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A travers le Haut Atlas

Km 60’384, Zeida, Maroc.

Rude et montagneux, sauvage et intraitable, magnifique pourtant.

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Après 6 jours et près de 450 kilomètres dans le haut atlas, je bascule de l’autre côté des montagnes, laissant derrière moi cette magnifique région du monde.

Et avec elle le Sahara. Pourtant, aux portes de ce dernier, se dresse le Djébel Ayachi, 3’700 mètres d’altitude, dont les derniers névés de neige n’ont pas encore fondu, comme un dernier témoignage du rude hiver qui marqua la région.

le Djébel Ayachi, 3'700 mètres d'altitude, dont les derniers névés de neige n'ont pas encore fondu

le Djébel Ayachi, 3’700 mètres d’altitude, dont les derniers névés de neige n’ont pas encore fondu

Mais c’est bien sous une écrasante canicule que je rejoints, enfin, le moyen Atlas. Mais que ce fût dur sur des pentes incessantes pour près d’une semaine gravissant tour à tour une quinzaine de cols dont la majorité à plus de 2’000 mètres d’altitude, frôlant parfois les 3’000.

je me suis enfoncé dans un Maroc rude, traditionnel et somptueux.

je me suis enfoncé
dans un Maroc rude, traditionnel et somptueux.

Mais qu’elle folie faut-il pour affronter, charger d’eau et de nourriture, de tels montagnes ? De tels monstre où la rudesse de certains de ses habitants semblent témoigner de la rudesse où se déroule la vie sous un tel climat? Où chaque village ou presque semble être séparé de son voisin par un col sinueux, une falaise, un ravin où se glisse, tant bien que mal, une route. Un sentier que l’on parcours à dos d’âne.

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À l’intérieur de gorges étroites où la piste qui y mène est, à de biens nombreux endroits, recouverte des éboulements récents

À 1’000 lieues du modernisme des jours derniers, je me suis enfoncé
dans un Maroc rude, traditionnel et somptueux. À l’intérieur de gorges étroites où la piste qui y mène est, à de biens nombreux endroits, recouverte des éboulements récents, au sommet de plateaux dénués de végétation qu’il me faut atteindre après d’interminables ascensions de plusieurs heures qui se redescendent presque à pied tant la pente est raide.

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À l’intérieur de gorges étroites

Jamais le terrain ne fut plat. Impitoyable. D’un rythme lent, presque celui de l’escargot, je me lance à l’assaut d’une montée intraitable. La route semble vouloir défier la gravité en s’élançant jusqu’au ciel mais, comme cloué à la route, mon chargement me ramène inévitablement à ma si simple et compliquée réalité terrestre. Parfois, il me faut même pousser, plantant mon regard sur le prochain virage en me persuadant d’y arriver. Puis recommencer au suivant, et ainsi jusqu’au sommet du col qui me verra basculer dangereusement de l’autre côté de la montagne.

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Après avoir tant lutté pour gravir cette montagne, il me faut maintenant lutter pour ne pas sombrer dans la descente.

Après avoir tant lutté pour gravir cette montagne, il me faut maintenant lutter pour ne pas sombrer dans la descente. Me voici littéralement aspiré par le centre de la terre. La gravité, cumulée au poids de mon chargement, me tire de toutes ses forces, semble vouloir me dévorer et, cumulant les virages par dizaines, mes freins sont mis à rudes épreuves. À tel point que lors des plus longues descentes, une douleur gênante me tord les doigts, m’obligeant même à m’arrêter brièvement, tant la pression exercée est forte et la douleur intense.

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Enfin, une fois la descente terminée, la pente reprend de plus belle. Le prochain col arrive déjà. Au soir, ce n’est pas mes mains qui seront douloureuses, mais bien mes jambes qui se forgent, peu à peu, à ce dur labeur.

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Le plus rude, peut-être. Le plus beau, certainement.

Pourtant cet univers intraitable est peut-être celui que je préfère. Le plus rude, peut-être. Le plus beau, certainement. Avec ces vallées étroites qui, parfois, se transforment en gorge étroites et caillouteuse, ses petites routes de montagnes où le trafic ne semble vouloir s’y aventurer. Sur certaines routes, je ne croiserai pas une seule voiture sur la journée entière. Seule deux motos et quelques mulets partageront, l’espace d’une brève rencontre, ma route.

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ses petites routes de montagnes où le trafic ne semble vouloir s’y aventurer.

Mais, renforcé par le fait de voyager en période du ramadan, la difficulté sera bien là. En effet, les quelques villages que je croisent semblent tous endormi lorsque je les traversent. Pas un café, pas un restaurant, pas même une boutique pourrait me servir de ravitaillement et la nourriture que je transporte ne sera pas de trop comme, parfois, l’accueil des habitants qui m’invitent à boire le thé, accompagné de quelques dattes, pain et confiture. Un accueil irrégulier qui contraste fortement avec l’agressivité des plus jeunes. « Msieu msieu l’argent l’argent » me lance une petite fille au visage cherchant ma pitié. Parfois, on s’accroche au vélo, cherchant à y prendre une bouteille où quelque chose qui traînerait alors que les plus téméraires me suivent sur plusieurs centaines de mètres, défiant sans vergogne toute forme de politesse. Allant jusqu’à cracher dans leur mains avant de chercher à me serrer la main en guise de salut, certains gosses viennent à tirer sur mes nerfs, bien plus que ne le pourrait n’importe lequel des cols que j’attaque.

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Les quelques villages que je croisent semblent tous endormi lorsque je les traversent.

Au fond, c’est bien deux mondes, deux réalités, qui se croisent comme ce fut le cas si souvent lors de ce périple africain. Pourtant, lorsqu’on me lance un ballon, en pleine traversée d’un village, c’est autour de ce dernier que s’improvise une partie. En cercle, puis en « tas désordré », bien vite rejoint par de jeunes adultes, la balle circule de pieds en tête. En sandale où à pied nu, chacun la renvoie en se prenant pour un Messi de l’Atlas. Autour de ce jeu, deux mondes se rejoignent brièvement pour ne former qu’un. Comme si souvent.

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le mois du ramadan, tout juste terminé, laisse place au mois de la coupe du monde.

Et dans un timing parfait, fruit du hasard, le mois du ramadan, tout juste terminé, laisse place au mois de la coupe du monde.

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Place au Dieu football.

Olivier Rochat

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Je la regarde encore

Km 60’000, Tizi n’Illissi, Maroc.

« Les kilomètres s’amoncellent
Et moi et moi
Je suis cul sur selle
Depuis des mois déjà

Les pays se suivent
Mais ne se ressemblent
Les rencontres arrivent
Comme un ensemble

Seul et innombrable
Je ne sais plus qui je suis
Mais ce monde est abordable
Je te le dit

Et alors qu’enfin j’arrive
Que je vois presque l’autre monde
Le bout de la rive
J’ai le coeur qui gronde

Les souvenirs m’empoignent
Ils me prennent à la gorge
Mais à l’instant des larmes
C’est un sourire qu’ils forgent

Ils me l’offrent, ce sourire
Comme un cadeau d’adieu
Ou peut-être pour me dire
Qu’ici j’ai vécu plus que mieux

J’ai vécu plus que bien
À chercher l’horizon
Et changer de chemins
Autant que de maisons

On m’a dit qu’il faut lui offrir
Mais l’Afrique m’a tant offert
Elle qui à tant à dire
Puisqu’elle à tant souffert

Un sourire ou un toit
Le cœur qui se noue
Des bêtises parfois
Et ses chemins de boue

Qui se transforment en désert
Elle qui avance au pas
Et qui de ses cimetière
Ressuscite par joie

Je la regarde encore
Comme un chien malade
Regarde la mort
Qui arrive qui l’attrape

Je la regarde encore
Me rassure un peu
Il me reste quelques jours
Et ça me rend heureux

Je la regarde encore
Simplement par plaisir
Comme on regarde un vieux port
D’où naquit le désir

Je voudrais lui dire « merci »
Lui demander « pourquoi »
Je l’ai tant fait par écrit
Mais elle ne répond pas

C’est simple pourtant
Autant que la vie et la mort
Mais il me reste du temps
Je la regarde encore

Je la regarde encore… »

Voilà.

Au jour 1’365, sur les pentes (descendantes) du Tizi n’Illissi dans le haut Atlas marocain, le km 60’000.

Merci!

Merci à tous pour votre soutient.

À l’heure d’aborder -gentiment- ce retour en Europe, et plus encore le rythme et mode de vie qui l’accompagne, je l’apprécie plus encore.

Quelques statistiques au matin du 10 juin 2018:

Km: 60’000 dont 54’091 en Afrique
Pays : 42 dont 33 en Afrique
Heures de routes: 3’784 dont 3’342 en Afrique
Mais aussi des dizaines de crevaisons, des centaines de bières, des milliers de rencontres et des millions de sourire. Et encore un milliard de remerciement pour le peuple marocain qui me témoigne chaque jour un accueil chaleureux et inoubliable.

À bientôt

Olivier Rochat

Le 10 juin 2018

Maroc: retour dans les montagnes

Km 57’545, Tata, Maroc.

Après la traversée aussi rapide qu’inattendue du Sahara occidental, dernière partie du Sahara où le vent nous aura poussé sans cesse, nous abordons un monde tout à fait différent de ceux traversés ces derniers mois et l’un des plus attendus de tout mon voyage : l’Atlas.

nous abordons un monde tout à fait différent de ceux traversés ces derniers mois et l'un des plus attendus de tout mon voyage : l'Atlas.

nous abordons un monde tout à fait différent de ceux traversés ces derniers mois et l’un des plus attendus de tout mon voyage : l’Atlas.

En quelques mots

L’Atlas est un massif montagneux de l’Afrique du nord. Cette chaîne de montagnes s’étend sur près de 2’500 kilomètres traversant trois pays du Maghreb : le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. Culminant à 4 167 mètres d’altitude par son sommet le plus haut, le Djebel Toubkal, situé au Maroc, il reste l’une des régions habitées les plus froides d’Afrique ( avec le Lesotho ???) où la neige y es saisonnière durant des hivers parfois glaciaux où cette dernière peut venir recouvrir certains oasis en bordure du Sahara. Il sépare la méditerranée du Sahara et, pour retrouver « mon » Europe et terminer ce voyage, j’ai décidé de le traverser de longs en large, cumulant les cols aux quotidiens pour quelques 3’000 kilomètres de montagnes prévu.

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pour retrouver « mon » Europe et terminer ce voyage, j’ai décidé de le traverser de longs en large, cumulant les cols aux quotidiens pour quelques 3’000 kilomètres de montagnes prévu.

Nous changeons de monde

Forcément, je change de monde et d’atmosphère, retrouvant très vite mes « bonnes » vieilles habitudes laissées par chez moi dans les Alpes.

Pourtant, et malgré l’excitation qui me gagne à mesure que s’approche l’Atlas, il me faudra plusieurs jours pour réellement « atterrir » dans un pays extrêmement différents de tout ceux que j’ai traversé en Afrique.

ce sont maintenant d'énormes dunes qui suivent la route sur plusieurs dizaines de kilomètres

La traversée du Sahara fut fabuleuse dans un premier temps, en Mauritanie

La traversée du Sahara fût fabuleuse dans un premier temps, en Mauritanie, puis, avec 1’300 kilomètres parcourus en dix jours dans l’une des régions les plus ennuyantes que je n’ai jamais traversée, très rapide et lente à la fois, tant le vent nous poussait, les distances étaient longues entre chaque village et rencontre et les paysages n’évoluaient pas. Mais très vite le Maroc nous invite à le découvrir. Nous retrouvons là un pays bien plus développé où l’électricité y es constante, les marchés sont bondés de fruits, de légumes, d’épices et de tout produits aussi goûteux que bon marché. Très vite le Maroc m’apparaît comme un pays qui se « modernise » à toute vitesse, où les industries en tout genre, textiles, alimentaires et j’en passe, semblent fleurir à travers tout le pays. Un pays qui avance à toute vitesse dans un continent qui parfois semblent presque reculer, ou du moins avancer bien lentement. Rien ou presque ne ressemble aux récits de mon père qui le visitait voici plusieurs années, si ce n’est ces paysages fantastiques, l’importance de la religion ou ces djellabas que l’on porte, tel celle qu’il nous ramenait en souvenir.

Au fond, suis-je toujours en Afrique ???

La question prend même plus de sens lorsque, souvent, devant mon voyage accomplis, les marocains viennent à me demander : « Alors l’Afrique, c’est comment? »

« L’Afrique? Mais c’est ici l’Afrique mon ami! »

 

Oui, l’Afrique est un continent dont les frontières géographiques restent indiscutable, contrairement à d’autre, et le Maroc, tout comme le reste du Maghreb dans lequel j’entre pour la première fois, en fait aussi partie.

son climat à saisons chaudes puis froides où les hivers sont formés de nuits plus longues que celles des étés qui suivent

son climat à saisons chaudes puis froides où les hivers sont formés de nuits plus longues que celles des étés qui suivent

Mais sa culture, son développement, son climat à saisons chaudes puis froides où les hivers sont formés de nuits plus longues que celles des étés qui suivent, son mode de vie qui, comme me le rappelle parfois Pedro, est très proche de celui pratiqué le long des côtes méditerranéenne, son architecture ou encore ses nombreux oliviers me rappellent plus à l’Europe qu’au reste de l’Afrique. Sans parler de ces innombrables camping-cars qui viennent peupler le Maroc, lui même leur facilitant bien la tâche ( aux touristes) il est vrai. Les caravanes de chameaux que nous apercevions hier en Mauritanie, les yeux bien écarquillés, sont maintenant remplacées par celles de touristes venus profiter de la douceur climatiques et l’énorme offre touristique qu’offre le Maroc. Son climat, son organisation, son « coût de la vie », sa proximité à l’Europe, ses milles visages aussi fascinant les uns que les autres, justifie cela. Et si je m’avoue sans peine avoir un certains mal avec ces rassemblement de masses, je les respectes et les comprends. Mais qu’on se le dise, et si le terme me sied à merveille depuis plus de 3 ans car je n’en suis qu’un moi aussi, je suis toujours le même touriste. Mais d’une certaine manière, de voyageur je deviens vacancier. Ou du moins, c’est tel que je le ressens.

 

Et si les facilités qu’offre cette modernité, que ce soit par son électricité, ses routes goudronnés même pour les moins que secondaire, ou ses marchés où manger varié devient enfin plus facile que son contraire -surtout devant les prix affichés-, que cette  » modernité  » à quelque chose d’excitant dans un premier temps, elle vient vite m’ôter sens à mon voyage. Le confort et la facilité, je le trouve, ont quelque chose de bien lassant. Celle de transformer l’extraordinaire en banal alors que l’Afrique noire et justement, avec toute sa rudesse et sa misère couplée aux sourires et l’espoir de la majorité, est venu m’offrir son contraire. Faire d’un banal un événement. Une chose à première vue facile se transforme parfois en véritable expédition (j’exagère mais à peine) alors qu’une tâche à priori compliquée peut elle devenir la plus facile de toute. Imprévu va de paire avec Afrique, mais au Maroc c’est un peu différent. Là où je me rend compte avoir changé c’est qu’il yca 4 ans encore, alors que je n’avais jamais quitté l’Europe, mettre les pieds au Maroc me serait apparu comme quelque chose de très exotique. Mais après ce voyage, j’ai l’impression d’être tout proche de moi. Ce qui est une réalité vous en conviendrez.

Dans les faits c’est d’une nostalgie certaine que je passe mes premiers jours au Maroc.

Et puis, après quelques temps, je finis par atterrir. Par rentrer dans ce Maroc, par le vivre. C’est Abdeladhi qui, le premier, m’invite chez lui.

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C’est Abdeladhi qui, le premier, m’invite chez lui.

Abdeladhi me suit sur facebook et c’est par ce réseau social là qu’il nous propose de nous arrêter chez lui, à Guelmim, ville présentée comme porte du Sahara, droit sur notre route. La rencontre tombe à pic car Pedro a cassé sa pédale et c’est à l’arrière d’un 4X4 que nous pénétrons Guelmim attendu, déjà, par Abdeladhi et un de ces amis.

Je découvre un jeune homme qui, 2 jours durant, va nous choyer sans que nous le demandions. Nourritures, eaux chaudes et réparations matériels, tout est bienvenu mais plus que tout encore c’est sa personnalité qui me touche puisqu’il me plonge dans un monde que je côtoie moi aussi, forcément, mais que je ne m’attendais pas à découvrir ici: le voyage à vélo. Abdeladhi prépare lui aussi un tour d’Afrique à vélo et avec lui je découvre avec surprise -et plaisir- un peu de là communauté cycliste marocaine grandissante. Du haut de ses 20 ans – qu’il ne fait pas du tout – il me bombarde de questions et me renvoie à quelques années en arrière lorsqu’encore l’Afrique à vélo n’était qu’un projet lointain que j’abordai avec crainte, espoir, appréhension et fascination.

Je découvre un jeune homme qui, 2 jours durant, va nous choyer sans que nous le demandions

Je découvre un jeune homme qui, 2 jours durant, va nous choyer sans que nous le demandions

En quittant Abdeladhi, nous quittons également le Sahara et, pour la première fois depuis début février, nous apercevons des arbres: des oliviers côtoient notre route alors que se dresse ici et là plantations de tomates et autres légumes. Au nord du Sahara nous débutons cette longue, difficile et merveilleuse traversée de l’Atlas que je vais diviser en trois partie: le moyen atlas au nord, le haut atlas au centre où les sommets sont les plus hauts, et l’anti-atlas au sud, plus chaud et abordables en cette saison car le printemps y a déjà débuté. Logiquement, c’est celui-ci que nous abordons en premier.

L'anti-atlas au sud, plus chaud et abordables en cette saison car le printemps y a déjà débuté. Logiquement, c'est celui-ci que nous abordons en premier.

L’anti-atlas au sud, plus chaud et abordables en cette saison car le printemps y a déjà débuté. Logiquement, c’est celui-ci que nous abordons en premier.

Dès les premières vallées je me sens happé par ces montages qui nous entourent, sèches et rocailleuses. Et si les journées sont agréables, bien vite les nuits se rafraîchissent et les bivouacs se font dans une fraîcheur piquante au matin.

Dès les premières vallées je me sens happé par ces montages qui nous entourent, sèches et rocailleuse

Dès les premières vallées je me sens happé par ces montagnes qui nous entourent, sèches et rocailleuses

Les premières rencontres sont difficile. On nous refuse de planter nos tentes aux pieds des maisons et des mosquées, les rares auberges sont toutes fermées et c’est d’un air distant, très distant même, qu’on nous observe. On nous invite clairement à dormir hors des villages puis notre route s’enfonce dans un canyon étroit où se cachent des oasis en flanc de falaises.

On nous invite clairement à dormir hors des villages

On nous invite clairement à dormir hors des villages

 

Pour nous mener au haut de ces derniers, la route s’y tortille comme rarement, esquissant des virages en épingles impressionnant, longeant des falaises où la chute serait mortelles, sur des pentes qui, bien souvent, dépassent allègrement les 10%. Mais, pas à pas, sûrement, nous montons.

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la route s’y tortille comme rarement, esquissant des virages en épingles impressionnant, longeant des falaises où la chute serait mortelles, sur des pentes qui, bien souvent, dépassent allègrement les 10%.

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Nous voici maintenant sur un plateau ou le vent nous balaie et le froid est de mises. Des oasis nous passons à la montagne, et l’opération se répète encore et encore. Les villages se font rares et semblent dormir lorsque nous les traversons. Dorénavant, chaque virage nous réserve son lot de surprise. En 5 kilomètres nous changeons plusieurs fois de paysages, des oasis aux champs d’amandiers en fleurs.

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Des oasis nous passons à la montagne, et l’opération se répète encore et encore.

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Nous campons dans une froideur nouvelle puis sommes invité par Hassan avec qui nous découvrons accueil et simplicité. Nous comprenons vite que la distance des premiers jours n’étaient que passagère, presque accidentel. Les sourires et la vie reprennent gentiment le dessus, puis nous atteignons la « haute montagne » et la fraîcheur qui la caractérise bien souvent.

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nous atteignons la « haute montagne » et la fraîcheur qui la caractérise bien souvent.

L’air y est frais et vif, beau et cruel à la fois. En montagne, la beauté se mérite mais s’apprécie encore plus. Le temps n’est jamais au fixe et une matinée ensoleillé peut facilement
se transformer sous une grisaille et la pluie, voir la neige, en un instant. Le climat éphémère se mélange avec l’immortel immensité de ces montagnes. Les montagnes changeant constamment, de saisons en saisons, parfois de jours en heure, elles se vêtissent de tout habit, passant d’une robe blanche aux étendues de fleurs.

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d’une robe blanche aux étendues de fleurs.

 

Très vite je me retrouve dans mes habitudes alpines d’alors, mélangeant les genres constamment. Les kilomètres ne rythment plus notre avancée, ce sont les ascensions qui le font. À moins de 10 kilomètres à l’heure pour parfois plusieurs heures, nous atteignons les cols. Puis les redescendons au-delà des 50. Enfin nous recommençons l’opération dans des paysages qui passent du tout au tout en permanence. L’effort des montées, où le corps travaille sans discontinuer, ne fait que précéder le réconfort des descentes, où seul les mains travaillent un tant soit peu, activant les poignées de freins pour ne pas sombrer dans les virages.

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dans des paysages qui passent du tout au tout en permanence.

Les yeux, finalement, sont les seuls à être actif de long en large de ces journées fascinantes de beauté.

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Les yeux, finalement, sont les seuls à être actif de long en large de ces journées fascinantes de beauté.

Finalement, au sommet d’un énième col, en émerveillement, une lointaine chaîne de montagne se dresse en face de moi. Plus de cent kilomètres à vol d’oiseau nous en sépare mais la claireté de l’air nous offre un peu de sa beauté. De ses sommets enneigé qui me font vite comprendre qu’il s’agit là du djébel Toubkal, le toit du Maroc. Et si ses neiges n’y sont éternels, la fraîcheur de la saison leur permet de résister au printemps qui s’amène jour après jour. De fait l’hiver, là haut, n’est pas tout à fait terminé. Et, après 4 ans sans printemps, ces neiges là ont tout, absolument tout, de l’éternel. À commencer par les températures et le froid qui nous glace, nous poussant à changer de direction. C’est simple, une fois au carrefour et plutôt que de remonter vers le nord, nous descendons vers le sud. Déjà nous filons à vive allure, poussé par ce vent qui nous freinait hier encore. Les températures montent à nouveau, la vallée s’élargit, d’un orange brunâtre les falaises qui nous côtoient passe aux roses violacés alors qu’au milieu de rien un arbre survit. Solitaire. Il faut plusieurs kilomètres pour en apercevoir d’autre.

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Dès sommets enneigés aux oasis ensoleillés, l’Atlas marocain mélange les genres comme rarement

Enfin des campings refont surfaces à l’approche des premiers oasis. Le Sahara pointe à nouveau le bout de son né. Dès sommets enneigés aux oasis ensoleillés, l’Atlas marocain mélange les genres comme rarement et c’est dans ces conditions que je passe mes derniers jours en compagnie de Pedro.

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je passe mes derniers jours en compagnie de Pedro.

Après plus de deux mois ensemble, une page se tourne encore. Une autre s’ouvre. Et c’est en grimpant que je compte bien l’écrire…

Habité ce matin d’un léger pincement au cœur, je retrouve ma solitude.

Olivier Rochat

Sirocco, la bal(l)ade saharienne

Km 56’769, Tah, Maroc.

Voici un (long) récit de mes derniers kilomètres au Sahara dans le possible dernier pays africain de mon voyage, le Maroc. Plus encore, au Sahara occidental.

« Là ou le Sahara rencontre la mer, l’océan. Où les grandes eaux se mélangent aux grands déserts, nous pédalons. »

"Là ou le Sahara rencontre la mer, l'océan. Où les grandes eaux se mélangent aux grands déserts, nous pédalons."

« Là ou le Sahara rencontre la mer, l’océan. Où les grandes eaux se mélangent aux grands déserts, nous pédalons. »

Nous pensions y passer 20 jours, peut-être 25. Nous rêvions d’en passer 15, tout en craignant d’en passer 30.

« Le vent décidera! », nous le savions. Lui qui balaye le grand désert en quasi permanence, il décidera de notre avancée. Nous devrons nous y adapter. Nous en formaliser. Dans ces régions particulière comme l’est le Sahara, à la merci des distances et du vent, c’est ce dernier qui contrôle, c’est lui qui décide. Nous, nous nous adaptons. Nous faisons avec. Quitte à attendre pour cela.

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Dans ces régions particulière comme l’est le Sahara, à la merci des distances et du vent, c’est ce dernier qui contrôle, c’est lui qui décide.

Après 30 jours en Mauritanie, nous quittons cet époustouflant pays, magnifique à de nombreuses reprises et qui nous aura été accueillant jusqu’au dernier jour. Après l’éreintant voyage en train, nous rejoignons, sale et fatigué, Nouadhibou, à l’extrême nord de notre périple mauritanien, 50 kilomètres au sud de la frontière. Nous rejoignons aussi la côte Atlantique et, après 2 jours de repos incroyablement bienvenu chez Mohamed et sa famille ( mais quel accueil !), nous attaquons l’une des parties réputées les plus compliquées de mon voyage : la traversée du Sahara occidental du sud au nord. Soit 1300 kilomètres de désert, le long de l’Atlantique balayé par un vent qui, la grande majorité du temps, souffle du nord et parfois très fortement. Nous nous préparons donc à rouler contre le vent, comme tout le monde nous l’indique, pour plus de 1’000 kilomètres.

nous quittons cet époustouflant pays, magnifique à de nombreuses reprises et qui nous aura été accueillant jusqu'au dernier jour.

nous quittons cet époustouflant pays, magnifique à de nombreuses reprises et qui nous aura été accueillant jusqu’au dernier jour.

En recherche d’indépendance

Le Sahara occidental est une région, un pays même, très particulier. Reconnu comme  » territoire non-autonome » par l’ONU, sous gouvernement marocain depuis 1976, ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental se situe au sud du Maroc, au nord de la Mauritanie et partage une courte frontière avec l’Algérie à l’est. L’ouest du pays est longé par l’océan Atlantique et sa ville principale, Laayoune, se trouve juste en face des îles canaries. Sa superficie est plus grande que celle du Royaume-Uni mais, peuplé d’à peine un demi-million d’habitants, le territoire deviendrait le second pays le moins densément peuplé au monde en cas d’indépendance, juste derrière la Mongolie. La région est à l’origine peuplée de nomades, les sahraouis, en conflit depuis plus de 40 ans avec le Maroc pour ce territoire qu’ils revendiquent le leur sous le nom de « République arabe sahraouie démocratique (RASD) », via le Front Polisario. Celui-ci est un mouvement dont l’objectif est l’indépendance totale du Sahara occidental, revendication soutenue par l’Algérie. Devenu un enjeu global illustrant la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, le dossier saharien bloque toujours la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA).

Aujourd’hui la majorité du pays est gouvernée par le Maroc qui administre et contrôle environ 80 % du territoire, tandis que le Front Polisario en contrôle 20 % laissés par le Maroc derrière une longue ceinture de sécurité, le « mur marocain » devenu aujourd’hui la frontière de facto, plusieurs centaines de kilomètres à l’intérieur des terres. De nombreuses mines « peuplent » cette frontière.

Mais soyons clair, une fois la frontière traversée, nous sommes bien au Maroc. Les imposants drapeaux marocains brandits un peu partout où poussent des bâtiments nous le rappellent. Le tampon d’entrée est bien un tampon marocain et c’est de « bienvenue au Maroc » que nous accueille la police. La route que nous empruntons, la seule qui traverse le Sahara occidental dans son ensemble, est sous contrôle totale du Maroc. En y entrant, j’entre là dans ce qui pourrait bien être le dernier pays africain de mon voyage (?), le 33ème, j’ai nommé: le Royaume du Maroc !

 

La région est à l'origine peuplée de nomades, les sahraouis

La région est à l’origine peuplée de nomades, les sahraouis

Mais ce n’est pas tant pour son histoire ou sa politique que j’avais noté cette partie depuis même avant mon départ voici 42 mois (!), mais bien plus pour son climat. Nous sommes là au Sahara, le long de la côte océanique sur ce qui fut la première route entièrement goudronnée à traverser le Sahara dans son ensemble terminée en 2005 côté mauritanien, 1992 (à vérifier) côté marocain. De toutes manière il n’y en a pas 36 puisqu’à ma connaissance seules 4 ou 5 routes officiels traversent le grand désert. Celle du Nil à l’est, avec deux variantes le long de la mer rouge et le long des oasis égyptiens, la mythique route de Tamanghasset, goudronnée sur quasiment tout son ensemble qui traverse le Sahara par son centre permettant de relier Alger à Lagos au Nigeria, celle qui relie Alger à Gao au Mali, non-goudronnée dans sa plus grande partie. Ces deux dernières, ainsi que quelques pistes pas toujours balisées, anciennes routes des caravanes du Sahara, sont interdites aux touristes pour causes de sécurité. La 4ème, celle de l’ouest est donc celle du Sahara que nous empruntons actuellement, reliant Tanger à Dakar le long de la côte Atlantique. Une autre route relie la Mauritanie à l’Algérie (Bir Mogrein-Tindouf), mais trouver des informations sérieuses quant à l’ouverture (aux touristes) de cette route est très compliqué, de nombreux camps de réfugiés sahraouis se trouvent également côté algérien de la route.

 

 

C’est donc sans réels options que nous empruntons cette route. Réputée pour son vent du nord, nous savons que nous débutons là l’une des parties les plus ardues du périple. De plus, le vent nous a déjà beaucoup soufflé contre en Mauritanie et, avec le manque de temps sur nos visas mauritanien, nous n’avons pu nous reposer comme souhaité. En quittant la Mauritanie, nous avons déjà plus de 1’000 kilomètres de Sahara dans les jambes, il nous en reste plus de 1’300.

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En quittant la Mauritanie, nous avons déjà plus de 1’000 kilomètres de Sahara dans les jambes, il nous en reste plus de 1’300.

Face à cette situation très particulière, notre « plan » est de jouer la gestion. Plutôt que de foncer tête baissée face au vent et s’épuiser inutilement jusqu’à littéralement « péter un câble », nous nous préparons à attendre s’il le faut, tel que nous l’avions fait en Mauritanie. Préférant ainsi les jours où le vent nous sera le moins défavorable, quitte à rouler la nuit pour cela, nous espérons ainsi sauver de l’énergie et garder le cap plus longtemps. Notre plus grande chance, pensons-nous, c’est soit d’avoir un vent d’ouest -de l’océan- comme il en arrive parfois, vent qui ne nous sera pas trop mauvais, soit un vent faible, voir inexistant. Car c’est lorsque le vent sera le moins fort que nous dépenserons le moins d’énergie. Et de l’énergie, pour traverser le Sahara, nous en aurons besoin.

Mais pourtant, sans n’avoir pu même l’espérer, en rejoignant Nouadhibou un phénomène particulier va se produire. Dès notre sortie du train, quelque chose me frappe: le vent souffle du sud. Mais que se passe-t-il ? Nous avons 5 kilomètres à descendre au sud pour rejoindre la ville et nous n’avançons pas à dix kilomètres à l’heure. Oui, le vent souffle du sud !!!? Il nous balaie même !

Au soir, installé chez Mohamed, nous contrôlons la météo et effectivement le vent souffle du sud. Il semble venir de la mer, propulsé par un énorme orage aux larges des côtes, et vient se  » fracasser » sur les terres. Là, il se divise en deux, descend au sud par la Mauritanie, monte au nord par le Maroc. Nous comprenons notre chance et n’hésitons pas longtemps : nous partons même avant la fin de notre visa. La situation s’inverse, de chassé nous devenons chasseur. De patient nous devenons impatient. Il faut comprendre qu’un jour avec le vent c’est minimum 100 kilomètres, certainement plus, avec une dépense d’énergie moindre. Le contraire c’est 50 kilomètres avec une dépense d’énergie monstrueuse. Le tout dans une région extrêmement répétitive où vous ne rencontrez pas grand monde et les paysages ne changent pas. Ou si peu. Le vent de face n’est pas seulement difficile pour les cyclistes que nous sommes, il est frustrant. Usant. Lutter contre c’est changer de caractère, devenir irritable, colérique. Le vent rend fou. Et fou, nous le sommes déjà suffisant sans ça. C’est décidé, nous partons. Et sans nous retourner.

Dès notre départ de Nouadhibou, comme indiqué par les prévisions météorologiques, le vent nous pousse. Il nous porte, travaille à notre place. En deux heures nous faisons la même distance qu’auparavant en un jour. Euphorique, nous nous lançons sur la route tout en sachant que cela peut ne pas durer. Chaque heure avec le vent peut être la dernière pour des semaines, nous en sommes bien conscient. Il faut profiter. Et nous en profitons.

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Parfois, des dunes lointaines se dressent au milieu des buissons

Les premiers jours se font dans un vide total ou presque. Seules quelques cafétéria, disposée tous les quelques 80-100 kilomètres, et les antennes téléphoniques nous servent d’abri et/ou de réapprovisionnement. Parfois, des dunes lointaines se dressent au milieu des buissons alors que les matins se font toujours frais et, parfois, sous un épais brouillard.
Des paysages lunaires habités de petits buissons côtoient notre route. Se répétant inlassablement.

Des paysages lunaires habités de petits buissons côtoient notre route.

Des paysages lunaires habités de petits buissons côtoient notre route.

Parfois, nous apercevons l’océan dont les vagues, soufflées elles aussi, viennent se fracasser contre les falaises. Elles me rappellent à l’Irlande. De l’Irlande au Sahara occidental, le parallèle est osé, certes, mais l’océan est le même. L’humidité et la grande fraîcheur des nuits, amenées par l’océan justement, le justifie un peu. Le long de l’océan, tous les 2-3 kilomètres, se trouvent de petites maisons. On pense d’abord à des maisons de pêcheurs. Ce sont des militaires qui contrôles l’immigration clandestines. Mais les villages sont très rares et la majorité des bâtiments que nous apercevons sont militaires, ornés d’énormes drapeau marocains. L’impression est bizarre, les gens qui vivent ici semblent ne pas y être né. Tout y est neuf, grand et propre. Organisé. Du contrôle de police/gendarmerie à l’intérieur des cafétéria. Plus proche de l’Europe que de l’Afrique de mes 3 dernières années, nous changeons de monde.

De l'Irlande au Sahara occidental, le parallèle est osé, certes, mais l'océan est le même.

De l’Irlande au Sahara occidental, le parallèle est osé, certes, mais l’océan est le même.

Il nous faudra atteindre Boujdour, notre première ville au 6ème jour de route, pour apercevoir une femme. Jusqu’ici, seul polices, militaire, gendarmerie, ouvriers des cafétérias et gens de passages ont croisés notre route. Tout y est grand et neuf, propres et surréaliste

Ce Sahara là, chaque jour, détruit tous les clichés qu’on puisse lui donner. Quelques fleurs, violettes, se dressent en bord de route, défiant le sable et les camions. Les chameaux font face à l’océan, puis disparaissent sous le brouillard alors qu’au 3ème jour de route, un panneau nous indique notre passage du tropique du cancer. Pour la première fois depuis plus de 3 ans, je me trouve au nord des tropiques.

Quelques fleurs, violettes, se dressent en bord de route, défiant le sable et les camions.

Quelques fleurs, violettes, se dressent en bord de route, défiant le sable et les camions.

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Ce Sahara là, chaque jour, détruit tous les clichés qu’on puisse lui donner.

Les chameaux font face à l'océan, puis disparaissent sous le brouillard

Les chameaux font face à l’océan, puis disparaissent sous le brouillard

un panneau nous indique notre passage du tropique du cancer. Pour la première fois depuis plus de 3 ans, je me trouve au nord des tropiques.

un panneau nous indique notre passage du tropique du cancer. Pour la première fois depuis plus de 3 ans, je me trouve au nord des tropiques.

Mais notre bonheur à nous, c’est le vent.

Si, après ce départ en fanfare, il s’arrête, nous soufflant contre pour un après-midi, il revient de plus belle dès le lendemain. Plus fortement encore. Il nous balaie. Nous souffle, nous porte à 30 km/h sans effort. 37 en poussant un peu. 40 parfois. Les kilomètres défilent maintenant sous nos yeux. Nous n’avons pas de moteur, mais avec ce vent, c’est tout comme. Des étapes que nous pensions durer plusieurs jours se déroulent en quelques heures. Les pauses déjeuners se font avec 80 kilomètres dans les jambes, parfois plus. Les après-midi nous en pédalons 60, souvent plus.
Et la situation météorologique, que nous observons de temps à autre grâce à l’étonnante connexion marocaine (3G même à plus de 100 kilomètres du village le plus proche), s’améliore. La chance est avec nous. Ici 1 jour avec un vent du sud était un rêve. Alors que dire d’une semaine ? La situation est inespérée. Nous nous engouffrons dans la brèche bien conscient que nous aurons le temps de nous reposer plus au nord, profiter des bazar aux épices et fruits colorés, du printemps qui s’annonce. Le Sahara se traverse. Le Maroc se découvre. Nous découvrirons plus tard, aujourd’hui, nous traversons. Nous pédalons.

Le Sahara défile sous nos yeux mais le marché de Boujdour, notre premier bazar, nous offre du magnifique. Les épices sentent bon et les boutiques offrent de tout, des fruits secs aux chocolats, de l’huile d’olive aux pâtisseries marocaines, des oranges délicieuses aux tomates tout aussi bonne, industriel ou artisanal. Nous sommes en vie.

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Le Sahara défile sous nos yeux

Mais sous un vent toujours aussi bon et généreux, nous continuons.

Tel des albatros, poussé par une tempête qui souffle dans notre dos, nous filons à toute vitesse, fracassant nos principes engendrés depuis plus de 3 ans. Tout me semble inversé, du rapport aux gens à celui de cette partie du voyage, à tel point que j’ai l’impression d’être ivre. De ne pas comprendre. D’être un autre, dans une situation autre, dans une culture autre, dans un climat autre. Je m’étais préparé aux jours les plus longs, pénibles et ennuyants de ma vie nomades. Ils sont les plus faciles. Les plus lisses. Les plus rapides aussi. 365 kilomètres sont avalés les 3 premiers jours. 173 le 4ème. Je m’étais préparé à souffrir du vent mais ce sont les cyclistes que nous croisons qui se retrouvent dans cette situation. Et eux aussi sont surpris. On leur avait prédit une traversée facile avec vent de dos, les voici qui galère pour tenir un 10 km/h. Le visage fermé, l’humeur difficile, c’est l’amertume qui les gagnes. Et on les comprends. Pour eux le Sahara se traverse en souffrant. Chaque kilomètres en sueur. Pour nous en sifflotant à 35 km/h, chantant le refrain des chansons qui passent sur nos MP3. Et moi je me tape des fous rire en repensant à tout ça. Car si le vent de face rend fou, celui de dos, lui, rend heureux. Il rend ivre. Le tout à 30 de moyenne. 40 en poussant un peu. Bon, on s’arrête, on compatit, on a presque pitié et, de gènes, on échange quelques mots. Et très vite, nous repartons. Cruel ? Certainement pas. Si le vent les freines ce n’est que brièvement. Dans quelques jours, il changera et, comme prévu, les poussera. Pour nous c’est le contraire, c’est maintenant ou jamais. La patience est une vertu…Sauf dans notre situation. Nous fonçons!

À mesure que nous continuons au nord, la circulation augmente. Les contrôles de police aussi. Quelques villages apparaissent enfin, puis une ville. Puis une autre le lendemain. C’est la vie qui augmente. Le Maroc attendu se rapproche, le Sahara se termine. Le bruit du trafic remplace peu à peu celui des vagues se fracassant aux falaises. Un champ d’éolienne se dresse au loin. Éole, justement, est avec nous. Seuls quelques dunes, soudaines, bordent notre route qui devient deux voies au moment d’aborder Lâayoune, plus grande ville du Sahara occidental. La route les coupes en deux et, en ce jour de tempête, le sable y est balancé à travers la route. Entre camions et voitures, le sable nous renversent dans un mini chaos. Rapidement des gonfle de sable se forment sur la route, freinant le trafic alors que les plus gros camions, avec une prise au vent maximale, s’arrête complètement pour éviter tous risques. Sableux, nous gagnons Lâayoune. Mais, poussé encore par ce vent tempétueux, continuons dans un paysage d’infini chargé de timides buissons et d’éoliennes au fond d’un horizon qui ne semble vouloir se terminer. Au soir, dans le village de Tah, nous quittons le Sahara occidental. 350 kilomètres de Sahara nous sépare de Guelmim, parfois proclamée porte du Sahara.

Après la plus longue semaine de ce voyage, 984 kilomètres au compteur pour près de 2’500 km au total, la traversées du Sahara est presque terminée.

Ce n’est que le lendemain que nous pouvons mettre un nom sur cet étonnant phénomène : le Sirocco. Le sirocco est, je cite, « un vent violent, très sec et très chaud qui souffle sur l’Afrique et le sud de la mer Méditerranée.
Le sirocco se produit lorsqu’une masse d’air tropicale et stationnaire installée sur le Sahara se trouve entre une zone anticyclonique à la verticale de la ligne du tropique du cancer et une soudaine zone de forte dépression se creusant rapidement au-dessus de la mer Méditerranée. La masse d’air saharienne brûlante est alors aspirée vers le nord par la dépression et remonte en direction sud-nord au-dessus du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie. »

Ce phénomène expliqué ne changera rien à notre sentiment général: de la chance. Beaucoup de chance, celle d’avoir été au bon moment au bon endroit. Ou un karma au top du top.

Nous pensions y passer 20 jours, peut-être 25. Nous revions d’en passer 15, tout en craignant d’en passer 30. 7 auront suffit.

« Là ou le Sahara rencontre la mer, l’océan. Où les grandes eaux se mélangent aux grands déserts, nous pédalons. »

"Là ou le Sahara rencontre la mer, l'océan. Où les grandes eaux se mélangent aux grands déserts, nous pédalons."

« Là ou le Sahara rencontre la mer, l’océan. Où les grandes eaux se mélangent aux grands déserts, nous pédalons. »

 Olivier Rochat

Panoramas de Mauritanie

Km 55’838, Nouadhibou, Mauritanie.

-dont 1’528 en Mauritanie-

Durant 1 mois j’ai découvert quelques régions, souvent merveilleuses, de la Mauritanie.

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Les dunes de l’Adrar

En compagnie de Pedro, voyageur espagnol, je me suis fait surprendre par le côté « photogénique » des paysages mauritanien, très particulier et différents de ceux vécus précédemment en Afrique subsaharienne.

En voici quelques uns:

Les villages sont construits de magnifiques maisons de terres cuites et peuplés, à grande majorité, de Peul.

Le long du fleuve Sénégal, les villages sont construits de magnifiques maisons de terres cuites et peuplés, à grande majorité, de Peuls.

Au sud de ce dernier, le Sénégal, le sahel. Au nord, la Mauritanie, le Sahara

Le fleuve Sénégal. Au sud de ce dernier (droite sur la photo), le Sénégal, le sahel. Au nord (d’où la photo est prise), la Mauritanie, le Sahara. Nous quittons l’Afrique subsaharienne. Ici le village de N’gorel, notre dernière nuit parmi les Peuls.

 Une piste, bonne, nous mène villages après villages au milieu d'un sahel aride

Une piste, bonne, nous mène villages après villages au milieu d’un sahel aride. (Photo par Pedro Alonso)

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De Aleg à Nouakchott, nous passons nos premiers kilomètres dans le Sahara. De nombreux nomades côtoient notre route.

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Pour changer du bitume, nous nous égarons sur les dunes que traversent notre route.

 Le Sahara nourrit mes fantasmes depuis longtemps. Il les nourrit toujours aujourd'hui.

Le Sahara nourrit mes fantasmes depuis longtemps. Il les nourrit toujours aujourd’hui.

Après Nouakchott le vent nous balaie. Rien ne le freine. Il nous bouffe littéralement et, parfois, nous roulons de nuit car il y souffle moins fort.

Après Nouakchott le vent nous balaie. Rien ne le freine. Il nous bouffe littéralement et, parfois, nous roulons de nuit car il y souffle moins fort. (Photo par Pedro Alonso)

Ainsi l'enfer débute. Ainsi l'enfer nous ouvre sa porte. Nous ouvre sa gueule.

Ainsi l’enfer débute. Ainsi l’enfer nous ouvre sa porte. Nous ouvre sa gueule. (Photo par Pedro Alonso)

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Enfin, nous débutons l’Adrar, une région plus intéressante, chargée d’Oasis et de montagnes. (Photo par Pedro Alonso)

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Tergit, notre premier oasis. Nous nous y reposerons 1 jour.

Entre les oasis, des dunes nous entourent. Le sable est projeté sur notre route, formant des gonfles importantes, déblayées régulièrement.

Entre les oasis, des dunes nous entourent. Le sable est projeté sur notre route, formant des gonfles importantes, déblayées régulièrement. (Photo par Pedro Alonso)

 le magnifique village de Tounghad, village aux maisons de pierre entourant un oasis en flanc de montagnes

Le magnifique village de Tounghad, village aux maisons de pierre entourant un oasis en flanc de montagnes.

Mais la route pour parvenir à ces lieux isolés n'est jamais facile. Les rivières asséchées sont pleines d'un sable profond. Après de nombreuses collines, il nous faut pousser!

Mais la route pour parvenir à ces lieux isolés n’est jamais facile. Les rivières asséchées sont pleines d’un sable profond. Après de nombreuses collines, il nous faut pousser! (Photo par Pedro Alonso)

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Après le sable, ce sont les cailloux qui nous freinent.

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Le passe Nouatil nous offre quelques merveilleux panoramas.

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Nous avons suffisamment d’espace. Pour nous seul…ou presque.

La route de Choum nous offre encore quelques beaux panoramas ainsi qu'un couché de soleil époustouflant.

De retour sur le goudron, la route de Choum nous offre encore quelques beaux panoramas…

La route de Choum nous offre encore quelques beaux panoramas ainsi qu'un couché de soleil époustouflant.

…ainsi qu’un couché de soleil époustouflant.

Enfin c'est sur le toit d'un train considéré comme le plus long du monde que nous quittons l'Adrar. Il transporte chaque jour d'énormes quantité de minerai de fer. Nous passerons 15 heures sur le haut des minerais.

Enfin c’est sur le toit d’un train considéré comme le plus long du monde que nous quittons l’Adrar. Il transporte chaque jour d’énormes quantité de minerai de fer. Nous passerons 15 heures sur le haut des minerais.

Le train peut mesurer jusqu'à 3 kilomètres de long.

Le train peut mesurer jusqu’à 3 kilomètres de long.

Mais la Mauritanie sait aussi accueillir. Nous y passons nos deux dernières nuit en (très) bonnes compagnies, choyés comme rarement.

Mais la Mauritanie sait aussi accueillir. Nous y passons nos deux dernières nuit en (très) bonnes compagnies, choyés comme rarement.  (Photo par Pedro Alonso)

Olivier Rochat