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A travers le Haut Atlas

Km 60’384, Zeida, Maroc.

Rude et montagneux, sauvage et intraitable, magnifique pourtant.

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Après 6 jours et près de 450 kilomètres dans le haut atlas, je bascule de l’autre côté des montagnes, laissant derrière moi cette magnifique région du monde.

Et avec elle le Sahara. Pourtant, aux portes de ce dernier, se dresse le Djébel Ayachi, 3’700 mètres d’altitude, dont les derniers névés de neige n’ont pas encore fondu, comme un dernier témoignage du rude hiver qui marqua la région.

le Djébel Ayachi, 3'700 mètres d'altitude, dont les derniers névés de neige n'ont pas encore fondu

le Djébel Ayachi, 3’700 mètres d’altitude, dont les derniers névés de neige n’ont pas encore fondu

Mais c’est bien sous une écrasante canicule que je rejoints, enfin, le moyen Atlas. Mais que ce fût dur sur des pentes incessantes pour près d’une semaine gravissant tour à tour une quinzaine de cols dont la majorité à plus de 2’000 mètres d’altitude, frôlant parfois les 3’000.

je me suis enfoncé dans un Maroc rude, traditionnel et somptueux.

je me suis enfoncé
dans un Maroc rude, traditionnel et somptueux.

Mais qu’elle folie faut-il pour affronter, charger d’eau et de nourriture, de tels montagnes ? De tels monstre où la rudesse de certains de ses habitants semblent témoigner de la rudesse où se déroule la vie sous un tel climat? Où chaque village ou presque semble être séparé de son voisin par un col sinueux, une falaise, un ravin où se glisse, tant bien que mal, une route. Un sentier que l’on parcours à dos d’âne.

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À l’intérieur de gorges étroites où la piste qui y mène est, à de biens nombreux endroits, recouverte des éboulements récents

À 1’000 lieues du modernisme des jours derniers, je me suis enfoncé
dans un Maroc rude, traditionnel et somptueux. À l’intérieur de gorges étroites où la piste qui y mène est, à de biens nombreux endroits, recouverte des éboulements récents, au sommet de plateaux dénués de végétation qu’il me faut atteindre après d’interminables ascensions de plusieurs heures qui se redescendent presque à pied tant la pente est raide.

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À l’intérieur de gorges étroites

Jamais le terrain ne fut plat. Impitoyable. D’un rythme lent, presque celui de l’escargot, je me lance à l’assaut d’une montée intraitable. La route semble vouloir défier la gravité en s’élançant jusqu’au ciel mais, comme cloué à la route, mon chargement me ramène inévitablement à ma si simple et compliquée réalité terrestre. Parfois, il me faut même pousser, plantant mon regard sur le prochain virage en me persuadant d’y arriver. Puis recommencer au suivant, et ainsi jusqu’au sommet du col qui me verra basculer dangereusement de l’autre côté de la montagne.

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Après avoir tant lutté pour gravir cette montagne, il me faut maintenant lutter pour ne pas sombrer dans la descente.

Après avoir tant lutté pour gravir cette montagne, il me faut maintenant lutter pour ne pas sombrer dans la descente. Me voici littéralement aspiré par le centre de la terre. La gravité, cumulée au poids de mon chargement, me tire de toutes ses forces, semble vouloir me dévorer et, cumulant les virages par dizaines, mes freins sont mis à rudes épreuves. À tel point que lors des plus longues descentes, une douleur gênante me tord les doigts, m’obligeant même à m’arrêter brièvement, tant la pression exercée est forte et la douleur intense.

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Enfin, une fois la descente terminée, la pente reprend de plus belle. Le prochain col arrive déjà. Au soir, ce n’est pas mes mains qui seront douloureuses, mais bien mes jambes qui se forgent, peu à peu, à ce dur labeur.

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Le plus rude, peut-être. Le plus beau, certainement.

Pourtant cet univers intraitable est peut-être celui que je préfère. Le plus rude, peut-être. Le plus beau, certainement. Avec ces vallées étroites qui, parfois, se transforment en gorge étroites et caillouteuse, ses petites routes de montagnes où le trafic ne semble vouloir s’y aventurer. Sur certaines routes, je ne croiserai pas une seule voiture sur la journée entière. Seule deux motos et quelques mulets partageront, l’espace d’une brève rencontre, ma route.

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ses petites routes de montagnes où le trafic ne semble vouloir s’y aventurer.

Mais, renforcé par le fait de voyager en période du ramadan, la difficulté sera bien là. En effet, les quelques villages que je croisent semblent tous endormi lorsque je les traversent. Pas un café, pas un restaurant, pas même une boutique pourrait me servir de ravitaillement et la nourriture que je transporte ne sera pas de trop comme, parfois, l’accueil des habitants qui m’invitent à boire le thé, accompagné de quelques dattes, pain et confiture. Un accueil irrégulier qui contraste fortement avec l’agressivité des plus jeunes. « Msieu msieu l’argent l’argent » me lance une petite fille au visage cherchant ma pitié. Parfois, on s’accroche au vélo, cherchant à y prendre une bouteille où quelque chose qui traînerait alors que les plus téméraires me suivent sur plusieurs centaines de mètres, défiant sans vergogne toute forme de politesse. Allant jusqu’à cracher dans leur mains avant de chercher à me serrer la main en guise de salut, certains gosses viennent à tirer sur mes nerfs, bien plus que ne le pourrait n’importe lequel des cols que j’attaque.

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Les quelques villages que je croisent semblent tous endormi lorsque je les traversent.

Au fond, c’est bien deux mondes, deux réalités, qui se croisent comme ce fut le cas si souvent lors de ce périple africain. Pourtant, lorsqu’on me lance un ballon, en pleine traversée d’un village, c’est autour de ce dernier que s’improvise une partie. En cercle, puis en « tas désordré », bien vite rejoint par de jeunes adultes, la balle circule de pieds en tête. En sandale où à pied nu, chacun la renvoie en se prenant pour un Messi de l’Atlas. Autour de ce jeu, deux mondes se rejoignent brièvement pour ne former qu’un. Comme si souvent.

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le mois du ramadan, tout juste terminé, laisse place au mois de la coupe du monde.

Et dans un timing parfait, fruit du hasard, le mois du ramadan, tout juste terminé, laisse place au mois de la coupe du monde.

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Place au Dieu football.

Olivier Rochat

De retour sur la route

Km 59’829, Fqih Ben Salah, Maroc.

Le 5 juin 2018.

Je m’égare à travers la campagne marocaine, laissant l’étouffante ville de Casablanca derrière moi. Place, maintenant, à la tranquillité.

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De collines en collines, village après village, je découvre un nouveau visage, un de plus, à ce Maroc dans lequel j’ai déjà pédalé plus de 4’000 kilomètres.

De collines en collines, village après village, je découvre un nouveau visage, un de plus, à ce Maroc dans lequel j’ai déjà pédalé plus de 4’000 kilomètres. Loin des centres touristiques du pays, à mi-chemin entre montagnes et déserts, je découvre une région qui, sans être aussi spectaculaire que les précédentes, n’en demeurent pas moins agréable et plus encore, accueillante.

Aux chaudes journées de juin succède des nuits glaciales qui, me dit-on, n’ont rien de juin. Glaçantes comme l’est surtout l’hiver, elle me surprennent. Me glacent lors de mes premiers bivouac. M’obligeant même à ressortir mes habits chauds. Je m’emmitoufle alors du mieux que je peux, plongeant au plus profond de ma tente, là où le sac de couchage est bien chaud, après m’être cuisiné un couscous de fortune accompagné d’un thé, quelques biscuits. Il fait déjà bien nuit lorsque je m’enfonce enfin dans ma tente.

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Aux chaudes journées de juin succède des nuits glaciales qui, me dit-on, n’ont rien de juin.

Quelques minutes plus tard, une lampe torche vient se pointer sur moi. Un homme surgit, comme sorti de nulle part.

« De quel pays viens-tu me demande-t-il ? Ne veux-tu pas venir dormir chez moi, j’habite dans la ferme là-bas, derrière le virage ».

« Ah, je viens de Suisse!, lui répondis-je. Il est tard, est-ce que ça pose problème si je dors ici? »

« Non aucun souci. Ici au Maroc tu es en sécurité partout ». Continue t-il avant de me tendre un petit saut à l’intérieur duquel se trouve plusieurs yaourt dont je devine au premier coup d’œil leur fabrication maison.
« Tiens, prends en-un! Ils sont à la vanille ».

Je m’exécute avec plaisir, touché et amusé par cette rencontre, inattendue, avec cet homme qui m’offre à manger sans même que nous puissions clairement voir nos visages respectif. L’homme repart dans la nuit. Je m’endors enfin, avant de me réveiller quelques heures plus tard sous « l’éteincelance » de la (pleine) lune qui a fini par se lever.

Le lendemain, toujours sur les routes de campagne, je découvre un pays qui vit, sans surprise, au rythme du ramadan. Un peu au ralenti le jour, presque en accéléré la nuit.
Aux villages paisible, endormi le matin et doucement éveillé l’après-midi, succèdent les champs. On fait les foins.

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Aux villages paisible, endormi le matin et doucement éveillé l’après-midi, succèdent les champs. On fait les foins.

« Tu peux gagner jusqu’à 5 euros par heure, si tu travaille bien. On te donnera 2 dirhams (20 centimes) par botte. » me propose un homme, un marocain domicilié à Toulouse, venus rendre visite à sa soeur qui habite le village. « On forme des groupes de trois. Le travail commence le soir, se termine au matin. Là journée on dort. C’est comme ça. »

Cela ne me surprend guère. Au contraire, s’en est que plus logique. Effectuer ce travail en pleine journée, par cette chaleur, sans boire n’y manger, serait suicidaire. Mais travailler de nuit alors que je viens de reprendre la route ne m’enchante guère, aussi, je continue mon chemin.

Tout de rouge, les coquelicots égaient ma route qui s’enfile collines les unes après les autres, sans répits ni variation, comme pour me préparer aux montagnes vers lesquelles je m’approche sereinement. Les jambes lourdes car plus habituées aux collines après ces 5 semaines de pauses, j’avance lentement. Mais sereinement.

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Tout de rouge, les coquelicots égaient ma route qui s’enfile collines les unes après les autres, sans répits ni variation

Seule la gentillesse des marocains, qui me proposent parfois à manger en pleine journée malgré le ramadan, me sort brièvement de ma douce avancée. Et parfois me touche au cœur, lorsqu’on m’invite carrément… à l’hôtel. Comme quoi, l’hospitalité n’a pas de limite.

« Je n’ai pas de place chez moi », me dit Rachid qui insiste pour que je me repose ici, dans sa ville. Non content de m’offrir une nuit dans un hôtel, il me surprend quelques dizaines de minutes plus tard en m’apportant un plateau de nourriture dans ma chambre.

Touché par cette hospitalité spontanée, je reprends également des forces à l’entame des montagnes qui s’annoncent et qui, après quelques dizaines de cols encore, m’emmèneront en Espagne.

Mais si les paysages marocains ont longtemps semblé vouloir me retenir encore un peu dans cette Afrique, lorsque ceux-ci sont venus à manquer ce sont les gens qui, me semble-il, ont pris le relais.

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Non content de m’offrir une nuit dans un hôtel, il me surprend quelques dizaines de minutes plus tard en m’apportant un plateau de nourriture dans ma chambre.

Olivier Rochat

Au rythme du ramadan

Km 59’482, Casablanca, Maroc.

Après une longue pause de près de 5 semaines me voici de retour sur la route pour ce qui devrait être mes dernières semaines en Afrique.

En effet après plus de 2 mois au Maroc, partagé entre le Sahara et l’Atlas, déserts et montagnes, je suis retourné quelques temps en Namibie, sans vélo, pour y retrouver mon amoureuse. J’ai également essayé d’obtenir un visa pour l’Algérie. Mais après plusieurs refus catégorique, car les autorités algérienne applique le principe de réciprocité et le visa doit être obtenu dans mon pays de résidence et lui seul, comme c’est le cas pour les algériens souhaitant se rendre en Europe (et plus ou moins tous les africains) je me suis résolu à terminer mon périple africain par la traversée du détroit de Gibraltar et, donc, par le nord du Maroc.

Arrivé à Casablanca, les côtes espagnoles n’étaient plus qu’à 350 kilomètres et, pour la première fois depuis longtemps, je pouvais regarder l’Europe droit dans les yeux (ou presque) et un mélange d’excitation, de nostalgie et d’émotions m’a vite gagné.

Cependant, j’ai décidé de m’octroyer
un dernier détour (encore un) et, plutôt que de filer vers l’Europe, retourner dans l’Atlas marocain une dernière fois, profiter des paysages fabuleux du Maroc et, plus encore, de l’accueil incroyable qui les accompagne. Et puis un autre événement majeur est venu, encore, plus, motiver ces dernières semaines de route en Afrique : le ramadan.

En effet, depuis le 17 mai dernier, le Maroc et les musulmans du monde entier se sont mis au rythme du ramadan. Entre le lever du jour (l’aube) et le coucher du soleil, le pays tout entier se met à jeûner. Seuls les enfants, les malades et quelques exceptions ont alors le droit de manger ou boire durant la journée.

De retour de Namibie quelques jours après le début du ramadan, j’ai décidé de me prêter au jeu : les jours de repos je jeûnerai.

Profitant de l’accueil formidable de Rachid et de sa famille, je me plonge dans le rythme particulier du ramadan. Pour plus d’un mois le pays entier semble tourner au ralenti le jour avant de se réveiller au soir et de vivre pleinement la nuit. Le Maroc veille de nuit, et s’endort au matin.

À Casablanca avec Rachid et un ami, Zakaria

À Casablanca avec Rachid et un ami, Zakaria

Si cette année la durée du jeûne est plus courte au Maroc que dans les pays situé plus au nord, elle dure tout de même 16 heures. Ce n’est que peu avant 20 heures que les familles entières se rassemblent pour le F’tor, le repas du soir que l’on prend juste après la prière qui accompagne le coucher du soleil, la 4ème (il y’en a 5). S’il ne fait pas pleinement nuit, le soleil a bel et bien disparu lorsque nous entamons, affamé, le repas. Les rues de Casablanca, pourtant ville la plus peuplée du Maroc (du Maghreb même???), se vide complètement. Les voitures se sont toutes parquées, les boutiques sont fermées et la vie semble s’être arrêtée. Pourtant le Maroc ne dort pas, il mange. Il fête. En famille. Et pour ainsi dire, comme pour symboliser l’Afrique entière derrière ce simple terme : ENSEMBLE.

Mais c’est avec une simple datte que nous cassons le jeûne. Puis c’est d’un verre de jus de fruit « pressés maison » que l’on se désaltère et reprend des forces. Le festin peut alors débuter. Devant moi une table remplie de nourriture, spécialités marocaine. Les crêpes se dégustent avec du miel ou du fromage, lorsque ce n’est les deux à la fois. Des soupes de légumes viennent remplir le ventre en prenant le relais de petits « sandwichs » en tout genre, garni de kefta (sorte de viande hachées), de fromages, de légumes alors qu’un bol d’huile d’olive, si important au Maroc, accompagne presque chaque repas. Le tout, bien sûr, toujours accompagné de multiples thés. Dehors, les cafetiers et restaurateurs offrent un repas au plus démunis et, bien vite, les boutiques vont se réouvrir, les cafés se remplir et beaucoup vont vivre cette nuit dans son entièreté.

Ce n’est que vers trois heures que nous nous rassemblons à nouveau afin de prendre des forces pour la journée qui s’annonce. Vers 3h30, alors que les toutes premières lueurs du jour s’apprête à apparaître au fond de l’horizon, alors que l’aube pointe le bout de son nez, l’appel à la prière retentit. Beaucoup vont prier, je m’en vais dormir. Pour tous, une nouvelle journée de jeûne débute.

Le soleil se couche, nous cassons le jeûne

Le soleil se couche, nous cassons le jeûne

Olivier Rochat

Le Whisky Berbère

Km 49’482, Casablanca, Maroc.

Mes deux premiers mois de route au Maroc ont avant tout été centré autour des paysages aperçu dans ce spectaculaire pays d’Afrique du nord, véritable porte de l’Europe.

Il faut dire que je n’ai pas été déçu. Entre déserts et montagnes, falaises en bord de mer, oasis et sommets enneigés, j’ai côtoyé des paysages changeants et, naturellement, j’ai dû m’adapter au climat qui accompagne ces différences.

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Mes deux premiers mois de route au Maroc ont avant tout été centré autour des paysages aperçu dans ce spectaculaire pays d’Afrique du nord, véritable porte de l’Europe.

Et après le blanc de la neige fraîche des montagnes du Haut Atlas et la fabuleuse découverte de La Vallée Oubliée, c’est le vert des vallées du nord de cet impressionnant massif montagneux qui sont venues émerveiller encore un peu plus mes journées. Dans les vallées de l’Aït Bouguemez puis sa voisine de l’Aït Bou Oulli de petits villages aux maisons traditionnels côtoient la route comme ils le peuvent, poussant au haut d’un ravin où toute chute s’avèrera, c’est quasi certain, mortelle, au milieu d’un » pic rocheux  » qui fait d’un petit village de kasbah une citadelle imprenable avec en point d’orgue la toujours très belle mosquée, centre de tout village, ou au fond de ces vallées ou ma route ne s’aventure guère, laissant ce soin là à une mauvaise piste qui ne fera qu’isoler un peu plus le village. Une excursion pour le rejoindre me prendrait plusieurs heures parfois, tant la route qui y mène y est compliquée.

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l’Aït Bouguemez

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l’Aït Bou Oulli

Zigzaguant au milieu d’impressionnants canyons, à flanc de falaise ou surplombant un énorme fossé, la route que j’emprunte change de paysages en permanence. Durant plus d’une semaine pas un jour, pas une heure, pas même une minute, ne m’offrira pas de paysage surprenant, une vue nouvelle.

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Durant plus d’une semaine pas un jour, pas une heure, pas même une minute, ne m’offrira pas de paysage surprenant, une vue nouvelle.

Les sommets qui m’entourent, et notamment le M’Goun, deuxième sommet marocain, sont totalement recouvert de la neige fraîche tombée tardivement durant ce printemps aux allures hivernale. Mais aux fonds des vallées les champs verdits d’une herbe épaisse font fasse aux rouges des coquelicots, violets, jaunes et autres palettes colorées de milles fleurs qui, d’humeurs folles, viennent poser ici et là un peu de leur multiples couleurs et de leur magie. Parfois, j’avance même dans ce qui ressemble à une allée de fleur. Puis, en apercevant mes premières forêts de conifères depuis plus de 3 ans, placée au pieds d’imposantes falaises qui mènent droit aux vastes sommets enneigés, je me plonge dans des paysages du nord des alpes, me rappelant l’Autriche ou, plus sobrement, la Suisse d’où je viens , avant, au virage suivant, m’élançant dans une vallée bien plus sèche, de plonger dans le sud des alpes et je ne sais quel col ou vallée située entre Briançon et Monaco. Enfin, après deux cols d’altitude, je plonge sur plus de 40 kilomètre dans une vallée ou toute végétation a disparu.

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je me plonge dans des paysages du nord des alpes, me rappelant l’Autriche ou, plus sobrement, la Suisse d’où je viens

Seuls quelques palmeraies se dressent ici et là m’annonçant la traversée brève d’un village isolé. Me voici aux portes du Sahara.

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Me voici aux portes du Sahara.

L’éternel des montagnes n’a de plus bel opposé que l’éphémère des habits qu’elles portent, changeant de saison en saison et transformant chaque « virée » en quelques choses de bien particulier, rendant chaque journée unique et spéciale. Les montagnes ne semblent vouloir bouger, changer. De siècles en siècles elles semblent vouloir rester les mêmes, survivant même à la folie, laide et destructrice, des Hommes. Pourtant, l’habit qu’elles revêtissent est chaque jour un autre.

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L’éternel des montagnes n’a de plus bel opposé que l’éphémère des habits qu’elles portent, changeant de saison en saison

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Mais parfois cet habit n’est pas le plus agréable et c’est sous un épais brouillard, tenace et froid, que je grimperai l’interminable Tizi-n-Test: 38 kilomètres d’une pente douce et régulière me permettant, une énième fois, de passer au nord du massif. Mais cette fois sur les pentes du Djébel Toubkal, sommet du Maroc (4’167 mètres d’altitude), que la météo colérique ne me laisse guère apercevoir. Et puis c’est Marrakech, temple du tourisme, mélangeant vieux et neuf, conservatisme et modernisme comme rarement, qui me sert de porte de sortie de l’Atlas. La jet-set côtoie les Souks de la même manière que les montagnes côtoient les pleines. Le Sahara n’est qu’à une centaine de kilomètres. La neige encore moins. L’océan Atlantique à peine 200 et, en ligne droite, rejoindre l’Europe ne me prendrait pas plus d’une semaine.

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Mais parfois cet habit n’est pas le plus agréable et c’est sous un épais brouillard, tenace et froid, que je grimperai l’interminable Tizi-n-Test

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le Djébel Toubkal, sommet du Maroc (4’167 mètres d’altitude),

Le Whisky berbère

En quittant Marrakech je fonce droit sur Casablanca, véritable capitale économique d’un pays en plein développement économique. Plus de 4 millions d’habitants se serre en bordure de l’Atlantique. Pour y parvenir je redécouvre les plaines, peuplées de champs de blé, où rien ne semble pouvoir freiner le vent propulsé par la mer. Très vite la circulation m’étouffe et avancer devient presque survivre. Je change à nouveau de monde, du traditionnel je passe à l’industriel. Du conservatisme je passe au modernisme. Heureusement pour moi, un seul commun semble vouloir lier tous les marocains, ou pour le moins la majorité (l’adjectif « tous », de même que  » tout », « toujours » et « jamais » ne sont généralement rien d’autres que des exagérations -à part en mathématique-), l’hospitalité. Hébergé par un restaurateur un jour, un épicier le lendemain, un étudiant un autre jour puis un chômeur le surlendemain, l’hospitalité reste. De l’océan indien à la méditerranée, de la forêt tropicale au Sahara, l’hospitalité reste. Elle reste et semble vouloir me garder. Me refuser ce départ, ou ce retour c’est selon, qui s’approche à grand pas.

 

Si le vent ma chanceusement aidé dans le Sahara, peut-être qu’elle ne voulait me faire souffrir. Mais si les paysages ont été si beau, que le vent m’a tant freiné dans les montagnes et que l’hospitalité me retient toujours un peu plus, c’est que l’Afrique ne veut pas me voir partir. Ou alors est-ce moi qui ne veut pas. Qui me refuse à cela.

Et à défaut d’alcool, c’est autour d’un  » whisky » un brin spécial, que l’on m’invite ici et là : celui qu’on appelle parfois le « whisky berbère ». Autrement dit le thé que l’on boit tant par ici. Et qui, bien souvent, se partagera jusqu’à très tard autour d’un tajine dégusté tardivement, parfois même après minuit.

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e thé que l’on boit tant par ici. Et qui, bien souvent, se partagera jusqu’à très tard autour d’un tajine dégusté tardivement, parfois même après minuit.

 

Olivier Rochat

Ouzighmt, la Vallée oubliée

Les derniers jours ont été parmi les plus beaux et difficiles de tout le voyage. Avec près de 20’000 mètres de dénivelé positif en moins de 10 jours sur 600 kilomètres à peine et 8 cols à plus de 2’000 mètres d’altitude, j’ai pris de la hauteur. Mais cette hauteur, les chiffres ne font que la symboliser, elle fût avant tout magnifique, presque magique. Un « higlight » en quelques sortes. Le tout est allé crescendo et c’est le week-end dernier, probablement, que le sommet a été atteint. La route pour rejoindre et quitter la vallée de l’Ouzighmt, la « vallée oubliée », fut scandaleusement belle.

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Ouzighmt, la « vallée oubliée »

J’ai choisi quelques images mais mettre des mots fut bien plus compliqué. Je m’y suis attelé, voici le récit qui en est sorti :

OUZIGHMT, LA VALLÉE OUBLIÉE

Km 58’549, Tabant, Maroc.

Voyager reste finalement un acte personnel dont chaque voyageur trouve ses propres raisons, voir objectifs, pour mener ses pas où bon lui semble. Pour ma part, le voyage au long court, s’il mélange de biens nombreux aspects à mes yeux, reste avant tout la découverte de cultures différentes de la mienne et des rencontres qui en débouchent. Pour faire court, l’humain. Paysages et dépassement de sois, s’ils font partie de la route, sont relégués au second plan.

Paysages et dépassement de sois, s'ils font partie de la route, sont relégués au second plan.

Paysages et dépassement de sois, s’ils font partie de la route, sont relégués au second plan.

Pour aller dans ce sens, l’Afrique que j’ai découverte fût un véritable paradis de cultures, de croyances et de religions différentes vivant les unes dans les autres, les unes avec les autres, où « l’organisation sociale » sort bien souvent des « logiques » dites européennes, beaucoup plus centrées sur le résultat, la rentabilité et la compétition pour justifier une action, une lois, une réforme ou autre. Une « logique du résultat », où le résultat justifie l’action parfois bien même avant toute morale, qui ne s’applique, à mes yeux tout du moins, que très rarement en Afrique. Mon rapport au monde, et à la vie en général, y a été bouleversé, testé de jours en jours, violenté parfois, récompensés toujours. Ici, l’individu passe souvent après la société, les traditions, et avec mon mode de voyage quotidien, c’est-à-dire « solitaire qui ne voyage pas par nécessité », je me suis retrouvé en quasi permanence en contradiction générale avec les cultures et réalités que je découvraient, d’une part à grande majorité incapable de se financer même de courtes vacances, d’autre part dont la culture ne permettrai pas une telle épopée, et ce quel qu’en soit le niveau de richesse, car la famille, la religion et les traditions passent bien avant toute considération individuel « d’expérience sportive ou spirituel n’ayant pour but d’améliorer le niveau de vies des siens ».

Mais malgré ma réalité bien différente de la leur, l’hospitalité fut au centre du voyage, et ce quel qu’en soit le niveau de vies de mes hôtes, extrêmement varié d’un jour à l’autre, pouvant passer de la malnutrition à la haute bourgeoisie sans frontière ni distance aucune. Tout en restant acteur principal d’un périple fascinant, j’ai été, tant de fois, spectateurs neutre de plusieurs monde, l’étranger qui ne fait que passer. Porte de sortie pour les uns, curiosité pour les autres, rares ont été les regards négatifs, jaloux voire méprisants, à mon égard. Le manque d’éducation, donc de tact et de manière, comme principal moteur de ces quelques « écarts « . Parfois, un geste ou une parole raciste est venue se perdre, il est vrai, au milieu de cet océan d’humanité. Une goutte d’eau dans un vaste océan. Espions pour les uns,  » chercheurs » pour les autres, voire journalistes, vendeurs (!???) ou immigrés illégal quelques fois, mes raisons de voyager ont pu être mises en doutes par certains mais, malgré l’incompréhension de beaucoup, hospitalité et bienveillance sont restés mes guides principaux. L’Afrique sait accueillir, ce n’est un secret pour personne. Ou, tout du moins, ce ne devrait l’être.

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L’Afrique sait accueillir, ce n’est un secret pour personne. Ou, tout du moins, ce ne devrait l’être.

Mais parfois ces principes réels et fondateurs ont été bousculés pour laisser place à d’autres. Ainsi certaines régions, certains moments, certaines routes, ont retenu mon attention avant tout pour le « feeling » directement ressenti sur la route. Un mélange de différents facteurs, du paysage à la difficulté, souvent mis en avant par le contexte d’approche, voir le climat vécu durant ces moments. Un tout très précaire et instable, guidé par un peu d’adrénaline, voir de risques. Le plaisir ressenti durant ces moments est vécu pleinement, avec intensité, et la véracité de ce plaisir dépendra avant tout de l’équilibre entre les différents moments qui forment cet instant, parfois prolongé pour plusieurs jours. Porté, nourris par les paysages qui l’entoure, la difficulté d’une route, qu’elle soit boueuses ou col raide de haute montagnes, aura tendance à bonifier ce ressenti finalement très personnel et basé sur un fait important : la connaissance de soi-même. Et ce à tous les niveaux. De manière crescendo, le mélange de ces différents éléments m’a parfois porté très « haut » tout en sachant qu’une limite, limite invisible bien sûr, ne devait pas être franchie. Si tel était le cas, d’une difficulté bien trop importante par-exemple, le plaisir ne serait plus là, plus ressenti, et n’ayant pas construit ni rêvé ce voyage autour d’un accomplissement physique, la raison de continuer dans la même direction sera naturellement remise en cause, voire abandonnée pour une autre direction plus en équation avec mes besoins, éthiques et envies.

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certaines régions, certains moments, certaines routes, ont retenu mon attention avant tout pour le « feeling » directement ressenti sur la route.

Cette limite invisible, elle se délimite par la connaissance de soi-même, dont chacun possède les clefs en lui mais ne les trouvera ni en face d’un professeur ni d’une page wikipédia.

Et, lorsque les éléments sont réunis, lorsque l’alchimie prend forme, ce voyage intense et profond, teinté de spiritualisme autant que d’individualisme, peut débuter. Dès lors tout est possible. Et ce n’est pas le ciel qui dira le contraire, puisque lui-même, souvent, est convié à l’histoire. Les barrières mentales sont pulvérisées, les barrières physique sont explorées, ce voyage particulier peut commencer.

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ce voyage intense et profond, teinté de spiritualisme autant que d’individualisme, peut débuter

Ces derniers jours dans le haut atlas marocain furent sans conteste de cet acabit. Je les qualifierai simplement, et sans exagération, de splendides et changeants, avec des paysages de plusieurs genres, tantôt alpin puis saharien, des routes virevoltantes qui m’ont fait gravir des montagnes enneigées, une difficulté physique, voir climatique, amenant suffisamment d’adrénaline et un risque suffisant pour me faire garder les pieds sur terre et suffisamment faible pour ne pas me sentir en danger. En quelques jours j’ai vécu une amplitude thermique de près de 50°C avec un ressenti de -15 sur les pentes du Tizi n’Ouano et plus de 30 à Ouarzazate, aux portes du Sahara, quelques jours plus tard. Me réhabituer au froid fût une expérience aussi intéressantes que brève. En quelques jours un 20°C est passé d’un ressenti de froid à celui d’agréables, puis de chaud. Un bon 30°C de température normale à caniculaire.

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En quelques jours j’ai vécu une amplitude thermique de près de 50°C avec un ressenti de -15 sur les pentes du Tizi n’Ouano et plus de 30 à Ouarzazate, aux portes du Sahara, quelques jours plus tard.

Bref, un « highlight » total, que je n’avais plus vécu depuis la piste d’Orupembe dans le fabuleux désert namibien, une piste comptant parmi les plus isolées d’une des régions les plus isolées du monde. Piste tantôt caillouteuse puis terriblement sableuse au milieu de grands espaces peu habités, si ce n’est par des animaux sauvages.

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la piste d’Orupembe dans le fabuleux désert namibien

Mais laissons la Namibie et revenons au Maroc et au haut atlas, plus précisément dans la région du M’goun, deuxième plus haut sommet marocain. Au sud de ce dernier, le Sahara. Au nord, des vallées verdoyantes habitées de forêts et de champs qui se parsèment de fleurs en tout genre, roses, violettes, rouges et j’en passe, en ce printemps. Les villages construits en kasbah, maisons traditionnel, apportent un charme encore plus authentique à cette région du monde. Ces deux mondes à la fois si proches et si différents sont séparés par de nombreuses montagnes. Au centre de cet impressionnant massif, pourtant l’une des régions les plus touristiques et explorées du Maroc, se trouve une vallée isolée, au développement précaire, presque oubliée du reste du monde et même du Maroc : la vallée de l’Ouzighmt (Ouzirimt).

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Enclavée au milieu d’impressionnantes montagnes dont les sommets flirtent parfois avec les 4’000 mètres d’altitude, la vallée est presque totalement coupée du reste du pays durant la moitié de l’année.

Enclavée au milieu d’impressionnantes montagnes dont les sommets flirtent parfois avec les 4’000 mètres d’altitude, la vallée est presque totalement coupée du reste du pays durant la moitié de l’année. Les montagnes entourant la vallée forment un véritable mur, magnifique certes, qui se recouvrent de neige en saison hivernale, et parfois pour plus longtemps encore. Pour rejoindre la vallée une seule solution s’offre à vous: franchir les montagnes. Un peuple nomade s’y installe voici plus de trois siècles et, jusqu’à très récemment encore, les habitants de la vallée, à peine plus de 2’500 aujourd’hui encore, les franchissent à pieds ou à dos de mules chargées qui reste peut-être le moyen le plus sûr et efficace de se déplacer dans de tel région.

Bientôt une piste franchit les montagnes, reliant la vallée de l’Ouzighmt à celle de l’Aït Bouguemez au nord, et par la même occasion, au reste du pays. C’est en franchissant un col, le Tizi n’Ait Imi, qui culmine à plus de 2’900 mètres d’altitude, que l’on quitte la vallée et ses paysages merveilleux.

Mais ce n’est que très récemment, il y a 2 ans selon mes sources, qu’une piste est
entièrement refaite du sud du massif jusqu’au nord de ce dernier. Sur 70 kilomètre le massif est ainsi traversé, franchissant 3 cols à plus de 2’900 mètres d’altitude. La vallée de l’Ouzighmt a ainsi une liaison routière avec les villes et villages du nord du massif, mais aussi du sud. On débute même la construction d’une route goudronnée (15 km à ce jour), une école voit le jour et la vallée s’ouvre peu à peu au reste du monde.

A travers les montagnes

Lorsque je prend connaissance de cette route, je n’hésite pas longtemps. Je me sens comme happé par l’idée de cette difficile, imposante mais spectaculaire traversée du haut atlas qui forme un passage entre le sud, le Sahara, et le nord, les forêts, du pays.

Une violente tempête recouvre le haut Atlas et le nord du pays lorsque je que profite de me reposer un peu. À la fin de cette dernière, soleil et calme reprennent leur droit. Les paysages, quant à eux, sont époustouflant. Les sommets se sont recouverts d’une épaisse couche de neige. Je me lance.

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Soleil et calme reprennent leur droit. Les paysages, quant à eux, sont époustouflant.

La piste, caillouteuse quoique plutôt bonne, ne va pas me laisser de répit. Jamais. Mais les paysages vont me porter, me nourrir, durant toute cette traversée.

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La piste, caillouteuse quoique plutôt bonne, ne va pas me laisser de répit.

Dès les premiers kilomètres, la piste s’enfonce dans une gorge étroite. D’énormes blocs de pierres me surplombe alors que certains reviennent même à l’intérieur de la route, au-dessus ma tête. Puis, sur une dizaine de kilomètres en fonds de vallées, je découvre les premiers sommets recouverts d’une magnifique neige fraîche tombée la veille. La route continue à travers de paisibles villages où l’âne semble le moyen de transport le plus utilisé, on me salue avec un brin de distance alors que quelques chèvres se déplacent ici et là, affrontant sans hésiter les pentes les plus raides. Enfin, en milieu de matinée, à la sortie du village d’Ameskar, l’ascension du premier col débute pour de bon.

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Dès les premiers kilomètres, la piste s’enfonce dans une gorge étroite.

Et quel ascension!

Il s’agit, selon mes sources, de la 3ème plus haute piste du Maroc puisque le col, le Tizi El Fougani, culmine à 2’999 mètres d’altitude. Sur à peine plus de 9 kilomètres la route grimpe un dénivellé de 900 mètres. Une pente impressionnante et sans repos, si ce n’est par les virages en épingles, au nombre de 27, qui se succède les uns après les autres de manières impressionnantes. Leur passage constitue un repère visuel, une sorte d’objectif à atteindre, tout en me permettant de garder le cap. A chacun d’eux, la vue augmente, encore et encore. En me dirigeant sur l’un, je profite d’une vue, de plus en plus belle, sur la vallée que je laisse en contrebas. En me dirigeant sur l’autre, j’aperçois, et même plutôt bien, le col et la route qu’il me reste à parcourir. Les virages se succèdent et, même en avançant lentement puisqu’il me faut parfois pousser, je gagne rapidement en altitude et atteint les premiers névés, la neige. Elle qui recouvre en partie les derniers kilomètres du col, bien que la route reste pratiquable puisque quelques bus locaux, bien chargés et portant des hommes jusque sur le toit, dévalent lentement la pente, témoignant ainsi du bon état général de la route.

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Les virages se succèdent et, même en avançant lentement puisqu’il me faut parfois pousser, je gagne rapidement en altitude et atteint les premiers névés, la neige

C’est naturellement bien entamé que j’atteins le col, profitant du mieux que je peux des vues spectaculaires sur la vallée, et même le plateau, que je laisse derrière moi. Usé par cette ascension vertigineuse, digne de mes plus belles découvertes alpines d’alors, j’ai l’impression d’être sur le toit du monde ou, tout du moins, de l’Afrique ou du Maroc. Pourtant, il n’en est rien. Balayé par le vent violent qui souffle en quasi permanence à une telle altitude, je ne m’attarde guère ici, me protégeant du vent tant bien que mal afin de reprendre des forces puisqu’un autre col, certes bien plus court, m’attend. Mais à peine le sommet du col atteint, la route esquisse un virage puis bascule brusquement sur la vallée suivante m’offrant un panoramas plus beau encore, celui des sommets enneigés qui, dorénavant, ne me distance que de quelques kilomètres. Dès lors la beauté des paysages va aller crescendo et ce pour plusieurs jours encore.

Le deuxième col est franchi beaucoup plus rapidement mais ne va manquer de m’achever pour le restant de la journée. De toute manière il se fait tard et, profitant d’un panoramas splendide sur la vallée, perdue et sauvage, de l’Ouzighmt que j’atteints enfin, j’effectue un bivouac à plus de 2’600 mètres d’altitude. Splendide. Glacial.

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j’effectue un bivouac à plus de 2’600 mètres d’altitude. Splendide. Glacial.

Au matin le ciel est dégagé et ne sera de trop pour rassembler mes forces afin de grimper le col qui arrive sans repos, le Tizi n’Ait Imi.

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Au matin le ciel est dégagé et ne sera de trop pour rassembler mes forces afin de grimper le col qui arrive sans repos, le Tizi n’Ait Imi.

 

Celui-ci est moins raide et les premiers kilomètres se font sans grande difficulté, si ce n’est par la fatigue cumulée depuis plusieurs jours et les milliers de mètres de dénivellation cumulés au Maroc. Les virages en épingles se suivent ici aussi, me permettant « d’affronter » la montagne sans trop de mal tout en profitant des splendides montagnes qui m’entourent. Un vaste panoramas de sommets enneigées qui entourent cette vallée comme une prison entoure son prisonnier.

Un vaste panoramas de sommets enneigées qui entourent cette vallée comme une prison entoure son prisonnier.

Un vaste panoramas de sommets enneigées qui entourent cette vallée comme une prison entoure son prisonnier.

Cependant un obstacle bien plus grand qu’une pente va venir freiner mon avancée: la neige! Ici, elle est tombée en plus grand nombre lors de la tempête d’il y a deux jours et n’a visiblement pas encore fondu.

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un obstacle bien plus grand qu’une pente va venir freiner mon avancée: la neige!

Très vite, à mesure que je monte, les névés se forment et, la neige fondant face aux températures printanières du jour, un petit ruisseau se forme sur la route. Mais, à mesure que je monte en altitude, la neige tient de plus en plus, parfois sur toute la largeur de la route, parfois me laissant un petit espace pour pédaler. Les 5 derniers kilomètres d’ascensions vont durer plusieurs heures. Parfois, la neige a déjà fondu sur le bord de la route, m’offrant quelques dizaines de centimètres pierreux lorsque ce n’est boueux, pour y pousser mon vélo en flanc de ravin. A d’autres, je n’ai d’autres solutions que de marcher en pleines neiges. Lentement je monte ainsi le col, vite rejoint par un homme, peut-être encore plus perdu que moi, qui voyage en moto. Pour lui, l’ascension est bien plus difficile. Il me demande la route; « c’est par ici Tabant? ». « Oui oui, c’est par là! ». Je m’y rend moi aussi.

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Les 5 derniers kilomètres d’ascensions vont durer plusieurs heures.

De toute manière, cela ne va pas se faire sans mal. Parfois, sur les versants les plus exposés au soleil, la neige a déjà fondu et, en quelques minutes, il parcourt un chemin qu’il me faudra près d’une demi-heure pour gravir. Le reste du temps, la situation s’inverse. Mais la neige a beau freiner le cyclo, elle ne le stoppe pas. Elle ne me stoppera pas.

Mais la neige a beau freiner le cyclo, elle ne le stoppe pas. Elle ne me stoppera pas.

Mais la neige a beau freiner le cyclo, elle ne le stoppe pas. Elle ne me stoppera pas.

Atteignant le col en début d’après-midi, je me doute bien qu’une partie plus difficile encore m’attend: la descente. Oui la descente non pas parce qu’elle descend, mais car je m’attaque à la face nord de la montagne, moins exposée au soleil et où la neige, en toute logique, devrait s’y trouver en plus grand nombre encore. Et ça ne va pas manquer, une fois le col atteint je bascule encore dans un autre monde. Dans un premier temps la vue sur la vallée de l’Aït Bouguemez me laisse bouche bée. J’aperçois les près verdis plus de 1’000 mètres en bas de moi, eux-mêmes entourés de forêts surplombées des innombrables sommets enneigés. Mais visiblement les saisons se mélangent dans un périmètre restreint puisque les 3 premiers kilomètres du col sont entièrement recouverts de neige et parfois de gonfles…plus hautes que moi. Le vent a soufflé du nord durant la tempête, atteignant même les 80 km/h. La neige fut balancée contre la montagne et la route, plate face au ciel, a servi de « point de stockage ». Alors qu’elle ne s’est accumulée que d’une dizaine de centimètres sur les pentes, elle dépasse parfois le mettre sur la piste.

 

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Dans un premier temps la vue sur la vallée de l’Aït Bouguemez me laisse bouche bée.

Il me faudra lutter, pousser mon vélo sur l’extrême bord de la route, au bord d’un ravin de plusieurs centaines de mètres où une chute pourrait très bien m’être mortel, puis transporter, tirer, soulever, tout mon équipement au milieu de cette neige aussi épaisse que collante, pour pouvoir passer. Après plus de 3 ans à gérer la chaleur, gérer la neige m’apparaît brièvement comme un mirage perdu au milieu de ce périple. Une parenthèse insensée alors qu’à une centaine de kilomètres au sud d’où je me trouve, débute le Sahara.

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l me faudra lutter, pousser mon vélo sur l’extrême bord de la route, au bord d’un ravin de plusieurs centaines de mètres où une chute pourrait très bien m’être mortel, puis transporter, tirer, soulever, tout mon équipement au milieu de cette neige aussi épaisse que collante, pour pouvoir passer.

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Les traces qu’il a déjà laissé me laisse au milieu de deux murs de neige énormes

Enfin, lorsque j’arrive au bout de mes peines, un tracteur arrive. Il vient probablement pour essayer de tracer la route, bien que je doute fortement qu’il y arrive aujourd’hui. Les traces qu’il a déjà laissé me laisse au milieu de deux murs de neige énormes puis, un peu plus bas, la neige fondue transforme la route en champ de boues. Le bus qui précède ne va pas pousser l’expérience plus loin, les occupants l’ont bien compris. Tour à tour, chacun sort du bus, portant sur son dos ses victuailles, puis s’en va, à pied, afin de rentrer chez soit. De retrouver la vallée de l’Ouzighmt.

Tour à tour, chacun sort du bus, portant sur son dos ses victuailles, puis s'en va, à pied, afin de rentrer chez soit. De retrouver la vallée de l'Ouzighmt.

Tour à tour, chacun sort du bus, portant sur son dos ses victuailles, puis s’en va, à pied, afin de rentrer chez soit. De retrouver la vallée de l’Ouzighmt.

Je les regarde un peu, admiratifs devant les quelques heures de marche qui les attendent. Silencieux, rompus à la rudesse de cette vie là, ils sont peut-être les vrais héros de notre époque. Ils ne se plaignent pas. Ils marchent.

Un groupe de 3 4X4 arrive. On discute brièvement, ils sont français, je leur indique que je doute qu’il puisse passer avec leur engin, aussi puissant soit-il. Mais je n’insiste guère, de toute manière, on ne me prend jamais au sérieux.

10 minutes plus tard, ils me dépassent dans l’autre sens. Un détour de près de deux cent kilomètres les attends.

 

Enfin, bercé par la douceur qui me gagne à mesure que la piste se découvre de sa neige, laissant place à la boue puis à une piste sèche, je me laisse descendre sur la vallée de l’Aît Bouguemez où les paysages fantastiques me bouffent à tour de rôle, à chaque virage, ne laissant vivre qu’émotion. Ne laissant vivre que les yeux, et le cœur pour les guider.

je me laisse descendre sur la vallée de l'Aît Bouguemez où les paysages fantastiques me bouffent à tour de rôle, à chaque virage, ne laissant vivre qu'émotion.

je me laisse descendre sur la vallée de l’Aît Bouguemez où les paysages fantastiques me bouffent à tour de rôle, à chaque virage, ne laissant vivre qu’émotion.

 

Olivier Rochat