.

L’Afrique à vélo, leçon numéro 1: sortir des itinéraires traditionnels.

Je ne vais pas y aller par 4 chemins ces dix premiers jours de route en Mauritanie n’ont pas été beau ou sympathique ni même agréable. Beaucoup plus que ça, ils ont été fabuleux. Accueillant. Venteux. Spectaculaire. Et changeant. Bienvenus, même, tant ils ont apporté un souffle nouveau sur mon périple.

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Je ne vais pas y aller par 4 chemins ces dix premiers jours de route en Mauritanie n’ont pas été beau ou sympathique ni même agréable. Beaucoup plus que ça, ils ont été fabuleux. Accueillant. Venteux. Spectaculaire. Et changeant.

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Et cette fois on peut le dire: nous avons quitté l’Afrique noire. Et non sans quelques journées délicieuses longeant le fleuve Sénégal en guise d’adieu. Quittant là la route goudronnée et avec elle le trafic et le contrôle -toujours bienveillant certes- des policiers, nous longeons ainsi le fleuve Sénégal, apercevant, 5 jours après l’avoir quitté, les terres du Sénégal, plus fertiles et « développées », qui émergent sur l’autre rive. Pour la dernière fois.

 Le fleuve Sénégal. Un fleuve qui sépare le Sénégal de la Mauritanie.

Le fleuve Sénégal. Un fleuve qui sépare le Sénégal de la Mauritanie. (photo par Pedro)

Une frontière marquante pour un vrai changement

Il faut comprendre que la plupart des frontières d’Afrique ne sont bien souvent ni culturel ni géographique, résultat des colonies qui, il y a environ un siècle, se sont partagé l’Afrique à la manière dont l’on se partage un gâteau d’anniversaire. Encore que les parts -du gâteau- sont généralement plus égales. Ces frontières ne prennent en compte ni les langues ni les ethnies locales. Ces dernières se retrouvent ainsi séparée. À gauche de la frontière on parle le Peul. À droite aussi. Mais une fois à l’école ceux de droites parleront l’anglais, ceux de gauches le français (exemple). Plus tard un passeport éloignera plus encore ce peuple, ou un autre, appartenant aujourd’hui à différentes nations tout en étant, objectivement, le même peuple. Ainsi passer une frontière c’est souvent changer de langues  » coloniales », de monnaies, de réseau téléphonique ou de produits de consommation, pour tous résultats « d’importation culturel ». Pourtant, bien souvent, le peuple, la langue locale, reste la même. Les ethnies, les langues, les cultures africaines ne sont si peu prisent en compte dans ce découpage du continent que leurs frontières sont très fictives voire indéfinissable. Les peuples se mélangent, plus encore que les religions qui voient les mosquées pousser en face des églises dans des villages à majorité animistes (!). Le principe de nation tel que nous le connaissons aujourd’hui est un principe aussi récent qu’occidental, pour le moins non-africain. C’est pourquoi, peut-être, l’africain tel que je le vois et vit semble s’identifie d’abord à son continent, l’Afrique, avant de s’identifier à sa nation. Aux yeux du monde, l’africain est bien souvent africain bien avant d’être ivoirien, sénégalais, burundais ou tchadien. Je pense qu’il est avant tout Peul, Yoruba, Massai, Chewa, Sénoufo ou j’en passe. La tribu -ethnie- d’origine compte plus que la nation.

 

En Mauritanie c’est un peu différent. En tout les cas, ça l’a été pour nous. Pour moi.

 

Au sud de ce dernier, le Sénégal, le sahel. Au nord, la Mauritanie, le Sahara

Au sud de ce dernier, le Sénégal, le sahel. Au nord, la Mauritanie, le Sahara

La Mauritanie est donc séparée du Sénégal par un fleuve, le fleuve Sénégal. Au sud de ce dernier, le Sénégal, le sahel. Au nord, la Mauritanie, le Sahara. Une frontière géographique, mais culturel également bien que les peul et wolofs, très présents au Sénégal, sont aussi présent en Mauritanie et notamment le long de ce fleuve que nous longeant durant une semaine, ne l’apercevant qu’épisodiquement. Dès que la route nous éloigne du fleuve, les paysages deviennent extrêmement arides, les arbres se raréfient, nous apercevons même nos premières dunes, et les villages sont souvent peuplés de maures vivant dans de grandes tentes pointues, souvent décorées, ressemblant aux nomades.

Dès que la route nous éloigne du fleuve, les paysages deviennent extrêmement arides,

Dès que la route nous éloigne du fleuve, les paysages deviennent extrêmement arides,

Lorsque nous replongeons le long du fleuve la végétation augmente, de même que champs et cultures, nous trouvons quelques légumes. Les villages sont construits de magnifiques maisons de terres cuites et peuplés, à grande majorité, de Peul. Nous, nous avons le droit de serrer la main aux femmes.

Les villages sont construits de magnifiques maisons de terres cuites et peuplés, à grande majorité, de Peul.

Les villages sont construits de magnifiques maisons de terres cuites et peuplés, à grande majorité, de Peul.

En quittant la route nationale, nous retrouvons aussi cette campagne si accueillante -et belle- que nous aimons tant. Une piste, bonne, nous mène villages après villages au milieu d’un sahel aride dont la vie, l’eau, tourne essentiellement autour du fleuve Sénégal. Les maisons de terres cuites au fenêtre basse savent rester fraîche même en pleine journée, et les belles mosquées qui les dominent donnent à ces villages un réel attrait, un bonheur pour les yeux.

 Une piste, bonne, nous mène villages après villages au milieu d'un sahel aride

Une piste, bonne, nous mène villages après villages au milieu d’un sahel aride

Au soir, nous demandons à passer la nuit dans un village. Pour ainsi faire et respectant les traditions locales, nous demandons à parler au chef du village. Les enfants, curieux et amusé, nous y mènent. Dès lors la situation sort presque de tout contrôle, les enfants nous communiquant leur joies sans réfléchirs. Ils me baptisent « Neymar », et c’est sous des Neymar! Neymar ! Neymar ! que nous traversons le village. Amusé et un brin taquin, Pedro, en bon madrilène, continue avec un « Hala Madrid » que les enfants reprennent  en cœur, et ce jusqu’à ce nous rencontrions enfin le chef du village qui nous accueille en grande pompe, provoquant un attroupement de dizaines et dizaines d’enfants.

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Les enfants, curieux et amusé, nous y mènent. Dès lors la situation sort presque de tout contrôle,

Ce soir-là, partagé avec ces villageois dans ce village magnifique bordant le fleuve Sénégal, je le vit, intérieurement parlant, de manière très intense. Très forte. Nous partageons ensemble, comme toujours, le repas. Assis autour d’un grand bol de nourriture, riz, macaronis ou thieboudiène (plat typique sénégalais), plongeant à tour de rôle notre main dans cet énorme bol. En quittant ce village, nous en sommes conscient, nous quittons cette culture là. Nous quittons le sahel. Cette soirée, vécue tant de fois en Afrique noire, sera peut-être la dernière.

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Ce soir-là, partagé avec ces villageois dans ce village magnifique bordant le fleuve Sénégal, je le vit, intérieurement parlant, de manière très intense. Très forte.

A nous le Sahara

En effet, pour rejoindre Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, nous empruntons un détour. La plupart des cyclistes rencontrés empruntent la route de la côte, qu’on nous dit ennuyante. Mais en empruntant ce détour de plus de 300 kilomètres à l’intérieur des terre, l’ennui ne sera définitivement pas de la partie. Bien au contraire.

 

En empruntant ce détour de plus de 300 kilomètres à l'intérieur des terre, l'ennui ne sera définitivement pas de la partie. Bien au contraire.

En empruntant ce détour de plus de 300 kilomètres à l’intérieur des terre, l’ennui ne sera définitivement pas de la partie. Bien au contraire. (photo par Pedro)

À mesure que nous nous éloignons du fleuve, nous nous rapprochons du Sahara. Ce détour nous permet également de ne pas prendre le vent en pleine face. Il vient du nord-est, nous allons au nord-ouest. Mais plus que ça et bien vite de superbes dunes, spectaculaires et fantastiques, bordent notre route. Les voici qui traversent notre route, goudronnée heureusement, qui foncent sur Nouakchott.

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Les voici qui traversent notre route, goudronnée heureusement, qui foncent sur Nouakchott.

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rbes dunes, spectaculaires et fantastiques, bordent notre route

Pour 3 jours nous allons pénétrer l’un des décors les plus spectaculaire que j’ai pu voir directement depuis une route goudronnée. Les villages sont nombreux, parsemés de tentes aux toits -souvent- bleus et maisons souvent colorées. Ils nous facilitent grandement la tâche puisque nous pouvons nous y abriter du vent, nous reposer corps et esprit tout en rencontrant les locaux qui nous invitent souvent à manger.

Les villages sont nombreux, parsemés de tentes

Les villages sont nombreux, parsemés de tentes

 nous pouvons nous y abriter du vent

nous pouvons nous y abriter du vent

Les dunes, quant à elles, nous plongent dans un Sahara fantastique. Les buissons qui les habitent parfois nous rappellent au sahel. Les maures qui peuples la région à l’Afrique du nord. La route nationale, jonchée de trous à certains endroits, au danger fréquent des routes africaines. Et les innombrables collines que nous traversons nous apportent vues et difficultés. Je suis éblouis, estomaqué parfois, et je m’avoue me demander parfois outre je suis.

 

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Les dunes, quant à elles, nous plongent dans un Sahara fantastique

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Les buissons qui les habitent parfois nous rappellent au sahel

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Les maures qui peuples la région à l’Afrique du nord (photo par Pedro)

La route nationale, jonchée de trous à certains endroits, au danger fréquent des routes africaines

La route nationale, jonchée de trous à certains endroits, au danger fréquent des routes africaines

les innombrables collines que nous traversons nous apportent vues et difficultés.

les innombrables collines que nous traversons nous apportent vues et difficultés. (photo par Pedro)

Demeure cette impression aussi prenante qu’incertaine, celle d’avoir changé de monde.

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Demeure cette impression aussi prenante qu’incertaine, celle d’avoir changé de monde.

(photo par Pedro)

En attaquant le plus grand désert chaud du monde, le Sahara (près de 15 fois la France), nous débutons une partie difficile de notre périple. D’autant plus que nous l’affrontons depuis le sud, alors que le vent vient généralement du nord (plus ou moins). Une partie charnière et inévitable. Une sorte de fantasme pour moi. Ce désert demeure à mes yeux aussi fascinant que certains de ses recoins sont impénétrables.

(photo par Pedro)

En attaquant le plus grand désert chaud du monde, le Sahara (près de 15 fois la France), nous débutons une partie difficile de notre périple. (photo par Pedro)

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Sa traversée, pourtant, a débuté de manière éblouissante.

Olivier Rochat

D’une Afrique à l’autre

Km 54’367, Keur Macène, Mauritanie.

Voici un récit de mes derniers jours de route au Sénégal et de mon arrivée en Mauritanie. Écrit le 27 janvier 2018.

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C’est avec un brin de nostalgie que j’ai quitté le pays de la Teranga, le Sénégal. Ces derniers jours y auront été délicieux et agréable, tout en gardant un peu de leur rudesse. Mais plus que jamais, jusqu’au dernier jour, le pays de la Teranga (Teranga=accueil, hospitalité) n’aura aussi bien porté son nom que durant cette dernière semaine, passée entièrement avec Pedro. Chaque nuit, en demandant au chef du village, nous sommes bien accueilli. Nourri à foison, invité à boire le thé ou le si important café Touba. Chaque jour nous rencontrons des sénégalais parlant espagnol qui partagent volontiers la discussion avec Pedro. Je les regardes sans vraiment les écouter. Enfin si. Mais sans les comprendre. Ce qui s’en rapproche grandement. L’accueil aura donc été royal et seul les pistes, parfois bosselées, souvent venteuse et par moment horriblement sableuse, nous auront apporté ce brin de rudesse que, au final, nous aimons tant.

L'accueil aura donc été royal

L’accueil aura donc été royal

Les innombrables épineux du Sahel auront contribué à cette rudesse. Record battu avec 6 crevaisons en 1 seule journée. Le tout sur une piste tellement sableuses que parcourir 5 kilomètres nous aura pris plusieurs heures.

sur une piste tellement sableuses que parcourir 5 kilomètres nous aura pris plusieurs heures.

sur une piste tellement sableuses que parcourir 5 kilomètres nous aura pris plusieurs heures.

Entrecoupée, certes, de cette indescriptible Teranga, symbole premier – selon moi – de l’Afrique de l’ouest, lorsque nous sommes invités à manger dans un village. Un premier plat arrive. Nous avons très faim. Il est suffisant. Mais vient le deuxième. Impossible de le terminer. Vient ensuite le troisième plat. Il faut goûter. Nous goûtons. Et trois autre plats suivront. 6 plats pour deux, de la nourriture pour 15 personnes offertes à deux étrangers, record battu là aussi. Et après on nous dit que l’Afrique ne mange pas à sa faim… Nous avons failli exploser.

6 plats pour deux, de la nourriture pour 15 personnes offertes à deux étrangers

6 plats pour deux, de la nourriture pour 15 personnes offertes à deux étrangers

C’est ainsi, dans un accueil total, que nous avons rejoint le fleuve Sénégal. Fleuve qui sépare le Sénégal de la Mauritanie. Et, d’une certaine manière, l’Afrique noire de l’Afrique du nord. Ou pas vraiment. Mais un peu quand même.

 

 Le fleuve Sénégal. Un fleuve qui sépare le Sénégal de la Mauritanie.

Le fleuve Sénégal. Un fleuve qui sépare le Sénégal de la Mauritanie.

En quittant l’Afrique noire

En effet la Mauritanie est un pays bien particulier. D’une superficie deux fois supérieure à celle de la France, il n’est peuplé que de 3,7 millions d’habitants, dont beaucoup de sénégalais venus y travailler. De fait, avec à peine 3,5 habitants au kilomètres carré il est le troisième pays le moins densément peuplé d’Afrique, après la Namibie et le Botswana. Partagé entre le Sahel, au sud, et le Sahara, dans sa majeure partie, le pays s’étend sur plus d’un million de kilomètres carrés, allant des côtes atlantiques à l’ouest, au Sénégal, au sud, puis jusqu’au dunes du Sahara bordant le Mali et l’Algérie.

Sa géographie la rapproche plus de l’Afrique du nord.

La Mauritanie fait encore partie -politiquement en tout les cas- de l’Afrique de l’ouest. Pourtant sa culture l’y éloigne beaucoup alors que sa géographie la rapproche plus de l’Afrique du nord. Cette dernière ne vas d’ailleurs pas sans me rappeler le Soudan d’il y a 3 ans, partagé entre Sahel et Sahara lui aussi – mais à l’est du continent – énorme territoire dont certains recoins demeurent parmi les plus chauds et sec au monde (Wadi Halfa, au Soudan, est cité par certains comme le deuxième lieu habité le plus sec au monde après un village chilien – moyenne annuelle de …0,0 mm de pluie – Dongola, ville nubienne elle aussi, comme la ville la plus ensoleillée du monde -plus de 4’000 heures de soleil par an). Pays que j’appelle parfois « pays tampon », celui qui permet de passer de l’Afrique arabe à l’Afrique noire. Les pays au nord bordent la méditerranée. Au sud la forêt tropicale. Ni Afrique subsaharienne ni Afrique du nord. Ou peut-être un peu des deux à la fois.

C’est aussi un pays dont on me questionne souvent au vu de sa sécurité, là encore comme ce fût le cas au Soudan. S’il est vrai qu’une partie du pays est certainement instable et dangereuse, plus particulièrement lorsque l’on est blanc – c’est à dire une cible de choix, qui se revend à bon prix- la partie ouest, longeant l’Atlantique, est beaucoup plus abordable et sous contrôle policier.

Nous entrons par la petite frontière de Diama, que l’on nous a dit beaucoup moins « bordélique » que la terrible Rosso. En effet nous ne nous sommes pas trompés, les formalités de visa sont obtenues sans difficultés ni tentatives de corruptions, au prix indiqué, soit 55 euros pour une durée de 1 mois. Les gens nous laissent tranquille. Presque trop facile.

Dès lors, longeant le fleuve Sénégal mais de l’autre côté cette fois, côté mauritanien, nous entrons en République Islamique de Mauritanie.

Dès lors, longeant le fleuve Sénégal mais de l'autre côté cette fois, côté mauritanien, nous entrons en République Islamique de Mauritanie.

Dès lors, longeant le fleuve Sénégal mais de l’autre côté cette fois, côté mauritanien, nous entrons en République Islamique de Mauritanie.

Dès la première ville, Keur Macène, nous apercevons un premier choc culturel, si j’ose. Les Maures, les riches commerçants, peuples arabes vêtus de bleu et blanc que nous apercevions régulièrement depuis deux jours déjà, se mélangent – sans vraiment se mélanger – aux noires, les ouvriers. Une nouvelle Afrique débute. L’Afrique arabe pointe son nez, sans pour autant que l’Afrique noire ne soit réellement terminée. Le Sahara se rapproche également, amenant avec lui un changement brutal et fantastique à la fois. Un fantasme de gosse pour moi. Celui des grands espaces et du désert aux nuits fraîches et étoilées et aux journées chaudes et venteuses.

Les Maures, les riches commerçants, peuples arabes vêtus de bleu et blanc que nous apercevions régulièrement depuis deux jours déjà

Les Maures, les riches commerçants, peuples arabes vêtus de bleu et blanc que nous apercevions régulièrement depuis deux jours déjà

Et puis le muezzin fait maintenant partie à part entière du quotidien, bien qu’il m’accompagne régulièrement depuis plusieurs semaines déjà. Chaque matin nous nous réveillons à son son qui nous surprendra encore à tout moment du jour. L’islam semble avoir définitivement pris le pas sur toute tentative de « déviance morale ». Il semble régler la société d’une main de maître. Alcool et cigarette ont cette fois disparu de tous lieux public, comme remplacés par le thé et la prière. Les contrôles de polices sont aussi du quotidien. Mais jusqu’ici beaucoup plus bureaucratique que de mauvaise fois, ils ne viennent en rien ternir cette nouvelle étape fascinante qui me plonge soudain dans une nostalgie certaine. Celle de l’Afrique noire que je laisse derrière moi. Ici la religion semble réglée au millimètre près. Paradoxe certain tant la société semble désorganisée. Les détritus jonchent les rues, les plastiques s’embrochent sur les épineux, les animaux morts pourrissent au milieu des rues, bref, « tout » semble traîner sans que cela ne gène personne. La prière, elle, semble organisée au millimètre près.

le muezzin fait maintenant partie à part entière du quotidien

le muezzin fait maintenant partie à part entière du quotidien

Pourtant, en me plongeant vers cette autre Afrique, je ne peux que me sentir empli de joie et de bonheur. De curiosité également. Un changement radical est en train d’opérer. Il est aujourd’hui inévitable et, plus que ça, il a déjà commencé. Après 3 années entières en Afrique subsaharienne, une page se tourne. Et avec cette autre qui s’ouvre, je ne peux nier ce retour qui s’approche à grand pas. Cette Europe qui est juste là. À la fois si proche et si loin, rendue insaisissable par le Sahara qui m’en sépare. Et puis si malsaine par cette situation terrible et honteuse de notre époque: ce Sahara que je m’apprête à traverser par plaisir, quoi qu’on en dise, c’est le même que des milliers, marchandés comme du bétail, traversent par fuite. Celle des espoirs nouveaux. Pour ne pas dire désespoir tout court. Celle des migrants qui coûtent cher ». Trop, peut-être, quand on n’a pas la bonne couleur de peau pour « s’attaquer » à des états corrompus, eux, par l’ultra compétivité qui règne en premières religions dans ces mêmes états dit laïque et de droits, bien plus souvent de droite. États moralisateur aux possibles. Un comble profond au vu de leur démocratie grandement dépendantes d’États dictatoriaux ainsi que d’un simple regard sur l’histoire. Sur notre histoire. Qui est la « leur » également.

Ne l’oublions pas.

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Après 3 années entières en Afrique subsaharienne, une page se tourne

Olivier Rochat

Gambie

Km 52’235, Sukuta, Gambie.

Le premier adjectif qui me vient à l’esprit en plaçant la Gambie sur la carte, c’est « petit ». Heureusement, il y en a d’autres qui suivent.

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Heureusement, il y en a d’autres qui suivent.

Oui car cela n’a rien de péjoratif mais la Gambie est bel et bien le plus petit pays d’Afrique continentale, seul 5 états indépendant sont plus petits et ils sont tous des îles. Il s’agit du Cap-Vert, des Seychelles, des Comores, de l’île Maurice ainsi que de São Tomé et principe. En comparaison, l’Algérie, plus grand pays d’Afrique (10ème au monde), est 210 X plus grande que la Gambie (!). Sans prendre en compte que la Gambie est le 6ème pays africain dont le territoire est le plus recouvert d’eau (en pourcentage). En effet 11% du territoire gambien est « fait » d’eau, majoritairement du fleuve Gambie qui a donné son nom au pays. Et en regardant sur la carte, on comprend mieux pourquoi.

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Le pays entier s’articule autour de ce fleuve

Le pays entier s’articule autour de ce fleuve qui prend source en Guinée, traverse le sud du Sénégal avant d’entrer le territoire gambien à son extrême est et d’aller se jeter dans l’océan Atlantique 300 kilomètres plus loin. On obtient là une superficie particulière, une bande de terre longue de 320 kilomètres d’est en ouest et large de 20 à 50 kilomètres seulement. De plus, mis à part son accès à la mer à l’ouest, la Gambie n’a qu’un seul voisin, le Sénégal. Ce qui n’a pas empêché au douanier de la frontière de Badiara, après une petite heure de fouille plus curieuse que de mauvaise foi, de me demander: « alors qu’elle est ton prochain pays après la Gambie? ». J’ai presque eu envie de lui répondre le Nigeria ou la Finlande (au hasard)… Mais bon, la géographie ne me laissant pas le choix, je lui ai donc répondu  » le Sénégal ! ».

Mais pour éviter de m’y retrouver trop vite, au Sénégal, j’ai logiquement décidé de traverser le pays d’est en ouest.

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j’ai logiquement décidé de traverser le pays d’est en ouest.

Traversant le Gambie (le fleuve donc) à deux reprises j’ai profité d’avoir cette fois le vent avec moi. L’Harmattan qui, soufflant depuis le Sahara (nord-est), m’a poussé durant 300 kilomètres en direction de l’océan, partie agréable et hautement profitée tant l’on m’a promis l’enfer pour les 3’000 prochains kilomètres qui m’attendent pour rejoindre l’Atlas marocain.

Traversant le Gambie (le fleuve donc) à deux reprises.

Traversant le Gambie (le fleuve donc) à deux reprises.

Bien que sympathique et parfois très joli avec ses petits villages aux petites maisons rondes et où la circulation principale est constituée de charrette qui m’ont rappelé au Sahel burkinabé, le pays reste très plat, de petites collines tout au plus. Les baobabs et autres gigantisme de la nature m’ont offert une atmosphère particulière, belle sans être extraordinaire, idéale pour repartir du bon pied après 2 semaines « émotivement » difficile où, dans une Afrique pourtant beaucoup plus facile que celle découverte lors des derniers mois, j’ai eu un peu de mal a trouver ma place. Trouver mon rythme. À me demander presque ce que faisais là, les nerfs épuisé et l’irritation fréquente. J’en ai même pris quelques distances, effectuant de nombreux bivouacs solitaire à parler aux étoiles. Histoire de me retrouver. Et d’éviter, aussi, de manquer de respect à une population qui n’a certainement pas demandé à ce que je vienne traverser sa Terre.

ses petits villages aux petites maisons rondes.

ses petits villages aux petites maisons rondes.

Mais peu à peu, retrouvant le rythme plaisant de longue étapes, de nuits solitaires entrecoupée du simple partage des bords de route, cumulés à d’autres particulière, tel cel avec Markku, finlandais qui a tout quitté en Europe pour venir s’installer dans un village, en totale immersion avec les locaux, et vivre plus simplement en cultivant du manioc et quelques autres végétaux, j’ai retrouvé ma bonne foi et un peu de bon sens.

où la circulation principale est constituée de charrette qui m'ont rappelé au Sahel burkinabé.

où la circulation principale est constituée de charrette qui m’ont rappelé au Sahel burkinabé.

C’est finalement le long d’une plage vide et « agréablement agréable » que j’ai passé mon après-midi de Noël, loin, très loin, de la campagne isolée et poussiéreuse que je traversais il y a quelques jours à peine.

loin, très loin, de la campagne isolée et poussiéreuse que je traversais il y a quelques jours à peine.

loin, très loin, de la campagne isolée et poussiéreuse que je traversais il y a quelques jours à peine.

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Un Noël qui fût doux et presque insignifiant tant il n’avait rien d’un Noël, certainement pas le stress, peut-être quand même la douceur. Sur les plages de Gambie je me suis souvenu mon dernier Noël, au Cameroun, que je pensais être le dernier en Afrique – de ce voyage pour le moins – alors en pleine crise de malaria. Un simple geste devenait une aventure. Aller aux toilettes (la diarrhée), un enfer. S’endormir, un rêve. Parfois j’en venais à penser qu’il pourrait bien être le dernier tout court.

Mais la douceur de cette après-midi est venu presque clôturer cette année particulière, difficile, partagée entre retrouvailles et maladie, rencontres et découvertes, de manière opposée. Inattendue je l’avoue et l’admet, tout en le prenant volontiers.

Je me tourne déjà vers Dakar, la capitale sénégalaise, ma dernière en Afrique subsaharienne, à elle seule deux fois plus peuplée que toute la Gambie. Ce n’est pas tant le trafic ou le -relatif- confort des capitales qui m’intéressent, mais bien des retrouvailles. Car si ma route est toujours solitaire, mon cœur ne l’est plus tellement. Il temps, grand temps, de le laisser s’exprimer un peu avant d’entamer la dernière partie de mon périple africain, le Sahara. Du sud au nord, donc face au vent, le fameux Harmattan, peut-être la plus pénible de toute.

Et avant cela, Dakar. J’y terminerai cette année. Et y débuterai la prochaine.

la douceur de cette après-midi est venu presque clôturer cette année particulière.

la douceur de cette après-midi est venu presque clôturer cette année particulière.

Olivier Rochat

Casamance

Km 52’719, Vélingara, Sénégal.

En (re)franchissant la frontière sénégalaise la semaine dernière, j’ai soudain ressenti comme un « éclair d’émotions », de sentiments mélangeants nostalgie et frissons, un peu comme s’il me fallait trouver ma place entre un départ et une arrivée, certainement quelque chose de difficilement définissable, pour ne pas dire indéfinissable. Une émotion à la fois triste et joyeuse, un  » au revoir  » couplé d’un « bonjour ». J’ai regardé le douanier tamponner mon passeport tranquillement, « Plaf! », laissant apparaître à la page 28 de mon passeport un nouveau tampon qui disait, en 3 « étages » : « Poste frontalier de Mpak. Vu à l’entrée. 12 décembre 2017″.

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Un tampon comme j’en ai eu des dizaines en Afrique, 91 pour être précis (soit 46 entrées et 45 sorties). Une routine quand on voyage » au long cours ». Celle des frontières. Pourtant, pour la première fois, j’ai ressenti « la fin ». La fin, ou le début de la fin. Bizarrement puisqu’il me reste plus de 6’000 km avant de rejoindre l’Espagne, mais  le Sénégal est mon dernier pays d’Afrique subsaharienne, bien que la Gambie vers laquelle je me dirige est encore au programme (je retournerai au Sénégal après l’avoir traversé).

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le Sénégal est mon dernier pays d’Afrique subsaharienne

Pour la première fois, j’ai ressenti cette sensation  » d’être en train de rentrer », sans savoir ni ce que cela veut dire, ni si ce n’est plutôt un « en train de partir » qui correspondait le mieux à cet étrange sentiment. Celui d’être un étranger qui s’est tant acclimaté – ou a essayé- a ce « statut », qu’il se demande si « chez lui », lorsqu’il y rentrera, il ne se sentira pas à nouveau étranger. Et si ce terme, étranger, à encore un sens où s’il se détache de son origine. « L’étrange » de l’étranger, est devenu le normal de la normalité.

Pourtant, heureusement peut-être, il m’en reste des choses à découvrir, à pédaler, à rencontrer. À commencer par cette partie du Sénégal francophone, « coincée » entre la Gambie anglophone et la Guinée-Bissau lusophone, région qui a longtemps lutter pour son indépendance -et lutte encore ?- et dont l’on m’a souvent parlé, région qui s’articule autour d’un fleuve qui porte le même nom: la Casamance.

région qui a longtemps lutter pour son indépendance -et lutte encore ?

région qui a longtemps lutter pour son indépendance -et lutte encore ?

Dès mon entrée en Casamance, je découvre un pays plat et, comme l’on m’a dit, plus tropical que la majeure partie du pays, et également d’un développement qui m’apparaît supérieur à que ce que j’ai vécu les 3 derniers mois en Guinée-Bissau, Guinée ou encore Sierra-Leone. Même si c’est très relatif.

Après quelques jours de repos à Ziguinchor, plus grande ville de Casamance, je reprends ma route à travers cette région qui s’étend d’ouest en est sur plusieurs centaines de kilomètres, à peine quelques dizaines du sud au nord. La nouvelle route goudronnée « Made In America » me facilite le voyage, et seul l’Harmattan, vent venant du nord soufflant à cette période de l’année, qui m’offre là ses premiers baisers, semble me freiner un peu -il fait plus que semblant d’ailleurs-. À mesure que je vais me rapprocher du Sahara, il va s’intensifier. Pour l’instant, je ne m’en formalise pas. J’aurai tout le temps d’y penser à l’approche du Sahara.

 

 La nouvelle route goudronnée "Made In America"

La nouvelle route goudronnée « Made In America »

Parfois, le Casamance, par l’un de ses zigzags, m’offre quelques vues et de son impressionnante largeur lorsque je le traverse en pirogue. De nombreux oiseaux, parfois magnifique aux couleurs bleutées, s’envolent à mon passage lorsque ce n’est pas un singe qui s’enfuit en me voyant.

 le Casamance, par l'un de ses zigzags, m'offre quelques vues et de son impressionnante largeur

Le Casamance, par l’un de ses zigzags, m’offre quelques vues et de son impressionnante largeur.

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Le long du goudron les villages se comptent par dizaines, comme pour me rappeler, peut-être, de l’impact économique des routes goudronnées, ici en Afrique, par rapport à celles qui ne le sont pas. Dès que je m’égare sur les pistes, la quantité de villages bordant la route diminuent drastiquement et alors qu’avant je faisais difficilement plus d’un kilomètre sans rencontrer quelqu’un, j’en fais maintenant rarement moins de dix, facilement 50 pour trouver une gargote et/ou un petit marché. Je retrouve ainsi de ma tranquillité, cassée parfois par la poussière jetée par les véhicules passant à vive allure, quand ils ne sont pas trop chargé pour cela, puis par l’un ou l’autre village où je ne passe pas inaperçu.

comme pour me rappeler, peut-être, de l'impact économique des routes goudronnées, ici en Afrique, par rapport à celles qui ne le sont pas.

comme pour me rappeler, peut-être, de l’impact économique des routes goudronnées, ici en Afrique, par rapport à celles qui ne le sont pas.

« Toubab, Toubab » me lance-t’on, comme pour me rappeler à ma couleur de peau qu’ici il m’est impossible d’oublier. Auxquels il me faut souvent ajouter les « donne-moi… ». Donne-moi le drapeau, le sac, le maillot, la bouteille…

J’avoue sentir de l’irritation, certainement pas totalement justifiée, une pointe de fatigue par rapport à cela. J’en garde le sourire, quelques mots de Pular appris en Guinée, que l’on parle ici aussi, bien qu’ils différent un peu. Les adultes sont plus polis, et débute alors le  » bal des bonjour ». Combien y’a t’il de manière de se dire bonjour en Afrique de l’ouest ? Je ne peux pas les compter, et j’avoue douter que quelqu’un le puisse. Mais quand l’on vient d’un pays où dire bonjour à un inconnu n’est pas forcément commun -parfois même à un connu d’ailleurs-, en tant qu’inconnu, je ne peux m’en plaindre. Au contraire, c’est magnifique ! Et qui plus est en 60 secondes chrono, certainement moins, je n’en suis plus un, d’inconnu. Bientôt je m’appelle à nouveau Olivier, et pour un peu je serai sénégalais. Plus je passe vite, plus je suis le Toubab à qui l’on dit « donne-moi ». Plus je m’arrête, et plus la situation évolue. Symbole même, à mon avis, des relations humaines en Afrique.

 

 Plus je passe vite, plus je suis le Toubab à qui l'on dit "donne-moi". Plus je m'arrête, et plus la situation évolue.

Plus je passe vite, plus je suis le Toubab à qui l’on dit « donne-moi ». Plus je m’arrête, et plus la situation évolue.

Un homme, à pied, me coupe la route. Il me veut de l’argent, quelque chose, j’en suis sûr. Je m’arrête néanmoins.

« D’où viens-tu », me lance-t-il.

« Ah je suis Suisse! »

« Ah tu es Suisse! » Et il se retourne en me disant d’attendre et criant  » Nouha, Nouha, vient vient, il y a un frère de Suisse qui est là. « 

Je passerai deux heures en compagnie d’un thé, d’un énorme (c’est le mot) plat de riz, de Nouha qui connaît Lausanne autant bien que moi (je ne l’invente pas) et de certains membre de sa famille.

Je passerai deux heures en compagnie d'un thé, d'un énorme (c'est le mot) plat de riz, de Nouha qui connaît Lausanne autant bien que moi (je ne l'invente pas) et de certains membre de sa famille.

Je passerai deux heures en compagnie d’un thé, d’un énorme (c’est le mot) plat de riz, de Nouha qui connaît Lausanne autant bien que moi (je ne l’invente pas) et de certains membre de sa famille.

L’Afrique est rude et prend toujours -ou presque- des chemins compliqué. Et puis l’Afrique demande. Demande. Demande. Encore et encore, sans jamais sembler vouloir s’arrêter. Elle demande. Pourtant au final, et même si elle ne reçoit pas, elle offre. Ce qu’elle a, elle l’offre. Elle finit toujours par l’offrir. Le lit, l’eau pour se laver. La nourriture plus que de raison, un sourire sortant sous le manguier. Et c’est là tout son paradoxe, toute son humanité. Si l’Afrique m’a appris une chose, c’est peut-être à recevoir. Un merci tout au plus. Et aujourd’hui, pour la première fois depuis plus de 3 an, je pose le regard futur sur un « ailleurs » prochain. Et même s’il est trop tôt pour m’y concentrer, même si l’Afrique est encore là, à respirer avec moi, ensemble, je me demande si je dois m’en réjouir. Si un ailleurs existe pour moi. Ou tout du moins, à quel niveau…

Entre deux villages, j’attends que la nuit tombe. Que la moto passe et s’en aille. J’attends d’être seul. Enfin je m’enfonce pour quelques dizaines de mètres dans le bois.

J’ai besoin d’être seul. De parler aux étoiles. Ce soir, c’est mon luxe à moi. Le luxe parfois, c’est la tranquillité. Ici et maintenant, ce luxe-là prend tout son sens pour moi. Je suis fatigué. Personne ne m’a vu. Je plante ma tente au « milieu » des bois. J’entends le serpent qui grince contre ma tente. Ce n’est qu’un insecte. Le lion qui rugit à la sortie du bois. Ce n’est qu’un âne, têtu comme toujours. Deux singes qui ont l’air de se battre, une musaraigne qui vient grailler mes sacoches, les oiseaux qui parfois ébruitent les feuilles. Et je m’endors sur le chant, d’une rime inchangée, presque immortel, insolente de régularité, des criquets. La tête aux étoiles avec qui je partage mes derniers mots ce soir. Des mots de pensées, comme bien souvent.

Je plante ma tente au "milieu" des bois.

Je plante ma tente au « milieu » des bois.

Histoire de me rappeler, encore une fois, à quel point je ne suis rien. Une pensée au milieu de l’univers, tout au plus.

Ce soir en Casamance, quelque chose a changé.

Ce soir en Casamance...

région qui s’articule autour d’un fleuve qui porte le même nom: la Casamance.

Olivier Rochat