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Chaouen

Km 61’078, Chefchaouen, Maroc.

À 50 kilomètres de la méditerranée et 100 de l’Espagne, Chefchaouen m’offre une dernière pause sur le continent africain. Un dernier regard bleuté venu casser la nostalgique mélancolie qui accompagne mes pas depuis plusieurs semaines déjà. Un dernier repos, un dernier plaisir, en cette semaine qui devrait, et sera, être la dernière sur le continent africain. Au dernier lundi suit le dernier mardi, au dernier tajine suit un autre dernier, il est presque temps de casser enfin l’ambiance nostalgique qui m’habite, cachant même la tristesse et la joie qu’accompagne ce sentiment partagé d’excitation et d’appréhension, pour enfin franchir la mer, traverser la méditerranée.

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Les maisons y sont, presque toutes, peintes en bleu, offrant une atmosphère particulière

Mais à 600 mètres d’altitude, perché dans les montagnes du Rif, je m’égare dans les rues abruptes de la Médina, la vieille ville, si particulière de « Chaouen ». Les maisons y sont, presque toutes, peintes en bleu, offrant une atmosphère particulière, peut-être unique, à celui qui s’égare dans ces ruelles aux allures de labyrinthes.

Chefchaouen m'offre une dernière pause sur le continent africain.

Chefchaouen m’offre une dernière pause sur le continent africain.

Je me lève à l’aube pour profiter de la quiétude de l’heure (5h30) et m’égarer simplement à travers les ruelles désertes de Chaouen.

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Je me lève à l’aube pour profiter de la quiétude de l’heure (5h30)

Mais ce n’est pas tant pour l’agréable fraîcheur de l’heure, ni pour profiter d’une de ces longues journée débutée avant l’aube, les plus belles à mes yeux, que je me lève ainsi tôt. Non, c’est parce que Chaouen, ses habitants, ses touristes, dorment encore.

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Chaouen, ses habitants, ses touristes, dorment encore.

À cette heure matinale seuls quelques chats traînent dans les ruelles, régnant en maîtres, silencieux et nonchalant, de la Médina. Je m’évade alors de rues en rues, grimpant d’un escalier à l’autre, attendant patiemment que les façades rendue bleus sombre par les instants de l’aube se transforment en bleu ciel sous l’éclat lumineux de l’astre montant qui nous a permis la vie. Et, peu à peu, la vie, justement, refait surface, on se réveille. Une boutique ouvre, puis une femme passe, transportant un énorme sac, un homme qui part aux affaires. Les façades bleutées s’éclaircissent enfin face au soleil montant toujours plus haut dans le ciel.

seuls quelques chats traînent dans les ruelles, régnant en maîtres

seuls quelques chats traînent dans les ruelles, régnant en maîtres

Si le bleu est une couleur, à Chaouen il en est 1000. Des milliers de tons du clair au ciel, rappelant la mer en ces montagnes, qui tournent parfois au violet, ou suis-je trahit par l’ombre de ce vignoble surplombant la rue? Le vert qu’y glisse ses feuilles vient d’un éclat transformer cette ruelle en un tableau, un Van Gogh, un Picasso, et les pots de fleurs, orange, jaune, rouge, viennent apporter encore des traits éclatant à ce festival de couleurs bleuté, cet arc en ciel.

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les pots de fleurs, orange, jaune, rouge, viennent apporter encore des traits éclatant à ce festival de couleurs bleuté, cet arc en ciel.

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Quelques gamins apportent leurs oranges, une table et puis on presse le fruit et se dresse déjà quelques stands de jus d’orange alors qu’en face une porte, toujours bleue, s’ouvre laissant place à différentes formes d’arts locaux.
Mais plus de Choukran ni de Salam pas plus que de Bonjour, on me parle en anglais. Me voici bientôt coincé parmi un groupe de touriste russes s’étalant sur une ruelle entière alors que plus loin ce sont des asiatiques, ma connaissance quasi nulle de ce vaste continent ne me permettant pas de leur donner une nationalité je vais les appeler ainsi, qui prennent d’assaut un escalier. À tour de rôle on se photographie.

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Je m’évade alors de rues en rues, grimpant d’un escalier à l’autre, attendant patiemment que les façades rendue bleus sombre par les instants de l’aube se transforment en bleu ciel sous l’éclat lumineux de l’astre montant qui nous a permis la vie.

 

Le Maroc est de contraste. Dans ses montagnes reculées, l’âne y est encore un moyen de transport. À Chaouen, on fait la queue pour prendre en photo un escalier.

Les rues se remplissent et les chats, qui régnaient en maître il y a une heure encore, se faufilent entre les jambes et les murs, cherchant de la nourriture pour les plus audacieux. Une fuite pour les autres. Ils ne règnent plus en maître en témoigne ce chaton crevé qui gît au sol, comme écrasé par le diable. Tristement peut-être, cela ne me touche guère. Oh je l’aurai bien sauvé, mais il est trop tard. Et bien souvent en Afrique l’Animal, lorsqu’il n’est pas sacré ou utilisé pour le travail, est traité comme le terme qui l’y renvoie, un animal. L’Animal naît animal, et meurt animal. L’Animal est animal. N’en déplaise aux russes qui l’aperçoivent juste après moi.
L’oeuvre, terrible s’il en est, probable d’un scooter, le seul type de véhicule motorisé que j’ai vu circuler dans ces ruelles.

Plus loin une famille de mexicain, si je me fie au maillot que porte le père, se prend en photo devant cette porte décorée où je passe pour la troisième fois au moins alors que l’espagnol, la langue, devance parfois l’anglais. Au fond l’Espagne est s’y proche qu’on peut y venir en week-end depuis les villes du sud de pays et je l’entends résonner souvent dans les discussions qui tournent autour de moi ou lorsqu’un marocain me salue d’un « Hola ».

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Chaouen me semble suffisamment grande et belle pour attirer plein de monde

De Madrid à Tokyo, de Moscou à Mexico, Chaouen à quelques airs d’international lorsque « retentit » midi. Le soleil est maintenant brûlant et les multiples bleus des façades et autres escaliers s’éclaircissent à la lumière de juillet. Les rues abondent de monde et les souks, toujours si vivants et colorés, m’étouffent. Il est temps pour moi de battre en retraite et de retrouver mon auberge et ma chambre, bien marocaine quant à elle. La fraîcheur y est conservée mais l’eau si glacée que j’attendrai le plus chaud du jour pour me rafraîchir.

On m’interpelle quelques fois encore. On me propose un guide, du hachich, sans trop insister. Chaouen me semble suffisamment grande et belle pour attirer plein de monde, mais suffisamment petite pour ne pas s’y perdre et me laisser respirer un minimum.

Je m’égare l’esprit qui, devenu trop subjectif pour m’en apprendre plus, n’insiste guère et me laisse bercer par la douceur qu’est la vie lorsqu’on a le temps de la contempler.

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je me laisse bercer par la douceur qu’est la vie lorsqu’on a le temps de la contempler.

Olivier Rochat

 

Sous le soleil de juin

Km 60’730, Tahla, Maroc.

Ce n’est pas un adieu, c’est juste un au revoir.

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Peu à peu, au rythme qui fut le mien depuis près de 4 années maintenant (ou plutôt « qu’est devenu le mien après… »), mon esprit se tourne inévitablement à ce qui pourrait s’apparenter à la partie la plus délicate d’un voyage au long cours: le retour.

Pourtant la fin de ce voyage à proprement parler me semble loin encore et cette fin là, ce moment si particulier où je retrouverai les  » miens » et poserai mon vélo et le mode de vie qui l’accompagne, autant socialement que matériellement, pour de bon, marquant inévitablement une fin, certes, mais avec elle le début d’autre chose, n’est pas encore d’actualité.

Non depuis quelques jours c’est autre chose qui m’occupe l’esprit : quitter l’Afrique.

Mais il est vrai que depuis mon arrivée au Maroc j’ai fait traîner la chose. À tel point que le Maroc est devenu, aujourd’hui, le premier pays africain dans lequel j’ai pédalé plus de 5’000 km. Il faut dire qu’entre déserts et montagnes le Maroc m’en a mis, constamment, plein la vue et plein les jambes. Et puis, avec une culture riche et intéressante, un peuple accueillant et un coût de la vie assez bas, j’ai bien profité de ce pays où je verrai, bientôt si tout va bien, mon dernier tampon africain orner mon passeport. Ce sera alors le 104ème.

Et dernière « preuve écrite », s’il en faut, de mes entrées et sorties de ces différents territoires africain si fascinant, à mes yeux, les uns que les autres. Fascinant comme l’est le monde.

Mais plus encore que par ces multiples intérêts, voir même sont fait d’être le dernier pays africain de mon voyage et au vu du contexte de son apparition dans ce périple, le Maroc fut avant tout une géniale transition. Transition entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe d’où je viens.

Une transition autant culturelle que climatique ou matérielle, puisqu’ici j’ai redécouvert la neige autant que l’avancée des saisons (de l’hiver à l’été dans mon cas) et le rallongement marqué des jours, j’ai officiellement quitté les trophiques mais aussi profité d’un développement matériel global difficilement comparable avec celui vécu sous les trophiques africaines et redécouvert une organisation sociale relativement proche de celles connues en Europe sans compter sur l’agriculture et l’architecture qui, en certaines régions, rappellent grandement celles du pourtour méditerranéen.

Il est vrai que les pays d’Afrique du nord ont la particularité d’avoir, à mes yeux, deux « facettes ». Geographiquement parlant, c’est indiscutable, ils sont en Afrique. Pourtant l’énorme Sahara, plus grand désert chaud au monde, à marqué durant des siècles une barrière difficilement franchissable entre l’Afrique du nord et le reste du continent. Ainsi les échanges commerciaux, par-exemple, furent largement supérieur entre Europe et Afrique du nord qu’entre Afrique du nord et subsaharienne, la méditerranée étant un obstacle bien moindre que ne peut l’être le Sahara. Le climat qui sévit entre le Sahara et la méditerranée est bien plus proche de l’Europe du sud que de l’Afrique subsaharienne. Il est fait de 4 saisons, les jours se rallongent et se raccourcissent et, en conséquence, la société s’organise différemment par rapport à ces changements. Et si c’est toujours en Afrique que je me trouve, depuis près de 100 jours et 5’000 kilomètres il est vrai que c’est une Afrique bien différente avec laquelle j’ai vécu et partagé.

Une Afrique magnifique aux multiples facettes. Mais en plongeant dans les petites vallées du moyen Atlas ma route virevolte entre lac et montagnes alors qu’une étouffante canicule, dès la fin de matinée, vient m’ecraser littéralement, me scotchant à la route à chacune des incessantes montées qu’offrent cette région du monde.

Entre forêt de cèdres et de pins, je trouve parfois mon réconfort dans une petite rivière se faufilant parmi les buissons fleurit dont le rose contraste avec le scintillement extrême de ce soleil de juin. Et, parfois, lorsque le timing est le bon, m’égare à l’ombre d’un café, profitant d’un jus de fruit maison devant un match du mondial.

Tranquillement mais sûrement, la méditerranée se rapproche. Seule quelques détours, toujours (il y a tant à voir et rencontrer) et la douceur de vivre me retienne encore un peu. Et sous le doux regard insistant des coquelicots qui contraste forcément avec la « douleur caniculaire » des ascensions, sans que je ne puisse rien y faire ni contrôler, mon esprit se tourne peu à peu vers une autre partie du monde: l’Europe.

Mais mon esprit, cet esprit qui vit là les derniers jours de cette « transition Afro-europeenne », s’habille sans cesse de multiples visage. De la mélancolie à la joie, de l’excitation à l’appréhension. De la fatigue à l’euphorie, du désir à la satiété. Un million de choses dont je n’ai trouvé mots dans aucune langue, aucune, afin de les décrire.

Car si voyager en Afrique fut un challenge à plus d’un titre, un challenge avant tout humain, mettre mots et phrases sur ce ressenti là est toujours un véritable casse-tête. Casse-tête comme je les aime. Trouver le mot juste et idéal, le placer au bon moment, écrire ce vaste bal, cet infini présent. Pondre quelque chose, un mot qui tombe et qui s’assoit là, qui devient rose qui marche au pas.

Qui s’efface puis se récrit. Qui m’agace comme on dit. Puis recommencer jusqu’au mot suivant, la prochaine phase. Pour, finalement, se satisfaire de cette phrase.

La poser sur le papier, la partager au « monde entier », que ces quelques mots, d’un peu, attendrissent ce départ: « Ce n’est pas un adieu. C’est juste un au revoir »…

Olivier Rochat

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Je la regarde encore

Km 60’000, Tizi n’Illissi, Maroc.

« Les kilomètres s’amoncellent
Et moi et moi
Je suis cul sur selle
Depuis des mois déjà

Les pays se suivent
Mais ne se ressemblent
Les rencontres arrivent
Comme un ensemble

Seul et innombrable
Je ne sais plus qui je suis
Mais ce monde est abordable
Je te le dit

Et alors qu’enfin j’arrive
Que je vois presque l’autre monde
Le bout de la rive
J’ai le coeur qui gronde

Les souvenirs m’empoignent
Ils me prennent à la gorge
Mais à l’instant des larmes
C’est un sourire qu’ils forgent

Ils me l’offrent, ce sourire
Comme un cadeau d’adieu
Ou peut-être pour me dire
Qu’ici j’ai vécu plus que mieux

J’ai vécu plus que bien
À chercher l’horizon
Et changer de chemins
Autant que de maisons

On m’a dit qu’il faut lui offrir
Mais l’Afrique m’a tant offert
Elle qui à tant à dire
Puisqu’elle à tant souffert

Un sourire ou un toit
Le cœur qui se noue
Des bêtises parfois
Et ses chemins de boue

Qui se transforment en désert
Elle qui avance au pas
Et qui de ses cimetière
Ressuscite par joie

Je la regarde encore
Comme un chien malade
Regarde la mort
Qui arrive qui l’attrape

Je la regarde encore
Me rassure un peu
Il me reste quelques jours
Et ça me rend heureux

Je la regarde encore
Simplement par plaisir
Comme on regarde un vieux port
D’où naquit le désir

Je voudrais lui dire « merci »
Lui demander « pourquoi »
Je l’ai tant fait par écrit
Mais elle ne répond pas

C’est simple pourtant
Autant que la vie et la mort
Mais il me reste du temps
Je la regarde encore

Je la regarde encore… »

Voilà.

Au jour 1’365, sur les pentes (descendantes) du Tizi n’Illissi dans le haut Atlas marocain, le km 60’000.

Merci!

Merci à tous pour votre soutient.

À l’heure d’aborder -gentiment- ce retour en Europe, et plus encore le rythme et mode de vie qui l’accompagne, je l’apprécie plus encore.

Quelques statistiques au matin du 10 juin 2018:

Km: 60’000 dont 54’091 en Afrique
Pays : 42 dont 33 en Afrique
Heures de routes: 3’784 dont 3’342 en Afrique
Mais aussi des dizaines de crevaisons, des centaines de bières, des milliers de rencontres et des millions de sourire. Et encore un milliard de remerciement pour le peuple marocain qui me témoigne chaque jour un accueil chaleureux et inoubliable.

À bientôt

Olivier Rochat

Le 10 juin 2018

Le Whisky Berbère

Km 49’482, Casablanca, Maroc.

Mes deux premiers mois de route au Maroc ont avant tout été centré autour des paysages aperçu dans ce spectaculaire pays d’Afrique du nord, véritable porte de l’Europe.

Il faut dire que je n’ai pas été déçu. Entre déserts et montagnes, falaises en bord de mer, oasis et sommets enneigés, j’ai côtoyé des paysages changeants et, naturellement, j’ai dû m’adapter au climat qui accompagne ces différences.

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Mes deux premiers mois de route au Maroc ont avant tout été centré autour des paysages aperçu dans ce spectaculaire pays d’Afrique du nord, véritable porte de l’Europe.

Et après le blanc de la neige fraîche des montagnes du Haut Atlas et la fabuleuse découverte de La Vallée Oubliée, c’est le vert des vallées du nord de cet impressionnant massif montagneux qui sont venues émerveiller encore un peu plus mes journées. Dans les vallées de l’Aït Bouguemez puis sa voisine de l’Aït Bou Oulli de petits villages aux maisons traditionnels côtoient la route comme ils le peuvent, poussant au haut d’un ravin où toute chute s’avèrera, c’est quasi certain, mortelle, au milieu d’un » pic rocheux  » qui fait d’un petit village de kasbah une citadelle imprenable avec en point d’orgue la toujours très belle mosquée, centre de tout village, ou au fond de ces vallées ou ma route ne s’aventure guère, laissant ce soin là à une mauvaise piste qui ne fera qu’isoler un peu plus le village. Une excursion pour le rejoindre me prendrait plusieurs heures parfois, tant la route qui y mène y est compliquée.

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l’Aït Bouguemez

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l’Aït Bou Oulli

Zigzaguant au milieu d’impressionnants canyons, à flanc de falaise ou surplombant un énorme fossé, la route que j’emprunte change de paysages en permanence. Durant plus d’une semaine pas un jour, pas une heure, pas même une minute, ne m’offrira pas de paysage surprenant, une vue nouvelle.

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Durant plus d’une semaine pas un jour, pas une heure, pas même une minute, ne m’offrira pas de paysage surprenant, une vue nouvelle.

Les sommets qui m’entourent, et notamment le M’Goun, deuxième sommet marocain, sont totalement recouvert de la neige fraîche tombée tardivement durant ce printemps aux allures hivernale. Mais aux fonds des vallées les champs verdits d’une herbe épaisse font fasse aux rouges des coquelicots, violets, jaunes et autres palettes colorées de milles fleurs qui, d’humeurs folles, viennent poser ici et là un peu de leur multiples couleurs et de leur magie. Parfois, j’avance même dans ce qui ressemble à une allée de fleur. Puis, en apercevant mes premières forêts de conifères depuis plus de 3 ans, placée au pieds d’imposantes falaises qui mènent droit aux vastes sommets enneigés, je me plonge dans des paysages du nord des alpes, me rappelant l’Autriche ou, plus sobrement, la Suisse d’où je viens , avant, au virage suivant, m’élançant dans une vallée bien plus sèche, de plonger dans le sud des alpes et je ne sais quel col ou vallée située entre Briançon et Monaco. Enfin, après deux cols d’altitude, je plonge sur plus de 40 kilomètre dans une vallée ou toute végétation a disparu.

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je me plonge dans des paysages du nord des alpes, me rappelant l’Autriche ou, plus sobrement, la Suisse d’où je viens

Seuls quelques palmeraies se dressent ici et là m’annonçant la traversée brève d’un village isolé. Me voici aux portes du Sahara.

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Me voici aux portes du Sahara.

L’éternel des montagnes n’a de plus bel opposé que l’éphémère des habits qu’elles portent, changeant de saison en saison et transformant chaque « virée » en quelques choses de bien particulier, rendant chaque journée unique et spéciale. Les montagnes ne semblent vouloir bouger, changer. De siècles en siècles elles semblent vouloir rester les mêmes, survivant même à la folie, laide et destructrice, des Hommes. Pourtant, l’habit qu’elles revêtissent est chaque jour un autre.

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L’éternel des montagnes n’a de plus bel opposé que l’éphémère des habits qu’elles portent, changeant de saison en saison

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Mais parfois cet habit n’est pas le plus agréable et c’est sous un épais brouillard, tenace et froid, que je grimperai l’interminable Tizi-n-Test: 38 kilomètres d’une pente douce et régulière me permettant, une énième fois, de passer au nord du massif. Mais cette fois sur les pentes du Djébel Toubkal, sommet du Maroc (4’167 mètres d’altitude), que la météo colérique ne me laisse guère apercevoir. Et puis c’est Marrakech, temple du tourisme, mélangeant vieux et neuf, conservatisme et modernisme comme rarement, qui me sert de porte de sortie de l’Atlas. La jet-set côtoie les Souks de la même manière que les montagnes côtoient les pleines. Le Sahara n’est qu’à une centaine de kilomètres. La neige encore moins. L’océan Atlantique à peine 200 et, en ligne droite, rejoindre l’Europe ne me prendrait pas plus d’une semaine.

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Mais parfois cet habit n’est pas le plus agréable et c’est sous un épais brouillard, tenace et froid, que je grimperai l’interminable Tizi-n-Test

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le Djébel Toubkal, sommet du Maroc (4’167 mètres d’altitude),

Le Whisky berbère

En quittant Marrakech je fonce droit sur Casablanca, véritable capitale économique d’un pays en plein développement économique. Plus de 4 millions d’habitants se serre en bordure de l’Atlantique. Pour y parvenir je redécouvre les plaines, peuplées de champs de blé, où rien ne semble pouvoir freiner le vent propulsé par la mer. Très vite la circulation m’étouffe et avancer devient presque survivre. Je change à nouveau de monde, du traditionnel je passe à l’industriel. Du conservatisme je passe au modernisme. Heureusement pour moi, un seul commun semble vouloir lier tous les marocains, ou pour le moins la majorité (l’adjectif « tous », de même que  » tout », « toujours » et « jamais » ne sont généralement rien d’autres que des exagérations -à part en mathématique-), l’hospitalité. Hébergé par un restaurateur un jour, un épicier le lendemain, un étudiant un autre jour puis un chômeur le surlendemain, l’hospitalité reste. De l’océan indien à la méditerranée, de la forêt tropicale au Sahara, l’hospitalité reste. Elle reste et semble vouloir me garder. Me refuser ce départ, ou ce retour c’est selon, qui s’approche à grand pas.

 

Si le vent ma chanceusement aidé dans le Sahara, peut-être qu’elle ne voulait me faire souffrir. Mais si les paysages ont été si beau, que le vent m’a tant freiné dans les montagnes et que l’hospitalité me retient toujours un peu plus, c’est que l’Afrique ne veut pas me voir partir. Ou alors est-ce moi qui ne veut pas. Qui me refuse à cela.

Et à défaut d’alcool, c’est autour d’un  » whisky » un brin spécial, que l’on m’invite ici et là : celui qu’on appelle parfois le « whisky berbère ». Autrement dit le thé que l’on boit tant par ici. Et qui, bien souvent, se partagera jusqu’à très tard autour d’un tajine dégusté tardivement, parfois même après minuit.

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e thé que l’on boit tant par ici. Et qui, bien souvent, se partagera jusqu’à très tard autour d’un tajine dégusté tardivement, parfois même après minuit.

 

Olivier Rochat

Ouzighmt, la Vallée oubliée

Les derniers jours ont été parmi les plus beaux et difficiles de tout le voyage. Avec près de 20’000 mètres de dénivelé positif en moins de 10 jours sur 600 kilomètres à peine et 8 cols à plus de 2’000 mètres d’altitude, j’ai pris de la hauteur. Mais cette hauteur, les chiffres ne font que la symboliser, elle fût avant tout magnifique, presque magique. Un « higlight » en quelques sortes. Le tout est allé crescendo et c’est le week-end dernier, probablement, que le sommet a été atteint. La route pour rejoindre et quitter la vallée de l’Ouzighmt, la « vallée oubliée », fut scandaleusement belle.

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Ouzighmt, la « vallée oubliée »

J’ai choisi quelques images mais mettre des mots fut bien plus compliqué. Je m’y suis attelé, voici le récit qui en est sorti :

OUZIGHMT, LA VALLÉE OUBLIÉE

Km 58’549, Tabant, Maroc.

Voyager reste finalement un acte personnel dont chaque voyageur trouve ses propres raisons, voir objectifs, pour mener ses pas où bon lui semble. Pour ma part, le voyage au long court, s’il mélange de biens nombreux aspects à mes yeux, reste avant tout la découverte de cultures différentes de la mienne et des rencontres qui en débouchent. Pour faire court, l’humain. Paysages et dépassement de sois, s’ils font partie de la route, sont relégués au second plan.

Paysages et dépassement de sois, s'ils font partie de la route, sont relégués au second plan.

Paysages et dépassement de sois, s’ils font partie de la route, sont relégués au second plan.

Pour aller dans ce sens, l’Afrique que j’ai découverte fût un véritable paradis de cultures, de croyances et de religions différentes vivant les unes dans les autres, les unes avec les autres, où « l’organisation sociale » sort bien souvent des « logiques » dites européennes, beaucoup plus centrées sur le résultat, la rentabilité et la compétition pour justifier une action, une lois, une réforme ou autre. Une « logique du résultat », où le résultat justifie l’action parfois bien même avant toute morale, qui ne s’applique, à mes yeux tout du moins, que très rarement en Afrique. Mon rapport au monde, et à la vie en général, y a été bouleversé, testé de jours en jours, violenté parfois, récompensés toujours. Ici, l’individu passe souvent après la société, les traditions, et avec mon mode de voyage quotidien, c’est-à-dire « solitaire qui ne voyage pas par nécessité », je me suis retrouvé en quasi permanence en contradiction générale avec les cultures et réalités que je découvraient, d’une part à grande majorité incapable de se financer même de courtes vacances, d’autre part dont la culture ne permettrai pas une telle épopée, et ce quel qu’en soit le niveau de richesse, car la famille, la religion et les traditions passent bien avant toute considération individuel « d’expérience sportive ou spirituel n’ayant pour but d’améliorer le niveau de vies des siens ».

Mais malgré ma réalité bien différente de la leur, l’hospitalité fut au centre du voyage, et ce quel qu’en soit le niveau de vies de mes hôtes, extrêmement varié d’un jour à l’autre, pouvant passer de la malnutrition à la haute bourgeoisie sans frontière ni distance aucune. Tout en restant acteur principal d’un périple fascinant, j’ai été, tant de fois, spectateurs neutre de plusieurs monde, l’étranger qui ne fait que passer. Porte de sortie pour les uns, curiosité pour les autres, rares ont été les regards négatifs, jaloux voire méprisants, à mon égard. Le manque d’éducation, donc de tact et de manière, comme principal moteur de ces quelques « écarts « . Parfois, un geste ou une parole raciste est venue se perdre, il est vrai, au milieu de cet océan d’humanité. Une goutte d’eau dans un vaste océan. Espions pour les uns,  » chercheurs » pour les autres, voire journalistes, vendeurs (!???) ou immigrés illégal quelques fois, mes raisons de voyager ont pu être mises en doutes par certains mais, malgré l’incompréhension de beaucoup, hospitalité et bienveillance sont restés mes guides principaux. L’Afrique sait accueillir, ce n’est un secret pour personne. Ou, tout du moins, ce ne devrait l’être.

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L’Afrique sait accueillir, ce n’est un secret pour personne. Ou, tout du moins, ce ne devrait l’être.

Mais parfois ces principes réels et fondateurs ont été bousculés pour laisser place à d’autres. Ainsi certaines régions, certains moments, certaines routes, ont retenu mon attention avant tout pour le « feeling » directement ressenti sur la route. Un mélange de différents facteurs, du paysage à la difficulté, souvent mis en avant par le contexte d’approche, voir le climat vécu durant ces moments. Un tout très précaire et instable, guidé par un peu d’adrénaline, voir de risques. Le plaisir ressenti durant ces moments est vécu pleinement, avec intensité, et la véracité de ce plaisir dépendra avant tout de l’équilibre entre les différents moments qui forment cet instant, parfois prolongé pour plusieurs jours. Porté, nourris par les paysages qui l’entoure, la difficulté d’une route, qu’elle soit boueuses ou col raide de haute montagnes, aura tendance à bonifier ce ressenti finalement très personnel et basé sur un fait important : la connaissance de soi-même. Et ce à tous les niveaux. De manière crescendo, le mélange de ces différents éléments m’a parfois porté très « haut » tout en sachant qu’une limite, limite invisible bien sûr, ne devait pas être franchie. Si tel était le cas, d’une difficulté bien trop importante par-exemple, le plaisir ne serait plus là, plus ressenti, et n’ayant pas construit ni rêvé ce voyage autour d’un accomplissement physique, la raison de continuer dans la même direction sera naturellement remise en cause, voire abandonnée pour une autre direction plus en équation avec mes besoins, éthiques et envies.

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certaines régions, certains moments, certaines routes, ont retenu mon attention avant tout pour le « feeling » directement ressenti sur la route.

Cette limite invisible, elle se délimite par la connaissance de soi-même, dont chacun possède les clefs en lui mais ne les trouvera ni en face d’un professeur ni d’une page wikipédia.

Et, lorsque les éléments sont réunis, lorsque l’alchimie prend forme, ce voyage intense et profond, teinté de spiritualisme autant que d’individualisme, peut débuter. Dès lors tout est possible. Et ce n’est pas le ciel qui dira le contraire, puisque lui-même, souvent, est convié à l’histoire. Les barrières mentales sont pulvérisées, les barrières physique sont explorées, ce voyage particulier peut commencer.

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ce voyage intense et profond, teinté de spiritualisme autant que d’individualisme, peut débuter

Ces derniers jours dans le haut atlas marocain furent sans conteste de cet acabit. Je les qualifierai simplement, et sans exagération, de splendides et changeants, avec des paysages de plusieurs genres, tantôt alpin puis saharien, des routes virevoltantes qui m’ont fait gravir des montagnes enneigées, une difficulté physique, voir climatique, amenant suffisamment d’adrénaline et un risque suffisant pour me faire garder les pieds sur terre et suffisamment faible pour ne pas me sentir en danger. En quelques jours j’ai vécu une amplitude thermique de près de 50°C avec un ressenti de -15 sur les pentes du Tizi n’Ouano et plus de 30 à Ouarzazate, aux portes du Sahara, quelques jours plus tard. Me réhabituer au froid fût une expérience aussi intéressantes que brève. En quelques jours un 20°C est passé d’un ressenti de froid à celui d’agréables, puis de chaud. Un bon 30°C de température normale à caniculaire.

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En quelques jours j’ai vécu une amplitude thermique de près de 50°C avec un ressenti de -15 sur les pentes du Tizi n’Ouano et plus de 30 à Ouarzazate, aux portes du Sahara, quelques jours plus tard.

Bref, un « highlight » total, que je n’avais plus vécu depuis la piste d’Orupembe dans le fabuleux désert namibien, une piste comptant parmi les plus isolées d’une des régions les plus isolées du monde. Piste tantôt caillouteuse puis terriblement sableuse au milieu de grands espaces peu habités, si ce n’est par des animaux sauvages.

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la piste d’Orupembe dans le fabuleux désert namibien

Mais laissons la Namibie et revenons au Maroc et au haut atlas, plus précisément dans la région du M’goun, deuxième plus haut sommet marocain. Au sud de ce dernier, le Sahara. Au nord, des vallées verdoyantes habitées de forêts et de champs qui se parsèment de fleurs en tout genre, roses, violettes, rouges et j’en passe, en ce printemps. Les villages construits en kasbah, maisons traditionnel, apportent un charme encore plus authentique à cette région du monde. Ces deux mondes à la fois si proches et si différents sont séparés par de nombreuses montagnes. Au centre de cet impressionnant massif, pourtant l’une des régions les plus touristiques et explorées du Maroc, se trouve une vallée isolée, au développement précaire, presque oubliée du reste du monde et même du Maroc : la vallée de l’Ouzighmt (Ouzirimt).

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Enclavée au milieu d’impressionnantes montagnes dont les sommets flirtent parfois avec les 4’000 mètres d’altitude, la vallée est presque totalement coupée du reste du pays durant la moitié de l’année.

Enclavée au milieu d’impressionnantes montagnes dont les sommets flirtent parfois avec les 4’000 mètres d’altitude, la vallée est presque totalement coupée du reste du pays durant la moitié de l’année. Les montagnes entourant la vallée forment un véritable mur, magnifique certes, qui se recouvrent de neige en saison hivernale, et parfois pour plus longtemps encore. Pour rejoindre la vallée une seule solution s’offre à vous: franchir les montagnes. Un peuple nomade s’y installe voici plus de trois siècles et, jusqu’à très récemment encore, les habitants de la vallée, à peine plus de 2’500 aujourd’hui encore, les franchissent à pieds ou à dos de mules chargées qui reste peut-être le moyen le plus sûr et efficace de se déplacer dans de tel région.

Bientôt une piste franchit les montagnes, reliant la vallée de l’Ouzighmt à celle de l’Aït Bouguemez au nord, et par la même occasion, au reste du pays. C’est en franchissant un col, le Tizi n’Ait Imi, qui culmine à plus de 2’900 mètres d’altitude, que l’on quitte la vallée et ses paysages merveilleux.

Mais ce n’est que très récemment, il y a 2 ans selon mes sources, qu’une piste est
entièrement refaite du sud du massif jusqu’au nord de ce dernier. Sur 70 kilomètre le massif est ainsi traversé, franchissant 3 cols à plus de 2’900 mètres d’altitude. La vallée de l’Ouzighmt a ainsi une liaison routière avec les villes et villages du nord du massif, mais aussi du sud. On débute même la construction d’une route goudronnée (15 km à ce jour), une école voit le jour et la vallée s’ouvre peu à peu au reste du monde.

A travers les montagnes

Lorsque je prend connaissance de cette route, je n’hésite pas longtemps. Je me sens comme happé par l’idée de cette difficile, imposante mais spectaculaire traversée du haut atlas qui forme un passage entre le sud, le Sahara, et le nord, les forêts, du pays.

Une violente tempête recouvre le haut Atlas et le nord du pays lorsque je que profite de me reposer un peu. À la fin de cette dernière, soleil et calme reprennent leur droit. Les paysages, quant à eux, sont époustouflant. Les sommets se sont recouverts d’une épaisse couche de neige. Je me lance.

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Soleil et calme reprennent leur droit. Les paysages, quant à eux, sont époustouflant.

La piste, caillouteuse quoique plutôt bonne, ne va pas me laisser de répit. Jamais. Mais les paysages vont me porter, me nourrir, durant toute cette traversée.

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La piste, caillouteuse quoique plutôt bonne, ne va pas me laisser de répit.

Dès les premiers kilomètres, la piste s’enfonce dans une gorge étroite. D’énormes blocs de pierres me surplombe alors que certains reviennent même à l’intérieur de la route, au-dessus ma tête. Puis, sur une dizaine de kilomètres en fonds de vallées, je découvre les premiers sommets recouverts d’une magnifique neige fraîche tombée la veille. La route continue à travers de paisibles villages où l’âne semble le moyen de transport le plus utilisé, on me salue avec un brin de distance alors que quelques chèvres se déplacent ici et là, affrontant sans hésiter les pentes les plus raides. Enfin, en milieu de matinée, à la sortie du village d’Ameskar, l’ascension du premier col débute pour de bon.

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Dès les premiers kilomètres, la piste s’enfonce dans une gorge étroite.

Et quel ascension!

Il s’agit, selon mes sources, de la 3ème plus haute piste du Maroc puisque le col, le Tizi El Fougani, culmine à 2’999 mètres d’altitude. Sur à peine plus de 9 kilomètres la route grimpe un dénivellé de 900 mètres. Une pente impressionnante et sans repos, si ce n’est par les virages en épingles, au nombre de 27, qui se succède les uns après les autres de manières impressionnantes. Leur passage constitue un repère visuel, une sorte d’objectif à atteindre, tout en me permettant de garder le cap. A chacun d’eux, la vue augmente, encore et encore. En me dirigeant sur l’un, je profite d’une vue, de plus en plus belle, sur la vallée que je laisse en contrebas. En me dirigeant sur l’autre, j’aperçois, et même plutôt bien, le col et la route qu’il me reste à parcourir. Les virages se succèdent et, même en avançant lentement puisqu’il me faut parfois pousser, je gagne rapidement en altitude et atteint les premiers névés, la neige. Elle qui recouvre en partie les derniers kilomètres du col, bien que la route reste pratiquable puisque quelques bus locaux, bien chargés et portant des hommes jusque sur le toit, dévalent lentement la pente, témoignant ainsi du bon état général de la route.

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Les virages se succèdent et, même en avançant lentement puisqu’il me faut parfois pousser, je gagne rapidement en altitude et atteint les premiers névés, la neige

C’est naturellement bien entamé que j’atteins le col, profitant du mieux que je peux des vues spectaculaires sur la vallée, et même le plateau, que je laisse derrière moi. Usé par cette ascension vertigineuse, digne de mes plus belles découvertes alpines d’alors, j’ai l’impression d’être sur le toit du monde ou, tout du moins, de l’Afrique ou du Maroc. Pourtant, il n’en est rien. Balayé par le vent violent qui souffle en quasi permanence à une telle altitude, je ne m’attarde guère ici, me protégeant du vent tant bien que mal afin de reprendre des forces puisqu’un autre col, certes bien plus court, m’attend. Mais à peine le sommet du col atteint, la route esquisse un virage puis bascule brusquement sur la vallée suivante m’offrant un panoramas plus beau encore, celui des sommets enneigés qui, dorénavant, ne me distance que de quelques kilomètres. Dès lors la beauté des paysages va aller crescendo et ce pour plusieurs jours encore.

Le deuxième col est franchi beaucoup plus rapidement mais ne va manquer de m’achever pour le restant de la journée. De toute manière il se fait tard et, profitant d’un panoramas splendide sur la vallée, perdue et sauvage, de l’Ouzighmt que j’atteints enfin, j’effectue un bivouac à plus de 2’600 mètres d’altitude. Splendide. Glacial.

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j’effectue un bivouac à plus de 2’600 mètres d’altitude. Splendide. Glacial.

Au matin le ciel est dégagé et ne sera de trop pour rassembler mes forces afin de grimper le col qui arrive sans repos, le Tizi n’Ait Imi.

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Au matin le ciel est dégagé et ne sera de trop pour rassembler mes forces afin de grimper le col qui arrive sans repos, le Tizi n’Ait Imi.

 

Celui-ci est moins raide et les premiers kilomètres se font sans grande difficulté, si ce n’est par la fatigue cumulée depuis plusieurs jours et les milliers de mètres de dénivellation cumulés au Maroc. Les virages en épingles se suivent ici aussi, me permettant « d’affronter » la montagne sans trop de mal tout en profitant des splendides montagnes qui m’entourent. Un vaste panoramas de sommets enneigées qui entourent cette vallée comme une prison entoure son prisonnier.

Un vaste panoramas de sommets enneigées qui entourent cette vallée comme une prison entoure son prisonnier.

Un vaste panoramas de sommets enneigées qui entourent cette vallée comme une prison entoure son prisonnier.

Cependant un obstacle bien plus grand qu’une pente va venir freiner mon avancée: la neige! Ici, elle est tombée en plus grand nombre lors de la tempête d’il y a deux jours et n’a visiblement pas encore fondu.

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un obstacle bien plus grand qu’une pente va venir freiner mon avancée: la neige!

Très vite, à mesure que je monte, les névés se forment et, la neige fondant face aux températures printanières du jour, un petit ruisseau se forme sur la route. Mais, à mesure que je monte en altitude, la neige tient de plus en plus, parfois sur toute la largeur de la route, parfois me laissant un petit espace pour pédaler. Les 5 derniers kilomètres d’ascensions vont durer plusieurs heures. Parfois, la neige a déjà fondu sur le bord de la route, m’offrant quelques dizaines de centimètres pierreux lorsque ce n’est boueux, pour y pousser mon vélo en flanc de ravin. A d’autres, je n’ai d’autres solutions que de marcher en pleines neiges. Lentement je monte ainsi le col, vite rejoint par un homme, peut-être encore plus perdu que moi, qui voyage en moto. Pour lui, l’ascension est bien plus difficile. Il me demande la route; « c’est par ici Tabant? ». « Oui oui, c’est par là! ». Je m’y rend moi aussi.

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Les 5 derniers kilomètres d’ascensions vont durer plusieurs heures.

De toute manière, cela ne va pas se faire sans mal. Parfois, sur les versants les plus exposés au soleil, la neige a déjà fondu et, en quelques minutes, il parcourt un chemin qu’il me faudra près d’une demi-heure pour gravir. Le reste du temps, la situation s’inverse. Mais la neige a beau freiner le cyclo, elle ne le stoppe pas. Elle ne me stoppera pas.

Mais la neige a beau freiner le cyclo, elle ne le stoppe pas. Elle ne me stoppera pas.

Mais la neige a beau freiner le cyclo, elle ne le stoppe pas. Elle ne me stoppera pas.

Atteignant le col en début d’après-midi, je me doute bien qu’une partie plus difficile encore m’attend: la descente. Oui la descente non pas parce qu’elle descend, mais car je m’attaque à la face nord de la montagne, moins exposée au soleil et où la neige, en toute logique, devrait s’y trouver en plus grand nombre encore. Et ça ne va pas manquer, une fois le col atteint je bascule encore dans un autre monde. Dans un premier temps la vue sur la vallée de l’Aït Bouguemez me laisse bouche bée. J’aperçois les près verdis plus de 1’000 mètres en bas de moi, eux-mêmes entourés de forêts surplombées des innombrables sommets enneigés. Mais visiblement les saisons se mélangent dans un périmètre restreint puisque les 3 premiers kilomètres du col sont entièrement recouverts de neige et parfois de gonfles…plus hautes que moi. Le vent a soufflé du nord durant la tempête, atteignant même les 80 km/h. La neige fut balancée contre la montagne et la route, plate face au ciel, a servi de « point de stockage ». Alors qu’elle ne s’est accumulée que d’une dizaine de centimètres sur les pentes, elle dépasse parfois le mettre sur la piste.

 

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Dans un premier temps la vue sur la vallée de l’Aït Bouguemez me laisse bouche bée.

Il me faudra lutter, pousser mon vélo sur l’extrême bord de la route, au bord d’un ravin de plusieurs centaines de mètres où une chute pourrait très bien m’être mortel, puis transporter, tirer, soulever, tout mon équipement au milieu de cette neige aussi épaisse que collante, pour pouvoir passer. Après plus de 3 ans à gérer la chaleur, gérer la neige m’apparaît brièvement comme un mirage perdu au milieu de ce périple. Une parenthèse insensée alors qu’à une centaine de kilomètres au sud d’où je me trouve, débute le Sahara.

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l me faudra lutter, pousser mon vélo sur l’extrême bord de la route, au bord d’un ravin de plusieurs centaines de mètres où une chute pourrait très bien m’être mortel, puis transporter, tirer, soulever, tout mon équipement au milieu de cette neige aussi épaisse que collante, pour pouvoir passer.

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Les traces qu’il a déjà laissé me laisse au milieu de deux murs de neige énormes

Enfin, lorsque j’arrive au bout de mes peines, un tracteur arrive. Il vient probablement pour essayer de tracer la route, bien que je doute fortement qu’il y arrive aujourd’hui. Les traces qu’il a déjà laissé me laisse au milieu de deux murs de neige énormes puis, un peu plus bas, la neige fondue transforme la route en champ de boues. Le bus qui précède ne va pas pousser l’expérience plus loin, les occupants l’ont bien compris. Tour à tour, chacun sort du bus, portant sur son dos ses victuailles, puis s’en va, à pied, afin de rentrer chez soit. De retrouver la vallée de l’Ouzighmt.

Tour à tour, chacun sort du bus, portant sur son dos ses victuailles, puis s'en va, à pied, afin de rentrer chez soit. De retrouver la vallée de l'Ouzighmt.

Tour à tour, chacun sort du bus, portant sur son dos ses victuailles, puis s’en va, à pied, afin de rentrer chez soit. De retrouver la vallée de l’Ouzighmt.

Je les regarde un peu, admiratifs devant les quelques heures de marche qui les attendent. Silencieux, rompus à la rudesse de cette vie là, ils sont peut-être les vrais héros de notre époque. Ils ne se plaignent pas. Ils marchent.

Un groupe de 3 4X4 arrive. On discute brièvement, ils sont français, je leur indique que je doute qu’il puisse passer avec leur engin, aussi puissant soit-il. Mais je n’insiste guère, de toute manière, on ne me prend jamais au sérieux.

10 minutes plus tard, ils me dépassent dans l’autre sens. Un détour de près de deux cent kilomètres les attends.

 

Enfin, bercé par la douceur qui me gagne à mesure que la piste se découvre de sa neige, laissant place à la boue puis à une piste sèche, je me laisse descendre sur la vallée de l’Aît Bouguemez où les paysages fantastiques me bouffent à tour de rôle, à chaque virage, ne laissant vivre qu’émotion. Ne laissant vivre que les yeux, et le cœur pour les guider.

je me laisse descendre sur la vallée de l'Aît Bouguemez où les paysages fantastiques me bouffent à tour de rôle, à chaque virage, ne laissant vivre qu'émotion.

je me laisse descendre sur la vallée de l’Aît Bouguemez où les paysages fantastiques me bouffent à tour de rôle, à chaque virage, ne laissant vivre qu’émotion.

 

Olivier Rochat