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Je passerai ma nuit au sommet du col, avec une vue de "toit du monde".

Parenthèse enneigée

Km 58’423, M’semrir, Maroc.

Le Maroc a vécu un hiver historique, le plus froid enregistré depuis plusieurs dizaines d’années. Certaines régions ont été recouvertes de neiges pour la première fois depuis les années 1960. Pourtant, depuis quelques semaines, le printemps avait pris les devants, tous les cols, même les pistes à plus de 3’000 mètres d’altitude, étaient dégagés depuis quelques semaines, les arbres en fleurs et les nomades avaient rejoints les villages saisonniers du haut atlas. Mais

Je passerai ma nuit au sommet du col, avec une vue de "toit du monde".

Je passerai ma nuit au sommet du col, avec une vue de « toit du monde ».

 

Ce retour de l’hiver, pour le pire et le meilleur, a coïncidé avec mon arrivée dans cette région fabuleuse du Maroc. Aujourd’hui la région tout entière est balayée par des vents dépassant les 80 km/h, le Djébel M’Goun, 3ème plus haut sommet du Maroc, et les montagnes qui l’entourent sont recouverts d’épais nuage et plus de 20 centimètres de neige sont attendus. J’observe tout ça depuis Alemdoun, un petit village au pied de ce massif impressionnant. Ici le ciel est bleu, libre de tout ces nuages qui restent bloqués sur les montagnes que je m’apprête à traverser, dès que les conditions le permettront. Le spectacle est grandiose, unique. En plein soleil, j’observe une tempête se dérouler en face de moi. Parfois quelques nuages s’écartent un peu, laissant apparaître brièvement un flanc de montagne totalement enneigé alors que le vent est terrible, comme propulsé par les montagnes qu’il dévale à toute vitesse en direction des plaines. Il balaie tout le village, une porte mal fermée et il s’engouffre, renverse les chaises du café de la place principale et glace les habitants, même les plus téméraires. Les plus habitué. Avec lui, il transporte de rage quelques flocons de neiges destinés aux montagnes mais que sa violence aura porté jusqu’ici, quelques kilomètres plus loin, où le soleil brille. À peine le sol atteint, les flocons disparaissent sous ce soleil qui n’est leur.
L’herbe des prés verdis semblent danser par la force de ce vent tempétueux et les arbres se battent pour ne pas céder sous la violence de ce monstre tout juste réveillé.

Alors forcément, aujourd’hui je me repose. L’occasion est idéale pour me changer les idées et reprendre des forces. Revenir un peu sur cette arrivée dans le haut atlas qui fût, disons le, fabuleuse.

cette arrivée dans le haut atlas qui fût, disons le, fabuleuse.

cette arrivée dans le haut atlas qui fût, disons le, fabuleuse.

Depuis mon arrivée au Maroc j’ai découvert des paysages saharien puis montagneux, flirté avec les températures négatives et les paysages ont changé à de multiples reprises, passant des oasis aux plateaux rocailleux puis à la vue des sommets enneigés au pied desquels se dressent des amandiers en fleurs. Parfois touristique, souvent sympathique bien qu’ayant un rapport avec les locaux légèrement plus distant qu’en Afrique noire, le Maroc de ces 6-7 premières semaines (déjà) ma beaucoup plu, sans pour autant entrer dans quelque chose de hors norme à l’échelle de mon voyage. Les dix derniers jours étaient même frustrant, un voile poussiéreux s’étant glissé sur le fond de l’horizon, gâchant nombres de paysages. Le terme « différent » serait plus adéquat, tant le Maroc change du reste de l’Afrique, celui de « transition » également puisqu’il s’agit aussi de ça, une transition entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe de « chez moi » qui n’est plus distante que de quelques centaines de kilomètres. À peine. Et cela se ressent dans le climat, qui n’est plus tropicale même si plus doux, et dans la culture, qui n’est celle de chez moi même si proche.

les paysages ont changé à de multiples reprises, passant des oasis aux plateaux rocailleux puis à la vue des sommets enneigés

les paysages ont changé à de multiples reprises, passant des oasis aux plateaux rocailleux puis à la vue des sommets enneigés

Mais ces derniers jours appartiennent à quelque chose d’autre. Ils sont unique et, au milieu des plus de 1’300 jours de mon voyage, occupent une place particulière.

ces derniers jours appartiennent à quelque chose d'autre. Ils sont unique et, au milieu des plus de 1'300 jours de mon voyage, occupent une place particulière.

ces derniers jours appartiennent à quelque chose d’autre. Ils sont unique et, au milieu des plus de 1’300 jours de mon voyage, occupent une place particulière.

La parenthèse enneigée

De l’extérieur, vu d’un sédentaire, ou pour le moins de celui qui ne voyage pas, le rythme du voyageur paraît souvent exagéré, parfois fantasmé. Aventures à la pelle, rencontre ahurissante, paysages de rêves et j’en passe, alors qu’au fond la majorité des journées sont beaucoup plus simples et répétitives que ça. Combien de fois ai-je du raconter, en quelques mots, la même histoire (la mienne), manger la même nourriture ou pédaler dans des savanes à l’identique des semaines durant ?

Pour moi l’aventure est avant tout humaine, partagée entre deux mondes et deux réalités forcée à se rencontrer sans forcément se comprendre, simplement s’accepter. Des activités, des divertissements, honnêtement, j’en avais plus avant. Où pour le moins, ils étaient plus variés. Mon plaisir sur la route je le trouve avant tout dans le choix. Le choix de faire ou de ne pas faire, de rester alors que j’avais prévu de partir, de partir alors que j’avais prévu de rester. De ne pas avoir de plan mais plein d’idées, de choisir ma route au carrefour, de changer encore. Revenir en arrière. Profiter des détours. Ne pas savoir mais apprendre. Apprendre sans jamais tout savoir. Toujours avec en tête mon statut de privilégié, le blanc et le passeport qui va avec.

L’Afrique est un enseignant et pendant plus de 3 ans je n’en fût qu’un petit élève, écolier solitaire un peu perdu devant ce professeur qui change si fréquemment de visage. Mais, d’une démarche contraire à celle de la quasi totalité des cultures africaines rencontrées, car on y voyage que par nécessité, pas par plaisir, j’ai trouvé mon plaisir au quotidien, dans les choses simples. Au bras d’une bière ou d’un café dans un village quelconque, à observer les gens. Parler. Écouter. Regarder la vie qui va. Qui avance. Parfois m’évader à la douce folie du Dieu football l’espace de 110 minutes dans un « cinéma improvisé » où seul la foule, bruyante, excitée, vient étouffer le générateur qui tourne à plein régime. Ce sera LE grand événement de la semaine. Celui qui vient rompre un quotidien sans folie si ce n’est celle qui se glisse ici et là sans crier gare. Au fond, mon plaisir de voyageur c’est de pouvoir mettre un peu d’extraordinaire dans le banal, et non pas de banaliser l’extraordinaire en cherchant à le reproduire de jour en jour. De cette manière le quotidien n’en est que mieux vécu et « l’extraordinaire », lorsqu’il surgit, est vécu comme tel, une parenthèse en somme.

"l'extraordinaire", lorsqu'il surgit, est vécu comme tel, une parenthèse en somme.

« l’extraordinaire », lorsqu’il surgit, est vécu comme tel, une parenthèse en somme.

Car, c’est vrai, il est des moments qui sortent de tout cadre. Puissant, vibrant, rempli d’une émotion qui me prend à la gorge et par surprise, ils sont des instants hors de l’ordinaire. Amené par un contexte particulier, une météo difficile, la fatigue, ou d’autres choses. À mon échelle, ils sont l’extraordinaire et ne se compte qu’aux nombres de mes doigts, à peine. Ils sont solitude saharienne, nez à nez avec un gorille dans la forêt congolaise, serpentant la montagne pour y « dominer » l’Afrique du sud au col du Sani, ils sont d’un jour, rarement plus, souvent moins. Ne dure parfois que quelques secondes mais imprègnent mes souvenirs pour une vie entière.

Mon entame du Haut Atlas fut de cette trempe là, où du moins je l’ai vécu ainsi.

Lorsque je rejoint Agoudal, l’un des plus haut village du Maroc, je ne me doute encore de ces 24 heures qui s’annoncent si particulière. Le soleil est au rendez-vous bien que quelques nuages, lointain et peu menaçant, se forment à l’horizon. Je profite d’un peu de repos et d’une omelette berbère pour reprendre des forces à l’abri de la mendicité des gosses de la région, pas en reste pour demander des bonbons, de l’argent, des stylos, de manières souvent agressives. On s’accroche à mes bouteilles, à mes sacs. Certains cherchent à jouer, me demande mon nom, j’essaie de discuter. D’autres s’énervent. L’un d’entre eux me lance un caillou. Je reste calme. Dorénavant ce sera mon pain quotidien, bien souvent, comme pour me punir d’être venu « m’amuser » dans ces montagnes si belles et rudes à la fois, où chaque jour des touristes passent.

je rejoint Agoudal, l'un des plus haut village du Maroc

je rejoint Agoudal, l’un des plus haut village du Maroc

Vers 13 heure, je m’en vais. Des nuages se forment au loin mais j’ai vérifié la météo, quelques flocons sont possible vers 17 heures, ce qui me laisse le temps, si tel est le cas, de passer le col qui m’impatiente depuis longtemps, le Tizi n’Ouano, l’un des plus hauts du Maroc (2’900 mètres d’altitude). Une piste m’y mène. Je me lance. Mais au fond de moi je sais qu’ici, dans ces montagnes, la météo peut changer à tout moment.

la route, un brin caillouteuse mais plutôt bonne, s'enfonce dans un canyon

la route, un brin caillouteuse mais plutôt bonne, s’enfonce dans un canyon

Je quitte le goudron et la route, un brin caillouteuse mais plutôt bonne, s’enfonce dans un canyon alors que je croise un homme sur le dos d’un âne bien chargé. Une moto passe. « S’il neige, tu peux t’arrêter à l’auberge, à 8 kilomètres d’ici » me dit-il.

Les paysages sont vides et caillouteux, quelques buissons survivent à ces altitudes où l’hiver dure plus longtemps qu’ailleurs. Je longe une petite rivière que je finis par devoir traverser, bien content qu’elle ne soit profonde car le ciel s’est couvert de nuages et la température a chuté. Soudain, un flocon tombe. Puis un autre. Première neige africaine pour moi, j’éclate de rire mais, sans broncher, continue d’avancer quelques kilomètres encore.

Première neige africaine pour moi

Première neige africaine pour moi

Mais la neige, tombant bien plus tôt que prévu, ne faiblit pas. Certes il s’agit là de quelques flocons peu tenace mais le vent se lève, me freine, et le col est encore loin. Naturellement, je décide de m’arrêter dans cette petite auberge où m’accueille Abdou, sympathique, qui me prépare un café. Dès lors, la neige ne va faiblir et je passerai ma nuit chez Abdou, apprenant quelques mots d’amazigh au milieu de quelques couvertures entourant la cheminée qui chauffe tant bien que mal cette petite maison.

je décide de m'arrêter dans cette petite auberge où m'accueille Abdou, sympathique, qui me prépare un café. Dès lors, la neige ne va faiblir et je passerai ma nuit chez Abdou, apprenant quelques mots d'amazigh au milieu de quelques couvertures entourant la cheminée qui chauffe tant bien que mal cette petite maison.

je décide de m’arrêter dans cette petite auberge où m’accueille Abdou, sympathique, qui me prépare un café. Dès lors, la neige ne va faiblir et je passerai ma nuit chez Abdou, apprenant quelques mots d’amazigh au milieu de quelques couvertures entourant la cheminée qui chauffe tant bien que mal cette petite maison.

Au matin le ciel s’est dégagé et, en conséquence, la température a chuté. On enregistre -6 °C au col, avec un ressenti de -15. S’il n’a finalement pas trop neigé, s’est suffisant pour y avoir laissé une fine couche blanche. Les paysages sont splendides et, pour moi, hors norme. J’attends deux bonnes heures, que le soleil monte un peu, avant de reprendre ma route. Sur les versants qui font face au soleil matinal, la neige commence à fondre. Sur la route, elle n’a pas tenu. Une fine couche de boue s’est formé au passage d’un groupe de 4X4 et le vent, terrible, est glacial. Il me frotte le visage et semble tirer sur mes joues de toutes ses forces.

Les paysages sont splendides et, pour moi, hors norme.

Les paysages sont splendides et, pour moi, hors norme.

Le froid semble vouloir m’arracher la peau. Bien vite je me protège comme il faut mais, alors que je transpire tout mon corps suites aux efforts nécessaire pour gravir ces pentes, j’ai du mal a protégé mes extrémité. Mains et pieds sont soufflés et la boue collante s’accroche partout où elle le peut alors que le vent, bien vite, la gèle et la fige à mon cadre, à mes roues et à mes pieds. En quelques instants il m’est difficile de l’enlever et, sans possibilité de trouver un bâton à cette altitude, je me sers d’un caillou pour la faire tomber.

la boue collante s'accroche partout où elle le peut alors que le vent, bien vite, la gèle et la fige à mon cadre, à mes roues et à mes pieds.

la boue collante s’accroche partout où elle le peut alors que le vent, bien vite, la gèle et la fige à mon cadre, à mes roues et à mes pieds.

Je continue gentiment, bien vite accompagné d’un nomade marchant avec deux ânes chargés. Il avance aussi vite que moi, la pente est raide et, glissant comme rarement, je me contente de pousser mon vélo tant bien que mal.

la boue collante s'accroche partout où elle le peut alors que le vent, bien vite, la gèle et la fige à mon cadre, à mes roues et à mes pieds.

Je continue gentiment, bien vite accompagné d’un nomade marchant avec deux ânes chargés.

Au loin, j’aperçois quelques sommets, enneigés eux aussi, m’offrant un spectacle totalement unique dans ce voyage et c’est accompagné de cet homme que je rejoints ce que je crois être le col mais n’est en fait qu’un palier. La piste descend d’un km puis remonte encore. Au bas de cette courte pente, une rivière. Glacée bien évidemment. Une fine couche a gelé et le défi est de la traverser sans se mouiller. Inutile de vous expliquer pourquoi.

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La piste descend d’un km puis remonte encore.

C’est presque chose faite bien qu’un peu d’eau pénètre mon pied droit. Lentement mais sûrement alors que le vent reprend de plus belle, me glaçant mains et pieds comme jamais durant tout mon périple africain, je continue mon avancée, porté par les paysages uniques de cette ascension. Durant plus d’une heure je continue ainsi, totalement porté par cet endroit rendu dantesque par les conditions climatiques et le contexte qui me mène ici. Le regard violenté par la beauté qui m’entoure, l’esprit aspiré par l’ambiance de ces montagnes, je me laisse porter ainsi jusqu’à ce qu’enfin le vent daigne s’arrêter un peu. Quelques minutes de répit, il m’offre une accalmie, la température remonte drastiquement, je peux même enlever mes gants et, surtout, réchauffer mon pied -le droit- salement humide et très engourdi.. À l’aide de mon réchaud, j’y verse un peu d’eau tiède, frictionne un peu, vérifier que tout fonctionne. En quelques instants une douleur, rassurante mais désagréable, me gagne puis s’estompe, l’engourdissement disparaît peu à peu. J’attaque enfin la dernière montée.

un spectacle totalement unique dans ce voyage

un spectacle totalement unique dans ce voyage

2 bon kilomètres face à un vent qui reprend de plus belle encore. Plus violemment à mesure que je m’approche du sommet que j’atteins enfin, en début d’après-midi. Les bourrasques y sont si puissante que je termine en poussant, à l’agonie, manquant d’un rien de tomber à plusieurs reprises. Mes lunettes de soleil n’y résistent pas, le vent me les enlèvent et je n’ai que le temps de les voir voler au fond du ravin que longe ma route. Je les regarde se briser, puis disparaître. En atteignant le col je laisse derrière moi un panorama phénoménal, vaste sommets enneigés dont j’aperçois la neige qui s’envole en poudreuse parfois. Enfin, je bascule de l’autre côté.

2 bon kilomètres face à un vent qui reprend de plus belle encore.

2 bon kilomètres face à un vent qui reprend de plus belle encore.

Le versant sud est celui que je m’apprête à descendre. La neige y a déjà fondu. La piste y est sèche. Les paysages peut-être plus fabuleux encore. Je bascule dans un autre monde. Une parenthèse se referme. Les souvenirs restent.

 

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Je redescend la vallée, le col, le Tizi n’Ouano, est derrière moi. la verre reprend ses droits.

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Olivier Rochat

Première neige

Km 57’742, Taliouine, Maroc.

Je rêvais de retrouver montagnes, je suis servi.

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Je rêvais de retrouver montagnes, je suis servi.

En effet depuis 650 kilomètres que je pédale dans l’Atlas je cumule les cols les uns après les autres. Au fond de gorges étroites où se cachent oasis d’où l’on sort par une route serpentant falaises, au haut de plateau rocailleux où le vent souffle tout, côtoyant quelques proches sommets où la route serpente comme elle le peut où elle le peut et l’air y est glacial, accompagné par les amandiers en fleurs puis par les palmeraies, paysages et flores varient inlassablement, m’offrant tour à tour quelques uns des 1’000 villages du Maroc.

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accompagné par les amandiers en fleurs puis par les palmeraies, paysages et flores varient inlassablement

Pourtant depuis hier une situation retient mon attention plus que d’accoutumée: la neige.

Cette neige que j’aperçois, de loin certes, avec un amusement non dissimulé. Après celle du Kilimandjaro (Tanzanie) puis les quelques flocons du Malhasela pass (Lesotho), c’est la troisième fois que j’en aperçois en Afrique lorsque se dresse en face de moi, à une centaine de kilomètres, le Djebel Toubkal, plus haut sommet marocain. Mais si la beauté des sommets enneigés m’attire vers elle, c’est aussi le froid qu’il me faut affronter.

c'est la troisième fois que j'en aperçois en Afrique lorsque se dresse en face de moi, à une centaine de kilomètres, le Djebel Toubkal, plus haut sommet marocain.

c’est la troisième fois que j’en aperçois en Afrique lorsque se dresse en face de moi, à une centaine de kilomètres, le Djebel Toubkal, plus haut sommet marocain.

Pourtant bien loin des extrêmes, les températures restant constamment positives, me voici vêtu de gants, bonnets, chaussettes, écharpes et vestes chaudes pour affronter ce climat qui, bien que plus doux que celui d’où je viens et avait l’habitude de pédaler (les alpes), ne m’est plus du tout familier. Mais alors plus du tout.

Durant la majorité de mes 40 mois passés en Afrique climats et paysages furent répétitif mais marqué par une variante principale : saison sèche et saisons des pluies. Seules quelques exceptions sont venues casser la routine alors que j’ai eu droit, en tout et pour tout, à une dizaine de nuits de gels, toutes durant l’hiver australe lors de mes excursions de différents plateaux ou massifs montagneux en Tanzanie, Malawi, Lesotho, Afrique du sud ou Namibie (record-7°C à Windhoek, Namibie, juillet 2016).

Si les Afrique de l’est et australes sont composées de nombreux plateaux d’altitude où les nuits sont parfois très fraîches, cette sensation de répétition fût bien plus réel lors des 18 derniers mois, partagés entre Afrique de l’ouest et Afrique centrale, régions quasiment dépourvues de montages et de plateaux d’altitude où les températures ne varient que peu de saisons en saisons. Il m’a fallu plus de 9 mois en Afrique de l’ouest pour utiliser pour la 1ère fois mon sac de couchage..

Dans certains pays tropicaux l’amplitude thermique est quasi nulle, de quelques degré à peine. Du mois le plus chaud au mois le plus froid, la différence moyenne n’excède pas 5°C, parfois moins, alors que la nuit la plus froide de l’année sera d’à peine 20 degré de moins que la journée la plus chaude.

Si les régions désertiques, tels le Sahara que je viens de traverser, peuvent subir d’importantes amplitudes thermiques, ce ne fût pas comparable à cette traversée de l’Atlas où je ne sais jamais comment m’habiller entre la fraîcheur des sommets et la canicule des vallées les plus basses. Sur une journée il m’arrive de passer du tout au tout à plusieurs reprises.

Il me faut quelques jours, là encore, pour me familiariser avec cette nouvelle réalité.

Pour accélérer mon adaptation je décide de rester quelques jours à Igherm, petite ville de l’anti-atlas qui culmine à plus de 1’700 mètres d’altitude.

Là-haut les températures y sont bien plus fraîches qu’au fond des vallées et, si elles ne sont pas glaciales, elles restent constamment fraîches et la sensation de froid est d’autant plus renforcée par le vent qui balaie ces montagnes et par le fait qu’il n’y a pas de chauffage. Si j’ai froid dehors, j’ai aussi froid dedans. Les douches avec de l’eau glacée peuvent s’avérer bien pénible et, paresseux devant ce froid, j’écourte ma lessive les mains complètement glacée avant de partir me réchauffer avec un café sur la place principale de cette petite ville bien tranquille, toujours vêtu d’une veste que je n’oterai pas, même pour dormir.

Peu à peu je m’acclimate à ce nouveau mode de vie qui me pousse, à m’adapter en permanence au climat changeant des montagnes. D’un climat répétitif je passe à celui très changeant des montagnes et redécouvre à la fois la beauté si prenante à mes yeux des montagnes et la réalité qui l’accompagne : cette beauté se mérite.

 

Mais c’est une réalité qui me convient bien, me tient vivant, me pousse à avancer tout en trouvant un équilibre, même précaire, entre l’effort des montées et le réconfort des descentes tout en profitant du liant qui accompagne ces deux états : la beauté des paysages.

Les montagnes paraissent éternels et pourtant elles changent en permanence. Chaque état semble éphémère.

Si je ne retrouve pas là la rudesse des climats alpins, j’y retrouve beauté et plaisir qui me portent à cette sensation, la plus belle, que le plus beau col qui existe, c’est celui que je suis en train de grimper.

Tout simplement.

Puisque aujourd’hui est le plus beau jour de ma vie. Et que demain le sera aussi.

Ni drogues ni médicament, pédaler dans les montagnes est avant tout un état de fait et je l’aime ainsi. L’Afrique m’a appris à apprécier d’autres modes de vies sans pour autant m’oter le plaisir des montagnes.

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c’est la troisième fois que j’en aperçois en Afrique lorsque se dresse en face de moi, à une centaine de kilomètres, le Djebel Toubkal, plus haut sommet marocain.

Olivier Rochat

Maroc: retour dans les montagnes

Km 57’545, Tata, Maroc.

Après la traversée aussi rapide qu’inattendue du Sahara occidental, dernière partie du Sahara où le vent nous aura poussé sans cesse, nous abordons un monde tout à fait différent de ceux traversés ces derniers mois et l’un des plus attendus de tout mon voyage : l’Atlas.

nous abordons un monde tout à fait différent de ceux traversés ces derniers mois et l'un des plus attendus de tout mon voyage : l'Atlas.

nous abordons un monde tout à fait différent de ceux traversés ces derniers mois et l’un des plus attendus de tout mon voyage : l’Atlas.

En quelques mots

L’Atlas est un massif montagneux de l’Afrique du nord. Cette chaîne de montagnes s’étend sur près de 2’500 kilomètres traversant trois pays du Maghreb : le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. Culminant à 4 167 mètres d’altitude par son sommet le plus haut, le Djebel Toubkal, situé au Maroc, il reste l’une des régions habitées les plus froides d’Afrique ( avec le Lesotho ???) où la neige y es saisonnière durant des hivers parfois glaciaux où cette dernière peut venir recouvrir certains oasis en bordure du Sahara. Il sépare la méditerranée du Sahara et, pour retrouver « mon » Europe et terminer ce voyage, j’ai décidé de le traverser de longs en large, cumulant les cols aux quotidiens pour quelques 3’000 kilomètres de montagnes prévu.

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pour retrouver « mon » Europe et terminer ce voyage, j’ai décidé de le traverser de longs en large, cumulant les cols aux quotidiens pour quelques 3’000 kilomètres de montagnes prévu.

Nous changeons de monde

Forcément, je change de monde et d’atmosphère, retrouvant très vite mes « bonnes » vieilles habitudes laissées par chez moi dans les Alpes.

Pourtant, et malgré l’excitation qui me gagne à mesure que s’approche l’Atlas, il me faudra plusieurs jours pour réellement « atterrir » dans un pays extrêmement différents de tout ceux que j’ai traversé en Afrique.

ce sont maintenant d'énormes dunes qui suivent la route sur plusieurs dizaines de kilomètres

La traversée du Sahara fut fabuleuse dans un premier temps, en Mauritanie

La traversée du Sahara fût fabuleuse dans un premier temps, en Mauritanie, puis, avec 1’300 kilomètres parcourus en dix jours dans l’une des régions les plus ennuyantes que je n’ai jamais traversée, très rapide et lente à la fois, tant le vent nous poussait, les distances étaient longues entre chaque village et rencontre et les paysages n’évoluaient pas. Mais très vite le Maroc nous invite à le découvrir. Nous retrouvons là un pays bien plus développé où l’électricité y es constante, les marchés sont bondés de fruits, de légumes, d’épices et de tout produits aussi goûteux que bon marché. Très vite le Maroc m’apparaît comme un pays qui se « modernise » à toute vitesse, où les industries en tout genre, textiles, alimentaires et j’en passe, semblent fleurir à travers tout le pays. Un pays qui avance à toute vitesse dans un continent qui parfois semblent presque reculer, ou du moins avancer bien lentement. Rien ou presque ne ressemble aux récits de mon père qui le visitait voici plusieurs années, si ce n’est ces paysages fantastiques, l’importance de la religion ou ces djellabas que l’on porte, tel celle qu’il nous ramenait en souvenir.

Au fond, suis-je toujours en Afrique ???

La question prend même plus de sens lorsque, souvent, devant mon voyage accomplis, les marocains viennent à me demander : « Alors l’Afrique, c’est comment? »

« L’Afrique? Mais c’est ici l’Afrique mon ami! »

 

Oui, l’Afrique est un continent dont les frontières géographiques restent indiscutable, contrairement à d’autre, et le Maroc, tout comme le reste du Maghreb dans lequel j’entre pour la première fois, en fait aussi partie.

son climat à saisons chaudes puis froides où les hivers sont formés de nuits plus longues que celles des étés qui suivent

son climat à saisons chaudes puis froides où les hivers sont formés de nuits plus longues que celles des étés qui suivent

Mais sa culture, son développement, son climat à saisons chaudes puis froides où les hivers sont formés de nuits plus longues que celles des étés qui suivent, son mode de vie qui, comme me le rappelle parfois Pedro, est très proche de celui pratiqué le long des côtes méditerranéenne, son architecture ou encore ses nombreux oliviers me rappellent plus à l’Europe qu’au reste de l’Afrique. Sans parler de ces innombrables camping-cars qui viennent peupler le Maroc, lui même leur facilitant bien la tâche ( aux touristes) il est vrai. Les caravanes de chameaux que nous apercevions hier en Mauritanie, les yeux bien écarquillés, sont maintenant remplacées par celles de touristes venus profiter de la douceur climatiques et l’énorme offre touristique qu’offre le Maroc. Son climat, son organisation, son « coût de la vie », sa proximité à l’Europe, ses milles visages aussi fascinant les uns que les autres, justifie cela. Et si je m’avoue sans peine avoir un certains mal avec ces rassemblement de masses, je les respectes et les comprends. Mais qu’on se le dise, et si le terme me sied à merveille depuis plus de 3 ans car je n’en suis qu’un moi aussi, je suis toujours le même touriste. Mais d’une certaine manière, de voyageur je deviens vacancier. Ou du moins, c’est tel que je le ressens.

 

Et si les facilités qu’offre cette modernité, que ce soit par son électricité, ses routes goudronnés même pour les moins que secondaire, ou ses marchés où manger varié devient enfin plus facile que son contraire -surtout devant les prix affichés-, que cette  » modernité  » à quelque chose d’excitant dans un premier temps, elle vient vite m’ôter sens à mon voyage. Le confort et la facilité, je le trouve, ont quelque chose de bien lassant. Celle de transformer l’extraordinaire en banal alors que l’Afrique noire et justement, avec toute sa rudesse et sa misère couplée aux sourires et l’espoir de la majorité, est venu m’offrir son contraire. Faire d’un banal un événement. Une chose à première vue facile se transforme parfois en véritable expédition (j’exagère mais à peine) alors qu’une tâche à priori compliquée peut elle devenir la plus facile de toute. Imprévu va de paire avec Afrique, mais au Maroc c’est un peu différent. Là où je me rend compte avoir changé c’est qu’il yca 4 ans encore, alors que je n’avais jamais quitté l’Europe, mettre les pieds au Maroc me serait apparu comme quelque chose de très exotique. Mais après ce voyage, j’ai l’impression d’être tout proche de moi. Ce qui est une réalité vous en conviendrez.

Dans les faits c’est d’une nostalgie certaine que je passe mes premiers jours au Maroc.

Et puis, après quelques temps, je finis par atterrir. Par rentrer dans ce Maroc, par le vivre. C’est Abdeladhi qui, le premier, m’invite chez lui.

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C’est Abdeladhi qui, le premier, m’invite chez lui.

Abdeladhi me suit sur facebook et c’est par ce réseau social là qu’il nous propose de nous arrêter chez lui, à Guelmim, ville présentée comme porte du Sahara, droit sur notre route. La rencontre tombe à pic car Pedro a cassé sa pédale et c’est à l’arrière d’un 4X4 que nous pénétrons Guelmim attendu, déjà, par Abdeladhi et un de ces amis.

Je découvre un jeune homme qui, 2 jours durant, va nous choyer sans que nous le demandions. Nourritures, eaux chaudes et réparations matériels, tout est bienvenu mais plus que tout encore c’est sa personnalité qui me touche puisqu’il me plonge dans un monde que je côtoie moi aussi, forcément, mais que je ne m’attendais pas à découvrir ici: le voyage à vélo. Abdeladhi prépare lui aussi un tour d’Afrique à vélo et avec lui je découvre avec surprise -et plaisir- un peu de là communauté cycliste marocaine grandissante. Du haut de ses 20 ans – qu’il ne fait pas du tout – il me bombarde de questions et me renvoie à quelques années en arrière lorsqu’encore l’Afrique à vélo n’était qu’un projet lointain que j’abordai avec crainte, espoir, appréhension et fascination.

Je découvre un jeune homme qui, 2 jours durant, va nous choyer sans que nous le demandions

Je découvre un jeune homme qui, 2 jours durant, va nous choyer sans que nous le demandions

En quittant Abdeladhi, nous quittons également le Sahara et, pour la première fois depuis début février, nous apercevons des arbres: des oliviers côtoient notre route alors que se dresse ici et là plantations de tomates et autres légumes. Au nord du Sahara nous débutons cette longue, difficile et merveilleuse traversée de l’Atlas que je vais diviser en trois partie: le moyen atlas au nord, le haut atlas au centre où les sommets sont les plus hauts, et l’anti-atlas au sud, plus chaud et abordables en cette saison car le printemps y a déjà débuté. Logiquement, c’est celui-ci que nous abordons en premier.

L'anti-atlas au sud, plus chaud et abordables en cette saison car le printemps y a déjà débuté. Logiquement, c'est celui-ci que nous abordons en premier.

L’anti-atlas au sud, plus chaud et abordables en cette saison car le printemps y a déjà débuté. Logiquement, c’est celui-ci que nous abordons en premier.

Dès les premières vallées je me sens happé par ces montages qui nous entourent, sèches et rocailleuses. Et si les journées sont agréables, bien vite les nuits se rafraîchissent et les bivouacs se font dans une fraîcheur piquante au matin.

Dès les premières vallées je me sens happé par ces montages qui nous entourent, sèches et rocailleuse

Dès les premières vallées je me sens happé par ces montagnes qui nous entourent, sèches et rocailleuses

Les premières rencontres sont difficile. On nous refuse de planter nos tentes aux pieds des maisons et des mosquées, les rares auberges sont toutes fermées et c’est d’un air distant, très distant même, qu’on nous observe. On nous invite clairement à dormir hors des villages puis notre route s’enfonce dans un canyon étroit où se cachent des oasis en flanc de falaises.

On nous invite clairement à dormir hors des villages

On nous invite clairement à dormir hors des villages

 

Pour nous mener au haut de ces derniers, la route s’y tortille comme rarement, esquissant des virages en épingles impressionnant, longeant des falaises où la chute serait mortelles, sur des pentes qui, bien souvent, dépassent allègrement les 10%. Mais, pas à pas, sûrement, nous montons.

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la route s’y tortille comme rarement, esquissant des virages en épingles impressionnant, longeant des falaises où la chute serait mortelles, sur des pentes qui, bien souvent, dépassent allègrement les 10%.

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Nous voici maintenant sur un plateau ou le vent nous balaie et le froid est de mises. Des oasis nous passons à la montagne, et l’opération se répète encore et encore. Les villages se font rares et semblent dormir lorsque nous les traversons. Dorénavant, chaque virage nous réserve son lot de surprise. En 5 kilomètres nous changeons plusieurs fois de paysages, des oasis aux champs d’amandiers en fleurs.

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Des oasis nous passons à la montagne, et l’opération se répète encore et encore.

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Nous campons dans une froideur nouvelle puis sommes invité par Hassan avec qui nous découvrons accueil et simplicité. Nous comprenons vite que la distance des premiers jours n’étaient que passagère, presque accidentel. Les sourires et la vie reprennent gentiment le dessus, puis nous atteignons la « haute montagne » et la fraîcheur qui la caractérise bien souvent.

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nous atteignons la « haute montagne » et la fraîcheur qui la caractérise bien souvent.

L’air y est frais et vif, beau et cruel à la fois. En montagne, la beauté se mérite mais s’apprécie encore plus. Le temps n’est jamais au fixe et une matinée ensoleillé peut facilement
se transformer sous une grisaille et la pluie, voir la neige, en un instant. Le climat éphémère se mélange avec l’immortel immensité de ces montagnes. Les montagnes changeant constamment, de saisons en saisons, parfois de jours en heure, elles se vêtissent de tout habit, passant d’une robe blanche aux étendues de fleurs.

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d’une robe blanche aux étendues de fleurs.

 

Très vite je me retrouve dans mes habitudes alpines d’alors, mélangeant les genres constamment. Les kilomètres ne rythment plus notre avancée, ce sont les ascensions qui le font. À moins de 10 kilomètres à l’heure pour parfois plusieurs heures, nous atteignons les cols. Puis les redescendons au-delà des 50. Enfin nous recommençons l’opération dans des paysages qui passent du tout au tout en permanence. L’effort des montées, où le corps travaille sans discontinuer, ne fait que précéder le réconfort des descentes, où seul les mains travaillent un tant soit peu, activant les poignées de freins pour ne pas sombrer dans les virages.

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dans des paysages qui passent du tout au tout en permanence.

Les yeux, finalement, sont les seuls à être actif de long en large de ces journées fascinantes de beauté.

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Les yeux, finalement, sont les seuls à être actif de long en large de ces journées fascinantes de beauté.

Finalement, au sommet d’un énième col, en émerveillement, une lointaine chaîne de montagne se dresse en face de moi. Plus de cent kilomètres à vol d’oiseau nous en sépare mais la claireté de l’air nous offre un peu de sa beauté. De ses sommets enneigé qui me font vite comprendre qu’il s’agit là du djébel Toubkal, le toit du Maroc. Et si ses neiges n’y sont éternels, la fraîcheur de la saison leur permet de résister au printemps qui s’amène jour après jour. De fait l’hiver, là haut, n’est pas tout à fait terminé. Et, après 4 ans sans printemps, ces neiges là ont tout, absolument tout, de l’éternel. À commencer par les températures et le froid qui nous glace, nous poussant à changer de direction. C’est simple, une fois au carrefour et plutôt que de remonter vers le nord, nous descendons vers le sud. Déjà nous filons à vive allure, poussé par ce vent qui nous freinait hier encore. Les températures montent à nouveau, la vallée s’élargit, d’un orange brunâtre les falaises qui nous côtoient passe aux roses violacés alors qu’au milieu de rien un arbre survit. Solitaire. Il faut plusieurs kilomètres pour en apercevoir d’autre.

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Dès sommets enneigés aux oasis ensoleillés, l’Atlas marocain mélange les genres comme rarement

Enfin des campings refont surfaces à l’approche des premiers oasis. Le Sahara pointe à nouveau le bout de son né. Dès sommets enneigés aux oasis ensoleillés, l’Atlas marocain mélange les genres comme rarement et c’est dans ces conditions que je passe mes derniers jours en compagnie de Pedro.

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je passe mes derniers jours en compagnie de Pedro.

Après plus de deux mois ensemble, une page se tourne encore. Une autre s’ouvre. Et c’est en grimpant que je compte bien l’écrire…

Habité ce matin d’un léger pincement au cœur, je retrouve ma solitude.

Olivier Rochat

Sirocco, la bal(l)ade saharienne

Km 56’769, Tah, Maroc.

Voici un (long) récit de mes derniers kilomètres au Sahara dans le possible dernier pays africain de mon voyage, le Maroc. Plus encore, au Sahara occidental.

« Là ou le Sahara rencontre la mer, l’océan. Où les grandes eaux se mélangent aux grands déserts, nous pédalons. »

"Là ou le Sahara rencontre la mer, l'océan. Où les grandes eaux se mélangent aux grands déserts, nous pédalons."

« Là ou le Sahara rencontre la mer, l’océan. Où les grandes eaux se mélangent aux grands déserts, nous pédalons. »

Nous pensions y passer 20 jours, peut-être 25. Nous rêvions d’en passer 15, tout en craignant d’en passer 30.

« Le vent décidera! », nous le savions. Lui qui balaye le grand désert en quasi permanence, il décidera de notre avancée. Nous devrons nous y adapter. Nous en formaliser. Dans ces régions particulière comme l’est le Sahara, à la merci des distances et du vent, c’est ce dernier qui contrôle, c’est lui qui décide. Nous, nous nous adaptons. Nous faisons avec. Quitte à attendre pour cela.

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Dans ces régions particulière comme l’est le Sahara, à la merci des distances et du vent, c’est ce dernier qui contrôle, c’est lui qui décide.

Après 30 jours en Mauritanie, nous quittons cet époustouflant pays, magnifique à de nombreuses reprises et qui nous aura été accueillant jusqu’au dernier jour. Après l’éreintant voyage en train, nous rejoignons, sale et fatigué, Nouadhibou, à l’extrême nord de notre périple mauritanien, 50 kilomètres au sud de la frontière. Nous rejoignons aussi la côte Atlantique et, après 2 jours de repos incroyablement bienvenu chez Mohamed et sa famille ( mais quel accueil !), nous attaquons l’une des parties réputées les plus compliquées de mon voyage : la traversée du Sahara occidental du sud au nord. Soit 1300 kilomètres de désert, le long de l’Atlantique balayé par un vent qui, la grande majorité du temps, souffle du nord et parfois très fortement. Nous nous préparons donc à rouler contre le vent, comme tout le monde nous l’indique, pour plus de 1’000 kilomètres.

nous quittons cet époustouflant pays, magnifique à de nombreuses reprises et qui nous aura été accueillant jusqu'au dernier jour.

nous quittons cet époustouflant pays, magnifique à de nombreuses reprises et qui nous aura été accueillant jusqu’au dernier jour.

En recherche d’indépendance

Le Sahara occidental est une région, un pays même, très particulier. Reconnu comme  » territoire non-autonome » par l’ONU, sous gouvernement marocain depuis 1976, ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental se situe au sud du Maroc, au nord de la Mauritanie et partage une courte frontière avec l’Algérie à l’est. L’ouest du pays est longé par l’océan Atlantique et sa ville principale, Laayoune, se trouve juste en face des îles canaries. Sa superficie est plus grande que celle du Royaume-Uni mais, peuplé d’à peine un demi-million d’habitants, le territoire deviendrait le second pays le moins densément peuplé au monde en cas d’indépendance, juste derrière la Mongolie. La région est à l’origine peuplée de nomades, les sahraouis, en conflit depuis plus de 40 ans avec le Maroc pour ce territoire qu’ils revendiquent le leur sous le nom de « République arabe sahraouie démocratique (RASD) », via le Front Polisario. Celui-ci est un mouvement dont l’objectif est l’indépendance totale du Sahara occidental, revendication soutenue par l’Algérie. Devenu un enjeu global illustrant la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, le dossier saharien bloque toujours la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA).

Aujourd’hui la majorité du pays est gouvernée par le Maroc qui administre et contrôle environ 80 % du territoire, tandis que le Front Polisario en contrôle 20 % laissés par le Maroc derrière une longue ceinture de sécurité, le « mur marocain » devenu aujourd’hui la frontière de facto, plusieurs centaines de kilomètres à l’intérieur des terres. De nombreuses mines « peuplent » cette frontière.

Mais soyons clair, une fois la frontière traversée, nous sommes bien au Maroc. Les imposants drapeaux marocains brandits un peu partout où poussent des bâtiments nous le rappellent. Le tampon d’entrée est bien un tampon marocain et c’est de « bienvenue au Maroc » que nous accueille la police. La route que nous empruntons, la seule qui traverse le Sahara occidental dans son ensemble, est sous contrôle totale du Maroc. En y entrant, j’entre là dans ce qui pourrait bien être le dernier pays africain de mon voyage (?), le 33ème, j’ai nommé: le Royaume du Maroc !

 

La région est à l'origine peuplée de nomades, les sahraouis

La région est à l’origine peuplée de nomades, les sahraouis

Mais ce n’est pas tant pour son histoire ou sa politique que j’avais noté cette partie depuis même avant mon départ voici 42 mois (!), mais bien plus pour son climat. Nous sommes là au Sahara, le long de la côte océanique sur ce qui fut la première route entièrement goudronnée à traverser le Sahara dans son ensemble terminée en 2005 côté mauritanien, 1992 (à vérifier) côté marocain. De toutes manière il n’y en a pas 36 puisqu’à ma connaissance seules 4 ou 5 routes officiels traversent le grand désert. Celle du Nil à l’est, avec deux variantes le long de la mer rouge et le long des oasis égyptiens, la mythique route de Tamanghasset, goudronnée sur quasiment tout son ensemble qui traverse le Sahara par son centre permettant de relier Alger à Lagos au Nigeria, celle qui relie Alger à Gao au Mali, non-goudronnée dans sa plus grande partie. Ces deux dernières, ainsi que quelques pistes pas toujours balisées, anciennes routes des caravanes du Sahara, sont interdites aux touristes pour causes de sécurité. La 4ème, celle de l’ouest est donc celle du Sahara que nous empruntons actuellement, reliant Tanger à Dakar le long de la côte Atlantique. Une autre route relie la Mauritanie à l’Algérie (Bir Mogrein-Tindouf), mais trouver des informations sérieuses quant à l’ouverture (aux touristes) de cette route est très compliqué, de nombreux camps de réfugiés sahraouis se trouvent également côté algérien de la route.

 

 

C’est donc sans réels options que nous empruntons cette route. Réputée pour son vent du nord, nous savons que nous débutons là l’une des parties les plus ardues du périple. De plus, le vent nous a déjà beaucoup soufflé contre en Mauritanie et, avec le manque de temps sur nos visas mauritanien, nous n’avons pu nous reposer comme souhaité. En quittant la Mauritanie, nous avons déjà plus de 1’000 kilomètres de Sahara dans les jambes, il nous en reste plus de 1’300.

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En quittant la Mauritanie, nous avons déjà plus de 1’000 kilomètres de Sahara dans les jambes, il nous en reste plus de 1’300.

Face à cette situation très particulière, notre « plan » est de jouer la gestion. Plutôt que de foncer tête baissée face au vent et s’épuiser inutilement jusqu’à littéralement « péter un câble », nous nous préparons à attendre s’il le faut, tel que nous l’avions fait en Mauritanie. Préférant ainsi les jours où le vent nous sera le moins défavorable, quitte à rouler la nuit pour cela, nous espérons ainsi sauver de l’énergie et garder le cap plus longtemps. Notre plus grande chance, pensons-nous, c’est soit d’avoir un vent d’ouest -de l’océan- comme il en arrive parfois, vent qui ne nous sera pas trop mauvais, soit un vent faible, voir inexistant. Car c’est lorsque le vent sera le moins fort que nous dépenserons le moins d’énergie. Et de l’énergie, pour traverser le Sahara, nous en aurons besoin.

Mais pourtant, sans n’avoir pu même l’espérer, en rejoignant Nouadhibou un phénomène particulier va se produire. Dès notre sortie du train, quelque chose me frappe: le vent souffle du sud. Mais que se passe-t-il ? Nous avons 5 kilomètres à descendre au sud pour rejoindre la ville et nous n’avançons pas à dix kilomètres à l’heure. Oui, le vent souffle du sud !!!? Il nous balaie même !

Au soir, installé chez Mohamed, nous contrôlons la météo et effectivement le vent souffle du sud. Il semble venir de la mer, propulsé par un énorme orage aux larges des côtes, et vient se  » fracasser » sur les terres. Là, il se divise en deux, descend au sud par la Mauritanie, monte au nord par le Maroc. Nous comprenons notre chance et n’hésitons pas longtemps : nous partons même avant la fin de notre visa. La situation s’inverse, de chassé nous devenons chasseur. De patient nous devenons impatient. Il faut comprendre qu’un jour avec le vent c’est minimum 100 kilomètres, certainement plus, avec une dépense d’énergie moindre. Le contraire c’est 50 kilomètres avec une dépense d’énergie monstrueuse. Le tout dans une région extrêmement répétitive où vous ne rencontrez pas grand monde et les paysages ne changent pas. Ou si peu. Le vent de face n’est pas seulement difficile pour les cyclistes que nous sommes, il est frustrant. Usant. Lutter contre c’est changer de caractère, devenir irritable, colérique. Le vent rend fou. Et fou, nous le sommes déjà suffisant sans ça. C’est décidé, nous partons. Et sans nous retourner.

Dès notre départ de Nouadhibou, comme indiqué par les prévisions météorologiques, le vent nous pousse. Il nous porte, travaille à notre place. En deux heures nous faisons la même distance qu’auparavant en un jour. Euphorique, nous nous lançons sur la route tout en sachant que cela peut ne pas durer. Chaque heure avec le vent peut être la dernière pour des semaines, nous en sommes bien conscient. Il faut profiter. Et nous en profitons.

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Parfois, des dunes lointaines se dressent au milieu des buissons

Les premiers jours se font dans un vide total ou presque. Seules quelques cafétéria, disposée tous les quelques 80-100 kilomètres, et les antennes téléphoniques nous servent d’abri et/ou de réapprovisionnement. Parfois, des dunes lointaines se dressent au milieu des buissons alors que les matins se font toujours frais et, parfois, sous un épais brouillard.
Des paysages lunaires habités de petits buissons côtoient notre route. Se répétant inlassablement.

Des paysages lunaires habités de petits buissons côtoient notre route.

Des paysages lunaires habités de petits buissons côtoient notre route.

Parfois, nous apercevons l’océan dont les vagues, soufflées elles aussi, viennent se fracasser contre les falaises. Elles me rappellent à l’Irlande. De l’Irlande au Sahara occidental, le parallèle est osé, certes, mais l’océan est le même. L’humidité et la grande fraîcheur des nuits, amenées par l’océan justement, le justifie un peu. Le long de l’océan, tous les 2-3 kilomètres, se trouvent de petites maisons. On pense d’abord à des maisons de pêcheurs. Ce sont des militaires qui contrôles l’immigration clandestines. Mais les villages sont très rares et la majorité des bâtiments que nous apercevons sont militaires, ornés d’énormes drapeau marocains. L’impression est bizarre, les gens qui vivent ici semblent ne pas y être né. Tout y est neuf, grand et propre. Organisé. Du contrôle de police/gendarmerie à l’intérieur des cafétéria. Plus proche de l’Europe que de l’Afrique de mes 3 dernières années, nous changeons de monde.

De l'Irlande au Sahara occidental, le parallèle est osé, certes, mais l'océan est le même.

De l’Irlande au Sahara occidental, le parallèle est osé, certes, mais l’océan est le même.

Il nous faudra atteindre Boujdour, notre première ville au 6ème jour de route, pour apercevoir une femme. Jusqu’ici, seul polices, militaire, gendarmerie, ouvriers des cafétérias et gens de passages ont croisés notre route. Tout y est grand et neuf, propres et surréaliste

Ce Sahara là, chaque jour, détruit tous les clichés qu’on puisse lui donner. Quelques fleurs, violettes, se dressent en bord de route, défiant le sable et les camions. Les chameaux font face à l’océan, puis disparaissent sous le brouillard alors qu’au 3ème jour de route, un panneau nous indique notre passage du tropique du cancer. Pour la première fois depuis plus de 3 ans, je me trouve au nord des tropiques.

Quelques fleurs, violettes, se dressent en bord de route, défiant le sable et les camions.

Quelques fleurs, violettes, se dressent en bord de route, défiant le sable et les camions.

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Ce Sahara là, chaque jour, détruit tous les clichés qu’on puisse lui donner.

Les chameaux font face à l'océan, puis disparaissent sous le brouillard

Les chameaux font face à l’océan, puis disparaissent sous le brouillard

un panneau nous indique notre passage du tropique du cancer. Pour la première fois depuis plus de 3 ans, je me trouve au nord des tropiques.

un panneau nous indique notre passage du tropique du cancer. Pour la première fois depuis plus de 3 ans, je me trouve au nord des tropiques.

Mais notre bonheur à nous, c’est le vent.

Si, après ce départ en fanfare, il s’arrête, nous soufflant contre pour un après-midi, il revient de plus belle dès le lendemain. Plus fortement encore. Il nous balaie. Nous souffle, nous porte à 30 km/h sans effort. 37 en poussant un peu. 40 parfois. Les kilomètres défilent maintenant sous nos yeux. Nous n’avons pas de moteur, mais avec ce vent, c’est tout comme. Des étapes que nous pensions durer plusieurs jours se déroulent en quelques heures. Les pauses déjeuners se font avec 80 kilomètres dans les jambes, parfois plus. Les après-midi nous en pédalons 60, souvent plus.
Et la situation météorologique, que nous observons de temps à autre grâce à l’étonnante connexion marocaine (3G même à plus de 100 kilomètres du village le plus proche), s’améliore. La chance est avec nous. Ici 1 jour avec un vent du sud était un rêve. Alors que dire d’une semaine ? La situation est inespérée. Nous nous engouffrons dans la brèche bien conscient que nous aurons le temps de nous reposer plus au nord, profiter des bazar aux épices et fruits colorés, du printemps qui s’annonce. Le Sahara se traverse. Le Maroc se découvre. Nous découvrirons plus tard, aujourd’hui, nous traversons. Nous pédalons.

Le Sahara défile sous nos yeux mais le marché de Boujdour, notre premier bazar, nous offre du magnifique. Les épices sentent bon et les boutiques offrent de tout, des fruits secs aux chocolats, de l’huile d’olive aux pâtisseries marocaines, des oranges délicieuses aux tomates tout aussi bonne, industriel ou artisanal. Nous sommes en vie.

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Le Sahara défile sous nos yeux

Mais sous un vent toujours aussi bon et généreux, nous continuons.

Tel des albatros, poussé par une tempête qui souffle dans notre dos, nous filons à toute vitesse, fracassant nos principes engendrés depuis plus de 3 ans. Tout me semble inversé, du rapport aux gens à celui de cette partie du voyage, à tel point que j’ai l’impression d’être ivre. De ne pas comprendre. D’être un autre, dans une situation autre, dans une culture autre, dans un climat autre. Je m’étais préparé aux jours les plus longs, pénibles et ennuyants de ma vie nomades. Ils sont les plus faciles. Les plus lisses. Les plus rapides aussi. 365 kilomètres sont avalés les 3 premiers jours. 173 le 4ème. Je m’étais préparé à souffrir du vent mais ce sont les cyclistes que nous croisons qui se retrouvent dans cette situation. Et eux aussi sont surpris. On leur avait prédit une traversée facile avec vent de dos, les voici qui galère pour tenir un 10 km/h. Le visage fermé, l’humeur difficile, c’est l’amertume qui les gagnes. Et on les comprends. Pour eux le Sahara se traverse en souffrant. Chaque kilomètres en sueur. Pour nous en sifflotant à 35 km/h, chantant le refrain des chansons qui passent sur nos MP3. Et moi je me tape des fous rire en repensant à tout ça. Car si le vent de face rend fou, celui de dos, lui, rend heureux. Il rend ivre. Le tout à 30 de moyenne. 40 en poussant un peu. Bon, on s’arrête, on compatit, on a presque pitié et, de gènes, on échange quelques mots. Et très vite, nous repartons. Cruel ? Certainement pas. Si le vent les freines ce n’est que brièvement. Dans quelques jours, il changera et, comme prévu, les poussera. Pour nous c’est le contraire, c’est maintenant ou jamais. La patience est une vertu…Sauf dans notre situation. Nous fonçons!

À mesure que nous continuons au nord, la circulation augmente. Les contrôles de police aussi. Quelques villages apparaissent enfin, puis une ville. Puis une autre le lendemain. C’est la vie qui augmente. Le Maroc attendu se rapproche, le Sahara se termine. Le bruit du trafic remplace peu à peu celui des vagues se fracassant aux falaises. Un champ d’éolienne se dresse au loin. Éole, justement, est avec nous. Seuls quelques dunes, soudaines, bordent notre route qui devient deux voies au moment d’aborder Lâayoune, plus grande ville du Sahara occidental. La route les coupes en deux et, en ce jour de tempête, le sable y est balancé à travers la route. Entre camions et voitures, le sable nous renversent dans un mini chaos. Rapidement des gonfle de sable se forment sur la route, freinant le trafic alors que les plus gros camions, avec une prise au vent maximale, s’arrête complètement pour éviter tous risques. Sableux, nous gagnons Lâayoune. Mais, poussé encore par ce vent tempétueux, continuons dans un paysage d’infini chargé de timides buissons et d’éoliennes au fond d’un horizon qui ne semble vouloir se terminer. Au soir, dans le village de Tah, nous quittons le Sahara occidental. 350 kilomètres de Sahara nous sépare de Guelmim, parfois proclamée porte du Sahara.

Après la plus longue semaine de ce voyage, 984 kilomètres au compteur pour près de 2’500 km au total, la traversées du Sahara est presque terminée.

Ce n’est que le lendemain que nous pouvons mettre un nom sur cet étonnant phénomène : le Sirocco. Le sirocco est, je cite, « un vent violent, très sec et très chaud qui souffle sur l’Afrique et le sud de la mer Méditerranée.
Le sirocco se produit lorsqu’une masse d’air tropicale et stationnaire installée sur le Sahara se trouve entre une zone anticyclonique à la verticale de la ligne du tropique du cancer et une soudaine zone de forte dépression se creusant rapidement au-dessus de la mer Méditerranée. La masse d’air saharienne brûlante est alors aspirée vers le nord par la dépression et remonte en direction sud-nord au-dessus du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie. »

Ce phénomène expliqué ne changera rien à notre sentiment général: de la chance. Beaucoup de chance, celle d’avoir été au bon moment au bon endroit. Ou un karma au top du top.

Nous pensions y passer 20 jours, peut-être 25. Nous revions d’en passer 15, tout en craignant d’en passer 30. 7 auront suffit.

« Là ou le Sahara rencontre la mer, l’océan. Où les grandes eaux se mélangent aux grands déserts, nous pédalons. »

"Là ou le Sahara rencontre la mer, l'océan. Où les grandes eaux se mélangent aux grands déserts, nous pédalons."

« Là ou le Sahara rencontre la mer, l’océan. Où les grandes eaux se mélangent aux grands déserts, nous pédalons. »

 Olivier Rochat

Panoramas de Mauritanie

Km 55’838, Nouadhibou, Mauritanie.

-dont 1’528 en Mauritanie-

Durant 1 mois j’ai découvert quelques régions, souvent merveilleuses, de la Mauritanie.

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Les dunes de l’Adrar

En compagnie de Pedro, voyageur espagnol, je me suis fait surprendre par le côté « photogénique » des paysages mauritanien, très particulier et différents de ceux vécus précédemment en Afrique subsaharienne.

En voici quelques uns:

Les villages sont construits de magnifiques maisons de terres cuites et peuplés, à grande majorité, de Peul.

Le long du fleuve Sénégal, les villages sont construits de magnifiques maisons de terres cuites et peuplés, à grande majorité, de Peuls.

Au sud de ce dernier, le Sénégal, le sahel. Au nord, la Mauritanie, le Sahara

Le fleuve Sénégal. Au sud de ce dernier (droite sur la photo), le Sénégal, le sahel. Au nord (d’où la photo est prise), la Mauritanie, le Sahara. Nous quittons l’Afrique subsaharienne. Ici le village de N’gorel, notre dernière nuit parmi les Peuls.

 Une piste, bonne, nous mène villages après villages au milieu d'un sahel aride

Une piste, bonne, nous mène villages après villages au milieu d’un sahel aride. (Photo par Pedro Alonso)

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De Aleg à Nouakchott, nous passons nos premiers kilomètres dans le Sahara. De nombreux nomades côtoient notre route.

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Pour changer du bitume, nous nous égarons sur les dunes que traversent notre route.

 Le Sahara nourrit mes fantasmes depuis longtemps. Il les nourrit toujours aujourd'hui.

Le Sahara nourrit mes fantasmes depuis longtemps. Il les nourrit toujours aujourd’hui.

Après Nouakchott le vent nous balaie. Rien ne le freine. Il nous bouffe littéralement et, parfois, nous roulons de nuit car il y souffle moins fort.

Après Nouakchott le vent nous balaie. Rien ne le freine. Il nous bouffe littéralement et, parfois, nous roulons de nuit car il y souffle moins fort. (Photo par Pedro Alonso)

Ainsi l'enfer débute. Ainsi l'enfer nous ouvre sa porte. Nous ouvre sa gueule.

Ainsi l’enfer débute. Ainsi l’enfer nous ouvre sa porte. Nous ouvre sa gueule. (Photo par Pedro Alonso)

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Enfin, nous débutons l’Adrar, une région plus intéressante, chargée d’Oasis et de montagnes. (Photo par Pedro Alonso)

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Tergit, notre premier oasis. Nous nous y reposerons 1 jour.

Entre les oasis, des dunes nous entourent. Le sable est projeté sur notre route, formant des gonfles importantes, déblayées régulièrement.

Entre les oasis, des dunes nous entourent. Le sable est projeté sur notre route, formant des gonfles importantes, déblayées régulièrement. (Photo par Pedro Alonso)

 le magnifique village de Tounghad, village aux maisons de pierre entourant un oasis en flanc de montagnes

Le magnifique village de Tounghad, village aux maisons de pierre entourant un oasis en flanc de montagnes.

Mais la route pour parvenir à ces lieux isolés n'est jamais facile. Les rivières asséchées sont pleines d'un sable profond. Après de nombreuses collines, il nous faut pousser!

Mais la route pour parvenir à ces lieux isolés n’est jamais facile. Les rivières asséchées sont pleines d’un sable profond. Après de nombreuses collines, il nous faut pousser! (Photo par Pedro Alonso)

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Après le sable, ce sont les cailloux qui nous freinent.

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Le passe Nouatil nous offre quelques merveilleux panoramas.

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Nous avons suffisamment d’espace. Pour nous seul…ou presque.

La route de Choum nous offre encore quelques beaux panoramas ainsi qu'un couché de soleil époustouflant.

De retour sur le goudron, la route de Choum nous offre encore quelques beaux panoramas…

La route de Choum nous offre encore quelques beaux panoramas ainsi qu'un couché de soleil époustouflant.

…ainsi qu’un couché de soleil époustouflant.

Enfin c'est sur le toit d'un train considéré comme le plus long du monde que nous quittons l'Adrar. Il transporte chaque jour d'énormes quantité de minerai de fer. Nous passerons 15 heures sur le haut des minerais.

Enfin c’est sur le toit d’un train considéré comme le plus long du monde que nous quittons l’Adrar. Il transporte chaque jour d’énormes quantité de minerai de fer. Nous passerons 15 heures sur le haut des minerais.

Le train peut mesurer jusqu'à 3 kilomètres de long.

Le train peut mesurer jusqu’à 3 kilomètres de long.

Mais la Mauritanie sait aussi accueillir. Nous y passons nos deux dernières nuit en (très) bonnes compagnies, choyés comme rarement.

Mais la Mauritanie sait aussi accueillir. Nous y passons nos deux dernières nuit en (très) bonnes compagnies, choyés comme rarement.  (Photo par Pedro Alonso)

Olivier Rochat