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Gambie

Km 52’235, Sukuta, Gambie.

Le premier adjectif qui me vient à l’esprit en plaçant la Gambie sur la carte, c’est « petit ». Heureusement, il y en a d’autres qui suivent.

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Heureusement, il y en a d’autres qui suivent.

Oui car cela n’a rien de péjoratif mais la Gambie est bel et bien le plus petit pays d’Afrique continentale, seul 5 états indépendant sont plus petits et ils sont tous des îles. Il s’agit du Cap-Vert, des Seychelles, des Comores, de l’île Maurice ainsi que de São Tomé et principe. En comparaison, l’Algérie, plus grand pays d’Afrique (10ème au monde), est 210 X plus grande que la Gambie (!). Sans prendre en compte que la Gambie est le 6ème pays africain dont le territoire est le plus recouvert d’eau (en pourcentage). En effet 11% du territoire gambien est « fait » d’eau, majoritairement du fleuve Gambie qui a donné son nom au pays. Et en regardant sur la carte, on comprend mieux pourquoi.

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Le pays entier s’articule autour de ce fleuve

Le pays entier s’articule autour de ce fleuve qui prend source en Guinée, traverse le sud du Sénégal avant d’entrer le territoire gambien à son extrême est et d’aller se jeter dans l’océan Atlantique 300 kilomètres plus loin. On obtient là une superficie particulière, une bande de terre longue de 320 kilomètres d’est en ouest et large de 20 à 50 kilomètres seulement. De plus, mis à part son accès à la mer à l’ouest, la Gambie n’a qu’un seul voisin, le Sénégal. Ce qui n’a pas empêché au douanier de la frontière de Badiara, après une petite heure de fouille plus curieuse que de mauvaise foi, de me demander: « alors qu’elle est ton prochain pays après la Gambie? ». J’ai presque eu envie de lui répondre le Nigeria ou la Finlande (au hasard)… Mais bon, la géographie ne me laissant pas le choix, je lui ai donc répondu  » le Sénégal ! ».

Mais pour éviter de m’y retrouver trop vite, au Sénégal, j’ai logiquement décidé de traverser le pays d’est en ouest.

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j’ai logiquement décidé de traverser le pays d’est en ouest.

Traversant le Gambie (le fleuve donc) à deux reprises j’ai profité d’avoir cette fois le vent avec moi. L’Harmattan qui, soufflant depuis le Sahara (nord-est), m’a poussé durant 300 kilomètres en direction de l’océan, partie agréable et hautement profitée tant l’on m’a promis l’enfer pour les 3’000 prochains kilomètres qui m’attendent pour rejoindre l’Atlas marocain.

Traversant le Gambie (le fleuve donc) à deux reprises.

Traversant le Gambie (le fleuve donc) à deux reprises.

Bien que sympathique et parfois très joli avec ses petits villages aux petites maisons rondes et où la circulation principale est constituée de charrette qui m’ont rappelé au Sahel burkinabé, le pays reste très plat, de petites collines tout au plus. Les baobabs et autres gigantisme de la nature m’ont offert une atmosphère particulière, belle sans être extraordinaire, idéale pour repartir du bon pied après 2 semaines « émotivement » difficile où, dans une Afrique pourtant beaucoup plus facile que celle découverte lors des derniers mois, j’ai eu un peu de mal a trouver ma place. Trouver mon rythme. À me demander presque ce que faisais là, les nerfs épuisé et l’irritation fréquente. J’en ai même pris quelques distances, effectuant de nombreux bivouacs solitaire à parler aux étoiles. Histoire de me retrouver. Et d’éviter, aussi, de manquer de respect à une population qui n’a certainement pas demandé à ce que je vienne traverser sa Terre.

ses petits villages aux petites maisons rondes.

ses petits villages aux petites maisons rondes.

Mais peu à peu, retrouvant le rythme plaisant de longue étapes, de nuits solitaires entrecoupée du simple partage des bords de route, cumulés à d’autres particulière, tel cel avec Markku, finlandais qui a tout quitté en Europe pour venir s’installer dans un village, en totale immersion avec les locaux, et vivre plus simplement en cultivant du manioc et quelques autres végétaux, j’ai retrouvé ma bonne foi et un peu de bon sens.

où la circulation principale est constituée de charrette qui m'ont rappelé au Sahel burkinabé.

où la circulation principale est constituée de charrette qui m’ont rappelé au Sahel burkinabé.

C’est finalement le long d’une plage vide et « agréablement agréable » que j’ai passé mon après-midi de Noël, loin, très loin, de la campagne isolée et poussiéreuse que je traversais il y a quelques jours à peine.

loin, très loin, de la campagne isolée et poussiéreuse que je traversais il y a quelques jours à peine.

loin, très loin, de la campagne isolée et poussiéreuse que je traversais il y a quelques jours à peine.

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Un Noël qui fût doux et presque insignifiant tant il n’avait rien d’un Noël, certainement pas le stress, peut-être quand même la douceur. Sur les plages de Gambie je me suis souvenu mon dernier Noël, au Cameroun, que je pensais être le dernier en Afrique – de ce voyage pour le moins – alors en pleine crise de malaria. Un simple geste devenait une aventure. Aller aux toilettes (la diarrhée), un enfer. S’endormir, un rêve. Parfois j’en venais à penser qu’il pourrait bien être le dernier tout court.

Mais la douceur de cette après-midi est venu presque clôturer cette année particulière, difficile, partagée entre retrouvailles et maladie, rencontres et découvertes, de manière opposée. Inattendue je l’avoue et l’admet, tout en le prenant volontiers.

Je me tourne déjà vers Dakar, la capitale sénégalaise, ma dernière en Afrique subsaharienne, à elle seule deux fois plus peuplée que toute la Gambie. Ce n’est pas tant le trafic ou le -relatif- confort des capitales qui m’intéressent, mais bien des retrouvailles. Car si ma route est toujours solitaire, mon cœur ne l’est plus tellement. Il temps, grand temps, de le laisser s’exprimer un peu avant d’entamer la dernière partie de mon périple africain, le Sahara. Du sud au nord, donc face au vent, le fameux Harmattan, peut-être la plus pénible de toute.

Et avant cela, Dakar. J’y terminerai cette année. Et y débuterai la prochaine.

la douceur de cette après-midi est venu presque clôturer cette année particulière.

la douceur de cette après-midi est venu presque clôturer cette année particulière.

Olivier Rochat

Casamance

Km 52’719, Vélingara, Sénégal.

En (re)franchissant la frontière sénégalaise la semaine dernière, j’ai soudain ressenti comme un « éclair d’émotions », de sentiments mélangeants nostalgie et frissons, un peu comme s’il me fallait trouver ma place entre un départ et une arrivée, certainement quelque chose de difficilement définissable, pour ne pas dire indéfinissable. Une émotion à la fois triste et joyeuse, un  » au revoir  » couplé d’un « bonjour ». J’ai regardé le douanier tamponner mon passeport tranquillement, « Plaf! », laissant apparaître à la page 28 de mon passeport un nouveau tampon qui disait, en 3 « étages » : « Poste frontalier de Mpak. Vu à l’entrée. 12 décembre 2017″.

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Un tampon comme j’en ai eu des dizaines en Afrique, 91 pour être précis (soit 46 entrées et 45 sorties). Une routine quand on voyage » au long cours ». Celle des frontières. Pourtant, pour la première fois, j’ai ressenti « la fin ». La fin, ou le début de la fin. Bizarrement puisqu’il me reste plus de 6’000 km avant de rejoindre l’Espagne, mais  le Sénégal est mon dernier pays d’Afrique subsaharienne, bien que la Gambie vers laquelle je me dirige est encore au programme (je retournerai au Sénégal après l’avoir traversé).

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le Sénégal est mon dernier pays d’Afrique subsaharienne

Pour la première fois, j’ai ressenti cette sensation  » d’être en train de rentrer », sans savoir ni ce que cela veut dire, ni si ce n’est plutôt un « en train de partir » qui correspondait le mieux à cet étrange sentiment. Celui d’être un étranger qui s’est tant acclimaté – ou a essayé- a ce « statut », qu’il se demande si « chez lui », lorsqu’il y rentrera, il ne se sentira pas à nouveau étranger. Et si ce terme, étranger, à encore un sens où s’il se détache de son origine. « L’étrange » de l’étranger, est devenu le normal de la normalité.

Pourtant, heureusement peut-être, il m’en reste des choses à découvrir, à pédaler, à rencontrer. À commencer par cette partie du Sénégal francophone, « coincée » entre la Gambie anglophone et la Guinée-Bissau lusophone, région qui a longtemps lutter pour son indépendance -et lutte encore ?- et dont l’on m’a souvent parlé, région qui s’articule autour d’un fleuve qui porte le même nom: la Casamance.

région qui a longtemps lutter pour son indépendance -et lutte encore ?

région qui a longtemps lutter pour son indépendance -et lutte encore ?

Dès mon entrée en Casamance, je découvre un pays plat et, comme l’on m’a dit, plus tropical que la majeure partie du pays, et également d’un développement qui m’apparaît supérieur à que ce que j’ai vécu les 3 derniers mois en Guinée-Bissau, Guinée ou encore Sierra-Leone. Même si c’est très relatif.

Après quelques jours de repos à Ziguinchor, plus grande ville de Casamance, je reprends ma route à travers cette région qui s’étend d’ouest en est sur plusieurs centaines de kilomètres, à peine quelques dizaines du sud au nord. La nouvelle route goudronnée « Made In America » me facilite le voyage, et seul l’Harmattan, vent venant du nord soufflant à cette période de l’année, qui m’offre là ses premiers baisers, semble me freiner un peu -il fait plus que semblant d’ailleurs-. À mesure que je vais me rapprocher du Sahara, il va s’intensifier. Pour l’instant, je ne m’en formalise pas. J’aurai tout le temps d’y penser à l’approche du Sahara.

 

 La nouvelle route goudronnée "Made In America"

La nouvelle route goudronnée « Made In America »

Parfois, le Casamance, par l’un de ses zigzags, m’offre quelques vues et de son impressionnante largeur lorsque je le traverse en pirogue. De nombreux oiseaux, parfois magnifique aux couleurs bleutées, s’envolent à mon passage lorsque ce n’est pas un singe qui s’enfuit en me voyant.

 le Casamance, par l'un de ses zigzags, m'offre quelques vues et de son impressionnante largeur

Le Casamance, par l’un de ses zigzags, m’offre quelques vues et de son impressionnante largeur.

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Le long du goudron les villages se comptent par dizaines, comme pour me rappeler, peut-être, de l’impact économique des routes goudronnées, ici en Afrique, par rapport à celles qui ne le sont pas. Dès que je m’égare sur les pistes, la quantité de villages bordant la route diminuent drastiquement et alors qu’avant je faisais difficilement plus d’un kilomètre sans rencontrer quelqu’un, j’en fais maintenant rarement moins de dix, facilement 50 pour trouver une gargote et/ou un petit marché. Je retrouve ainsi de ma tranquillité, cassée parfois par la poussière jetée par les véhicules passant à vive allure, quand ils ne sont pas trop chargé pour cela, puis par l’un ou l’autre village où je ne passe pas inaperçu.

comme pour me rappeler, peut-être, de l'impact économique des routes goudronnées, ici en Afrique, par rapport à celles qui ne le sont pas.

comme pour me rappeler, peut-être, de l’impact économique des routes goudronnées, ici en Afrique, par rapport à celles qui ne le sont pas.

« Toubab, Toubab » me lance-t’on, comme pour me rappeler à ma couleur de peau qu’ici il m’est impossible d’oublier. Auxquels il me faut souvent ajouter les « donne-moi… ». Donne-moi le drapeau, le sac, le maillot, la bouteille…

J’avoue sentir de l’irritation, certainement pas totalement justifiée, une pointe de fatigue par rapport à cela. J’en garde le sourire, quelques mots de Pular appris en Guinée, que l’on parle ici aussi, bien qu’ils différent un peu. Les adultes sont plus polis, et débute alors le  » bal des bonjour ». Combien y’a t’il de manière de se dire bonjour en Afrique de l’ouest ? Je ne peux pas les compter, et j’avoue douter que quelqu’un le puisse. Mais quand l’on vient d’un pays où dire bonjour à un inconnu n’est pas forcément commun -parfois même à un connu d’ailleurs-, en tant qu’inconnu, je ne peux m’en plaindre. Au contraire, c’est magnifique ! Et qui plus est en 60 secondes chrono, certainement moins, je n’en suis plus un, d’inconnu. Bientôt je m’appelle à nouveau Olivier, et pour un peu je serai sénégalais. Plus je passe vite, plus je suis le Toubab à qui l’on dit « donne-moi ». Plus je m’arrête, et plus la situation évolue. Symbole même, à mon avis, des relations humaines en Afrique.

 

 Plus je passe vite, plus je suis le Toubab à qui l'on dit "donne-moi". Plus je m'arrête, et plus la situation évolue.

Plus je passe vite, plus je suis le Toubab à qui l’on dit « donne-moi ». Plus je m’arrête, et plus la situation évolue.

Un homme, à pied, me coupe la route. Il me veut de l’argent, quelque chose, j’en suis sûr. Je m’arrête néanmoins.

« D’où viens-tu », me lance-t-il.

« Ah je suis Suisse! »

« Ah tu es Suisse! » Et il se retourne en me disant d’attendre et criant  » Nouha, Nouha, vient vient, il y a un frère de Suisse qui est là. « 

Je passerai deux heures en compagnie d’un thé, d’un énorme (c’est le mot) plat de riz, de Nouha qui connaît Lausanne autant bien que moi (je ne l’invente pas) et de certains membre de sa famille.

Je passerai deux heures en compagnie d'un thé, d'un énorme (c'est le mot) plat de riz, de Nouha qui connaît Lausanne autant bien que moi (je ne l'invente pas) et de certains membre de sa famille.

Je passerai deux heures en compagnie d’un thé, d’un énorme (c’est le mot) plat de riz, de Nouha qui connaît Lausanne autant bien que moi (je ne l’invente pas) et de certains membre de sa famille.

L’Afrique est rude et prend toujours -ou presque- des chemins compliqué. Et puis l’Afrique demande. Demande. Demande. Encore et encore, sans jamais sembler vouloir s’arrêter. Elle demande. Pourtant au final, et même si elle ne reçoit pas, elle offre. Ce qu’elle a, elle l’offre. Elle finit toujours par l’offrir. Le lit, l’eau pour se laver. La nourriture plus que de raison, un sourire sortant sous le manguier. Et c’est là tout son paradoxe, toute son humanité. Si l’Afrique m’a appris une chose, c’est peut-être à recevoir. Un merci tout au plus. Et aujourd’hui, pour la première fois depuis plus de 3 an, je pose le regard futur sur un « ailleurs » prochain. Et même s’il est trop tôt pour m’y concentrer, même si l’Afrique est encore là, à respirer avec moi, ensemble, je me demande si je dois m’en réjouir. Si un ailleurs existe pour moi. Ou tout du moins, à quel niveau…

Entre deux villages, j’attends que la nuit tombe. Que la moto passe et s’en aille. J’attends d’être seul. Enfin je m’enfonce pour quelques dizaines de mètres dans le bois.

J’ai besoin d’être seul. De parler aux étoiles. Ce soir, c’est mon luxe à moi. Le luxe parfois, c’est la tranquillité. Ici et maintenant, ce luxe-là prend tout son sens pour moi. Je suis fatigué. Personne ne m’a vu. Je plante ma tente au « milieu » des bois. J’entends le serpent qui grince contre ma tente. Ce n’est qu’un insecte. Le lion qui rugit à la sortie du bois. Ce n’est qu’un âne, têtu comme toujours. Deux singes qui ont l’air de se battre, une musaraigne qui vient grailler mes sacoches, les oiseaux qui parfois ébruitent les feuilles. Et je m’endors sur le chant, d’une rime inchangée, presque immortel, insolente de régularité, des criquets. La tête aux étoiles avec qui je partage mes derniers mots ce soir. Des mots de pensées, comme bien souvent.

Je plante ma tente au "milieu" des bois.

Je plante ma tente au « milieu » des bois.

Histoire de me rappeler, encore une fois, à quel point je ne suis rien. Une pensée au milieu de l’univers, tout au plus.

Ce soir en Casamance, quelque chose a changé.

Ce soir en Casamance...

région qui s’articule autour d’un fleuve qui porte le même nom: la Casamance.

Olivier Rochat

En Guinée-Bissau

Km 52’939, Quebo, Guinée-Bissau.

Pendant 10 jours j’ai découvert certaines des routes de la Guinée-Bissau, petit pays d’Afrique de l’ouest.

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Un pays où il me fut difficile de réellement me « plonger » dans sa population et la culture qui l’accompagne, tel que je l’avais fait notamment au Burkina Faso, en Côte-d’Ivoire et en Guinée, trois « pays coup de cœur » et surtout par sa population accueillante et colorée, toujours bienveillante et souriant la vie.

Sauf qu’ici en Guinée-Bissau on parle le portuguais, héritage colonial. Héritage également ressenti dans certains village ou ville, dont le centre est parfois construit d’anciens bâtiments colonial souvent abandonné, au mieux repeint. Bien sûr, le portugais est une langue relativement proche du français. Et même si ça ne l’était pas, il n’appartiendrait qu’à moi de l’apprendre. Qui plus est de nombreux bissau-guinéen parlent un peu le français ou l’anglais. Parfois ce sont des guinéens francophone travaillant ici que je croise mais les discussions restent très limitée, sans compter l’énorme différence culturel qui nous sépare, comme dans le reste de l’Afrique subsaharienne. Différence qui, je l’avoue, empêche bien souvent des discussions allant plus loin que de simples questions d’origines, de prénoms, d’âge ou de raison de voyager.

 

C’est donc un peu plus en « retrait » que je m’égare dans la campagne de ce petit pays d’une taille inférieur à celle de la Suisse.

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les pistes tantôt sableuses, bonnes, puis caillouteuse, où je croise quelques villages isolés

 

Les passages goudronnés viennent après les pistes tantôt sableuses, bonnes, puis caillouteuse, où je croise quelques villages isolés et, presque systématiquement, sans le moindre petit commerce, cafétéria ou autre. Au mieux une pastèque, vendue par un vieil homme au bord de la route, me rafraîchira pour un moment. Je ne suis pas à plaindre, c’est certain.

 

Malgré cette difficulté linguistique, difficulté relative certes mais qui me donne l’impression de voyager nu tant l’usage de la parole est important ici dans cette Afrique rurale -une « non-salutation » est vue comme une insulte, une provocation, et dans chaque village l’étranger est censé se présenter-, je fais de belles rencontres et notamment avec Issufi qui a beaucoup voyagé en Europe et notamment en Suisse qu’il connaît bien. Partageant le repas puis passant la nuit chez lui, je peux enfin laisser « sortir les mots », jusqu’ici coincé quelques part en bouche mais retenu, au moment de sortir, par le fait qu’ici, bien souvent, personne ne les comprends.

je fais de belles rencontres et notamment avec Issufi qui a beaucoup voyagé en Europe

je fais de belles rencontres et notamment avec Issufi qui a beaucoup voyagé en Europe

Plus loin c’est Idriss, un jeune Sierra-Leonais qui m’invite chez lui après que l’un des deux drapeaux que j’accroche -sans réelle raison- au devant de mon vélo, drapeau Sierra-Leonais et libériens, l’a interpellé. Modeste, il vit dans une chambre à peine plus grande que son lit, comme c’est souvent le cas dans les villes, mais mon matelas à suffisamment de place pour se glisser confortablement derrière ce dernier. Idriss passe le plus clair de son temps au marché à réparer tout types d’appareil électronique pour survivre. Mais dans un pays où le chômage est probablement plus proche des 100% que des 50%, la vie reste simple et peu diversifiées, chacun survivant du mieux qu’il peut avec ce lointain mais certain rêve en toile de fonds pour la majorité des gens: l’Europe. L‘Europe, la belle Europe, là où la vie est si belle et douce, si riche et si géniale, comme aime à me le rappeler le généreux Idriss dans peut-être la moitié des phrases qu’il m’offre. Suivent ces discussions sans queues ni tête où j’essaie d’expliquer quelque chose à quelqu’un qui, visiblement, ne veut ni ne peut comprendre, et que je ne comprends probablement pas moi-même. L’Europe vue de l’Afrique m’apparaît bien souvent comme une « exoplanète en zone habitable  » doit l’être aux yeux d’un scientifique cherchant à trouver une vie extraterrestre dans l’univers. On vit que pour ça, au point d’en oublier que jusqu’à preuve du contraire, il n’y a que chez nous, sur notre belle petite planète que la vie habite. Que la vie se passe. Que la vie vit.

Mais la critique est bien facile, surtout d’un type « venant d’ailleurs », parti « vivre ailleurs », un ailleurs qu’il ne fait que traverser et dont l’impact sur les communautés qu’il découvre est quasi nulle, au mieux souvenir, au pire oublié. Parfois un tantinet amélioré, si j’ose, par les quelques dollars qu’il laisse derrière lui. Ils nourriront une bouche pour un ou deux ou repas. À peine plus.

Finalement je laisse Idriss derrière moi après quelques beaux matchs de foot regardé, puis reprant ma route zigzaguant du nord au sud, puis du sud au nord, dans ce bien petit pays.

C’est au sud-est du pays que j’ai trouvé mon bonheur, le long du parc national de Dulombi-Boe. Sur les pistes forcément. Ces bonnes vieilles pistes d’Afrique de l’ouest souvent défoncée, au trous de la taille de mon vélo, aux nombreux passages caillouteux avant de me mettre à pousser dans le sable, porter mon vélo pour traverser des rivières sans pont ni pirogues puis me retrouver sur un fin sentier où l’herbe dépasse allègrement ma taille et dont la rosée matinale, venue se déposer à grosses gouttes sur chacun des milliers de bruns d’herbes qui me « fouettent, me trempe littéralement. Le genre de pistes qu’une fois dessus, tu n’essaies que de quitter. Et qu’une fois derrière toi, de retrouver.

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l’herbe dépasse allègrement ma taille et dont la rosée matinale, venue se déposer à grosses gouttes sur chacun des milliers de bruns d’herbes qui me « fouettent, me trempe littéralement.

Un cauchemar pour les habitants du coin. Un paradis pour les voyageurs en guise de découvertes loin des grands axes routiers ou touristiques de notre monde. Oui, c’est égoïste.

Mais ne faut-il pas l’être un peu, égoïste, pour partager mots et photos depuis un téléphone portable qui, inévitablement, d’une manière ou d’une autre, contribue par sa seule création, via l’exploitation minière et meurtrière du Coltan, au massacre de centaines de milliers de personnes à l’est du grand Congo? Ne faut-il pas l’être, égoïste, pour lire et regarder ces mêmes mots et images sur ce même putain de téléphone ? Ne faut-il pas l’être, égoïste, pour accepter, ou choisir, de vivre heureux dans ce monde-là? Celui du permanent « fait ce que j’dis, mais pas ce que j’fais! », d’un monde où, dirait-on, les lois ont pris le pas sur les responsabilités, alors que ces mêmes lois ont été mise en place par des irresponsables… Ne faut-il pas l’être, égoïste, pour fermer les yeux sur toute la misère du monde, plutôt que de les ouvrir et d’en être triste, et plus égoïste encore, au point de risquer le suicide à chaque coin de rue?

Un paradis pour les voyageurs en guise de découvertes loin des grands axes routiers ou touristiques de notre monde. Oui, c'est égoïste.

Un paradis pour les voyageurs en guise de découvertes loin des grands axes routiers ou touristiques de notre monde. Oui, c’est égoïste.

Toujours est-il que ma route, égoïste, s’enfonce dans une forêt de plus en plus dense, où je traverse plusieurs petites rivières. Les villages n’apparaissent plus depuis longtemps le long de cette route qui, bien souvent, est recouverte de branche et de feuille, alors que le ciel m’est caché par ces mêmes branches et feuilles pas encore tombée.

dans une forêt de plus en plus dense, où je traverse plusieurs petites rivières.

dans une forêt de plus en plus dense, où je traverse plusieurs petites rivières.

Soudain, une branche, bien qu’immobile, me paraît trop  » zigzaguante », trop noir aussi. Je m’arrête avant de devoir lui rouler dessus pour passer. Là voici qu’elle bouge, levant sa tête au bout de laquelle son petit regard myope est effrayant par sa langue fourchue qui en sort, un peu comme si elle cherchait à embrasser l’air. Je ne me suis pas trompé, c’est un serpent. Et comme à chaque fois, comme la dernière fois, comme la prochaine fois, j’en sursaute.

Je pense à reculer, mais ne le fais pas. Je m’arrête simplement. Le voici qui me regarde, son cou se dresse, habité d’une force musculaire impressionnante, puis se « gonfle ».. C’est UN COBRA!

Je ne pense maintenant plus à reculer, je le fait. Je détale même. Et quand je me retourne, je suis bien content qu’il ne me suive pas, certains cobra étant réputé pour « chasser » un homme à une vitesse pouvant atteindre les 20 km/h. Il ne me suit pas, mais me fixe, la tête au haut du sol et le cou gonflé pour impressionner son adversaire. Et autant le dire tout de suite: ça fonctionne. Mais rapidement il disparaît dans les bois. Considérant que je les ai eu un jour, je reprends mes esprits puis ma route, un trio de phacochère m’offre un énième sursaut, avant qu’un caméléon vienne illuminer ce début d’après-midi.

Un caméléon vient illuminer ce début d'après-midi.

Un caméléon vient illuminer ce début d’après-midi.

Je retrouve le goudron, me voici au sud du pays. J’essaie tant bien que mal de quitter mon égoïsme, décidant de passer le reste de ma journée ici, où l’on me donne un petit entrepôt ou je déploie ma tente. Les mots manques certes un peu mais l’accueil, lui, est toujours là, comme en témoigne ce plat de riz que l’on m’offre. Comme on offre ici, toujours ou presque, à l’étranger qui ne fait pas que passer. Puis le Real Madrid tappe Séville par 5 buts à 0, Mbappe marque un but après une course folle de 60 mètres et tue le match qui se termine par une nouvelle victoire pour le PSG sous les cris de joie des adolescents présents. On éteint le générateur. Il est tôt mais je suis fatigué. Donc, d’une certaine manière, il est tard.

Égoïste, je vais me reposer, attendant patiemment que le sommeil veuille bien me faire une petite place. Me partager un peu son quotidien.

attendant patiemment que le sommeil veuille bien me faire une petite place. Me partager un peu son quotidien.

attendant patiemment que le sommeil veuille bien me faire une petite place. Me partager un peu son quotidien.

Olivier Rochat

Pas à pas (3 ans en Afrique)

Km 51’743, Farim, Guinée-Bissau.

Le 3 décembre 2017 a marqué ma fin de ma 3ème année en Afrique. 3 ans pour 30 pays, 45’000 kilomètres et des souvenirs pleins la tête dont les plus anciens me renvoient à l’Égypte.

Durant ces 3 ans mon regard sur le monde, l’Afrique, mais aussi « ma » petite Suisse et moi-même a beaucoup changé. Ce qui m’était nouveau, choquant voir extraordinaire à mes débuts en Afrique m’est aujourd’hui devenu bien souvent familier, banal voir inintéressant.

Lorsque ma mère est venu me rendre visite au Togo, en avril dernier, elle posait pied en Afrique pour la toute première fois. Lorsque nous sortions en taxi brousse à la découverte du pays, l’une des premières choses qu’elle me soulignait, c’était les gens marchant le long de la route, et parfois pour plusieurs kilomètres, chargé d’eau, de nourritures, de bagages et/ou d’enfants, le tout en pleins soleil.

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Pendant des siècles et des siècles et jusqu’à récemment, l’Afrique s’est construite, développée, battue, en marchant. Aujourd’hui encore la marche, bien plus qu’un sport, est un moyen de transport largement utilisé dans nombreuses région du continent. Souvent le moins dangereux…

Pour ma part, je vais franchir ce cap imprévu avec quelques mots, une poésie, écrite voici 16 mois le long des routes zambienne, alors en Afrique australe. Il me reste encore à vous remercier, vous tous qui m’avez hébergé, soutenu, aidé, tendu la main -enfin le portefeuille- lorsque mon vélo s’est brisé, offert un café, une main de bananes, un thé, une bouteille d’eau, un sourire, une pensée, un verbe, un adjectif, un proverbe, une idée, quelque chose…

Poétiquement

Farim, Guinée Bissau, le 4 décembre 2017

PAS À PAS

Aux lumières du ciel, à
À la tombée de la nuit
D’un pas presque éternel
Au parfum d’infini

Sur les chemins de goudrons,
Les sentiers de boues,
Dans un sable mouvant,
Et sans la moindre roue.

À la vitesse de ton pas
De ce pas machinal
Je t’aperçois tu t’en vas
Sous une chaleur infernale.

Sur la tête tu transportes
Un bidon rempli d’eau,
Ou des sacs en kilos
C’est l’Afrique que tu portes.

Hier on nous disait
Qu’inférieur tu étais
Et qu’on me pardonne
On t’appelait « Nègre, le sous-homme »

Un moins que rien
Appauvri puis aidé
Eternel immigré
Celui qu’on appelle Africain(e)

Parce que de tes mains
Ni de Rome ni d’Athènes,
De Venise où l’on s’aime
« Tout ça » n’est pas africain.

Mais dis-moi, est-ce que la grandeur
C’est de se dire supérieur ?
Et de construire des palais
Pour y cacher nos imparfaits ?

Moi tu sais d’où je viens,
Les moustiques ne tuent point
Mais les gens passent leur vie au galop
Et s’étouffent avec des trop…

Le suicide est commun
Les égos sont vitaux
Nous sommes tous des chacun
Et face au monde nous parlons trop

Lorsqu’un soldat meurt
Pour des jours on le pleure
Mais le civil qu’il a tué
Même mort reste immigré

Aujourd’hui encore, l’occident te regarde
Il te pille crée des guerres
Puis il revient il prend garde
Il se prend pour ta mère

A pied nu au goudron,
Aux sentiers, sables mouvants,
Je te vois, infini,
Marcher de jour jusqu’à la nuit

L’occident semble n’y voir que faiblesse
Mais lui sous ton soleil sécherait sans sagesse,
Apeuré par sa propre image
Il aime à te dire: sauvage

Tristesse

Il en oublie ce qui t’appartient
Mais qui ne lui appartiendra jamais
Ce qui fait ton chemin, ton destin
Ce qui fait qui tu es…

A la vitesse de ton pas
De ce pas africain
Je t’aperçois tu t’en vas
Il paraît que tu n’as rien

Que richesse n’est tienne
Et que sous tes cieux
Il n’y a que guerre qui vienne
Que seul famine brille dans le fond de tes yeux

Mais c’est oublier
Oublier ce qui t’appartient
Ce que tu as toujours possédé
C’est le Temps qui est tient

Car le Temps t’appartient
Tu sais je le sais je le vois avec lui tu t’en vas
Tu le prends par la main

Ce Temps, Ennemi de l’Homme Blanc
Dépendant du temps qu’il projette
Qui oublie que le Temps ne se vend
Par conséquent ne s’achète…

A pied nu au goudron,
Aux sentiers, émouvant,
Je te vois, infini,
Marcher de jour jusqu’à la nuit

A la vitesse de ton pas
De ce pas africain
Je t’aperçois tu t’en vas
Aussi calme que serein

Sur la tête tu transportes
Un bidon rempli d’eau
Un bébé dans ton dos
C’est la vie que tu portes

Et le Temps dans la main
C’est le Temps qui est tient
Car le Temps est à Toi
L’Occident, lui, ne l’a pas…

A la vitesse de ton pas
Je t’aperçois tu t’en vas

Pas à pas tu poursuis ton chemin
Pas à pas tu construis ton destin

Et le temps avec toi
Car le temps est en toi
Le temps est ton toit

Pas à pas…

Olivier Rochat

Guinée, dernier regard

Km 51’403, Koundâra, Guinée.

Ce matin 30 novembre 2017, je m’apprête à quitter la Guinée après 52 jours dans son territoire. Si j’ai aujourd’hui retrouvé les basses altitudes du nord, c’est par les montagnes et accompagné de Pedro, voyageur espagnol, que j’ai passé mes derniers jours, fantastiques, dans ce fascinant et accueillant pays qu’est la Guinée.

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c’est par les montagnes et accompagné de Pedro, voyageur espagnol, que j’ai passé mes derniers jours, fantastiques, dans ce fascinant et accueillant pays qu’est la Guinée.

Quand on parle du mot « Mali », on pense généralement à un pays. Moi-même ce n’est que très récemment que j’ai pris connaissance que Mali se trouve aussi être une petite ville isolée au nord de la Guinée.

Une ville qui pourrait être insignifiante placée sur une carte. Pourtant la petite ville de Mali est loin d’être insignifiante. Perchée à plus de 1’400 mètres d’altitude et par conséquent point culminant de mon périple en Afrique de l’ouest, Mali et ses proches environs ont un climat unique en Guinée et peut-être en Afrique de l’ouest.

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Perchée à plus de 1’400 mètres d’altitude et par conséquent point culminant de mon périple en Afrique de l’ouest

 

Et c’est avec Pedro, que j’ai retrouvé pour la 4ème fois après la Namibie, le Congo-Brazzaville et le Togo, que j’ai grimpé, non sans mal, en direction de Mali pour profiter d’une fraîcheur bienvenue et si rare en Afrique de l’ouest.

c'est avec Pedro, que j'ai retrouvé pour la 4ème fois après la Namibie, le Congo-Brazzaville et le Togo, que j'ai grimpé, non sans mal, en direction de Mali

c’est avec Pedro, que j’ai retrouvé pour la 4ème fois après la Namibie, le Congo-Brazzaville et le Togo, que j’ai grimpé, non sans mal, en direction de Mali

Par chance nous avons profité de la nouvelles route refaite l’année dernière. Une piste qui restera peut-être comme la meilleure piste que j’ai découvert en Guinée.

 

Une piste qui restera peut-être comme la meilleure piste que j'ai découvert en Guinée.

Une piste qui restera peut-être comme la meilleure piste que j’ai découvert en Guinée.

Une piste bien agréable, malgré quelques kilomètres à fort pourcentage, qui traverse une Guinée rurale habitée majoritairement par le peuple Peul. Un peuple très présent en Afrique de l’ouest et qui accompagne régulièrement ma route depuis le nord-est du Burkina Faso, il y a de cela près de 6 mois.

 une Guinée rurale habitée majoritairement par le peuple Peul

une Guinée rurale habitée majoritairement par le peuple Peul

Pourtant, malgré une forte dénivellation positive, ce n’est pas rejoindre Mali qui fut le plus difficile. Ce fut de la quitter. Redescendre. Car si la route du sud a été refaite l’année dernière, il n’en est rien de celle du sud, dont le préfet de Termesse, après 100 kilomètres sur une piste défoncée de manière difficilement imaginables, nous dira qu’elle n’a tout simplement jamais été refaite depuis l’indépendance en…1958. Et là quand vous vous dites que pour rester en bon état une piste se doit d’être refaite chaque année…

le préfet de Termesse, après 100 kilomètres sur une piste défoncée de manière difficilement imaginables, nous dira qu'elle n'a tout simplement jamais été refaite depuis l'indépendance en...1958.

le préfet de Termesse, après 100 kilomètres sur une piste défoncée de manière difficilement imaginables, nous dira qu’elle n’a tout simplement jamais été refaite depuis l’indépendance en…1958.

Pourtant, en tant que voyageur et même en poussant notre vélo pour franchir des cailloux parfois de la taille d’une roue, nous ne pouvons nous plaindre.

en tant que voyageur et même en poussant notre vélo pour franchir des cailloux parfois de la taille d'une roue, nous ne pouvons nous plaindre.

en tant que voyageur et même en poussant notre vélo pour franchir des cailloux parfois de la taille d’une roue, nous ne pouvons nous plaindre.

Déjà car c’est un luxe de voyager tel que nous le faisons. Découvrir le monde par plaisir et curiosité de le découvrir. Par choix de style de vie, avec des buts purement personnel. Et puis ici ces routes ne vont que flatter notre égo, nous amener des « souvenirs inoubliable », des histoires que je pourrai bientôt raconter à mon neveu, dès lors qu’il sera en âge de les entendres.

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ici ces routes ne vont que flatter notre égo, nous amener des « souvenirs inoubliable », des histoires que je pourrai bientôt raconter à mon neveu, dès lors qu’il sera en âge de les entendres.

Et peut-être même en vendre à un auditoire en recherche d’exotisme, enfermé dans la triste (?) réalité du matérialisme ambiant en Europe. Et des photos à me faire passer pour un Aventurier, un vrai de vrai avec son goût pour l’inutile dépassant tout bon sens. Alors que je ne le suis certainement pas, un aventurier. Et ce quel qu’en soit mon goût pour l’inutile et l’utilité que je daigne bien lui accorder.

 

 ici ces routes ne vont que flatter notre égo, nous amener des "souvenirs inoubliable"

ici ces routes ne vont que flatter notre égo, nous amener des « souvenirs inoubliable »

Donc non, je ne me plaindrai pas. Bien au contraire. J’irai même jusqu’à dire que j’ai eu du plaisir, et pas qu’un peu, à découvrir cette magnifique région que seule l’arrivé de l’Harmattan, ce foutu vent du nord qui balaie l’Afrique de l’ouest en cette saison, sera venu ternir un peu. La poussière qu’il transporte, cumulé à l’éclatante lumière des saisons sèches au ciel découvert, nous empêche de profiter des nombreuses vues que la route nous offre. Mais c’est aussi ça la saison sèche. Le vert se transforme en jaune. La boue en poussière. Le ciel clair, lavé par la pluie, devient un ciel « sale », « sur-éclairé » par le soleil éclatant d’Afrique qui transporte poussière résiduelle. La visibilité diminue nettement. Et si hier nous cherchions un toit pour nous abriter des pluies, aujourd’hui nous le cherchons pour nous abriter du soleil. Il n’y a donc pas de saison parfaite.

 J'irai même jusqu'à dire que j'ai eu du plaisir, et pas qu'un peu, à découvrir cette magnifique région que seule l'arrivé de l'Harmattan, ce foutu vent du nord qui balaie l'Afrique de l'ouest en cette saison, sera venu ternir un peu.

J’irai même jusqu’à dire que j’ai eu du plaisir, et pas qu’un peu, à découvrir cette magnifique région que seule l’arrivé de l’Harmattan, ce foutu vent du nord qui balaie l’Afrique de l’ouest en cette saison, sera venu ternir un peu.

Mais pourtant ces derniers jours en Guinée, partagés avec Pedro, furent vécu comme un délice. Les bivouacs le long des rivières qui nous offraient fraîcheurs et douches, puis chez l’habitant, rencontre souvent touchantes avec des gens à l’hospitalité bienveillante, sans parler des matchs de foot à l’ambiance électrique d’un Classico, m’ont parfois permis d’oublier la triste et dure réalité des habitants de cette région. Car disons-le, sur des route comme ça, si chaque déplacement à le goût de l’aventure pour le touriste qui les emploie, il a le goût du cauchemar, de l’enfer, pour les habitants qui les emploient au quotidien. On traverse ici des sous-préfecture sur une route classée nationale (!), la N9, où la faible existence d’électricité n’est due qu’aux initiatives personnels des habitants, mais où la 3G s’invitent dans chaque sous-préfecture et parfois même en brousse, au bord des rivières où nous bivouaquons. Un appel what’s app avec un pote entre Lausanne et la brousse guinéenne (!) à 7’000 km de là, me prend 5 secondes. Une visite à l’hôpital le plus proche ? De quelques heures à quelques jours…en espérant ne pas rester bloqué quelque part. Si je me fait mordre par un serpent, j’ai la connexion suffisante pour découvrir de quel espèce il s’agit et, qui plus est, pour savoir combien d’heure il me reste à vivre...Mais rien pour me soigner. Allez comprendre, en 3 jours nous avons vu 1 seul véhicule (hors moto) en marche. Un camion. Et il était totalement coincé et incapable d’avancer plus loin, en attente d’être dépanné et bouchant la route à tout 4 roues souhaitant s’aventurer par ici. Déjà qu’en temps normal il ne doit pas y en avoir beaucoup…

c'est aussi ça la saison sèche. Le vert se transforme en jaune. La boue en poussière. Le ciel clair, lavé par la pluie, devient un ciel "sale", "sur-éclairé" par le soleil éclatant d'Afrique qui transporte poussière résiduelle.

c’est aussi ça la saison sèche. Le vert se transforme en jaune. La boue en poussière. Le ciel clair, lavé par la pluie, devient un ciel « sale », « sur-éclairé » par le soleil éclatant d’Afrique qui transporte poussière résiduelle.

Et nous vivons là la saison sèche. En saison des pluies, c’est pire encore.

Vivre ça au quotidien, à notre époque -et même à une autre-, à quelque chose d’humiliant, je trouve. Il est facile de s’y adapter pour quelques jours. Le vivre au quotidien, c’est une autre histoire.

Pourtant, malgré ce quotidien rendu difficile par les conditions de vie actuelle, situation vécues à maintes reprises en Guinée et dans toute l’Afrique sub-saharienne en général (à différent « niveau » certes), la Guinée restera dans mon cœur et me rendra toujours heureux à l’heure de m’en souvenir. Et ce n’est pas d’un pays pauvre que je me souviendrai. D’ailleurs qu’est-ce que la pauvreté ? Ah ça, si l’Afrique et durant 3 ans m’a enseigné maintes choses, elle ne m’a certainement pas éclairé sur la pauvreté. Un terme qui aujourd’hui m’apparaît subjectif et dépendants des notions de chacun.

Je dirai plutôt qu’en me souvenant de cette Guinée là, et malgré quelques mots de certains, certes isolés, de colères ou de rancœur envers les blancs, toujours compréhensible et souvent justifié, je me souviendrai bien d’un pays riche. À condition de bien vouloir le comprendre, ce mot-là.

je me souviendrai bien d'un pays riche.

je me souviendrai bien d’un pays riche.

Ce matin je me trouve à moins de 50 km de la frontière sénégalaise que je traverserai demain, terminant ainsi mon périple de 52 jours en Guinée. Petit à petit, je réalise avec une certaine émotion que cette aventure en Afrique subsaharienne aura bel et bien une fin. Et qu’à défaut de jours, je peux déjà compter les semaines qui m’y séparent. Ces derniers mois, pourtant, je les ai vécu comme une douce, parfois rude, découverte de cultures et peuples colorés. Le Burkina Faso, « Pays des Hommes Intègres » la Côte-d’Ivoire, véritable « Terre d’accueil », accompagné des plus courtes parenthèse libérienne, pour « Parfum d’Amérique »et sierra-léonaise, « Au pays des Diamants », m’avaient tous redonné comme un second souffle dans ce voyage que j’avais senti s’essouffler à la sortie des difficiles régions d’Afrique Centrale. La Guinée, pour laquelle je n’ai pas de petits noms (mais en a-t-elle besoin ?), me donne plus encore l’envie de ne pas me précipiter pour rentrer.

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l’envie de ne pas me précipiter pour rentrer.

Olivier Rochat