Archives pour la catégorie Etape N°9 : Danané – Dakar

Le voyage est découpé en plusieurs étapes. Retrouvez ici tous les articles de la neuvième étape : Danané – Dakar

D’une Afrique à l’autre

Km 54’367, Keur Macène, Mauritanie.

Voici un récit de mes derniers jours de route au Sénégal et de mon arrivée en Mauritanie. Écrit le 27 janvier 2018.

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C’est avec un brin de nostalgie que j’ai quitté le pays de la Teranga, le Sénégal. Ces derniers jours y auront été délicieux et agréable, tout en gardant un peu de leur rudesse. Mais plus que jamais, jusqu’au dernier jour, le pays de la Teranga (Teranga=accueil, hospitalité) n’aura aussi bien porté son nom que durant cette dernière semaine, passée entièrement avec Pedro. Chaque nuit, en demandant au chef du village, nous sommes bien accueilli. Nourri à foison, invité à boire le thé ou le si important café Touba. Chaque jour nous rencontrons des sénégalais parlant espagnol qui partagent volontiers la discussion avec Pedro. Je les regardes sans vraiment les écouter. Enfin si. Mais sans les comprendre. Ce qui s’en rapproche grandement. L’accueil aura donc été royal et seul les pistes, parfois bosselées, souvent venteuse et par moment horriblement sableuse, nous auront apporté ce brin de rudesse que, au final, nous aimons tant.

L'accueil aura donc été royal

L’accueil aura donc été royal

Les innombrables épineux du Sahel auront contribué à cette rudesse. Record battu avec 6 crevaisons en 1 seule journée. Le tout sur une piste tellement sableuses que parcourir 5 kilomètres nous aura pris plusieurs heures.

sur une piste tellement sableuses que parcourir 5 kilomètres nous aura pris plusieurs heures.

sur une piste tellement sableuses que parcourir 5 kilomètres nous aura pris plusieurs heures.

Entrecoupée, certes, de cette indescriptible Teranga, symbole premier – selon moi – de l’Afrique de l’ouest, lorsque nous sommes invités à manger dans un village. Un premier plat arrive. Nous avons très faim. Il est suffisant. Mais vient le deuxième. Impossible de le terminer. Vient ensuite le troisième plat. Il faut goûter. Nous goûtons. Et trois autre plats suivront. 6 plats pour deux, de la nourriture pour 15 personnes offertes à deux étrangers, record battu là aussi. Et après on nous dit que l’Afrique ne mange pas à sa faim… Nous avons failli exploser.

6 plats pour deux, de la nourriture pour 15 personnes offertes à deux étrangers

6 plats pour deux, de la nourriture pour 15 personnes offertes à deux étrangers

C’est ainsi, dans un accueil total, que nous avons rejoint le fleuve Sénégal. Fleuve qui sépare le Sénégal de la Mauritanie. Et, d’une certaine manière, l’Afrique noire de l’Afrique du nord. Ou pas vraiment. Mais un peu quand même.

 

 Le fleuve Sénégal. Un fleuve qui sépare le Sénégal de la Mauritanie.

Le fleuve Sénégal. Un fleuve qui sépare le Sénégal de la Mauritanie.

En quittant l’Afrique noire

En effet la Mauritanie est un pays bien particulier. D’une superficie deux fois supérieure à celle de la France, il n’est peuplé que de 3,7 millions d’habitants, dont beaucoup de sénégalais venus y travailler. De fait, avec à peine 3,5 habitants au kilomètres carré il est le troisième pays le moins densément peuplé d’Afrique, après la Namibie et le Botswana. Partagé entre le Sahel, au sud, et le Sahara, dans sa majeure partie, le pays s’étend sur plus d’un million de kilomètres carrés, allant des côtes atlantiques à l’ouest, au Sénégal, au sud, puis jusqu’au dunes du Sahara bordant le Mali et l’Algérie.

Sa géographie la rapproche plus de l’Afrique du nord.

La Mauritanie fait encore partie -politiquement en tout les cas- de l’Afrique de l’ouest. Pourtant sa culture l’y éloigne beaucoup alors que sa géographie la rapproche plus de l’Afrique du nord. Cette dernière ne vas d’ailleurs pas sans me rappeler le Soudan d’il y a 3 ans, partagé entre Sahel et Sahara lui aussi – mais à l’est du continent – énorme territoire dont certains recoins demeurent parmi les plus chauds et sec au monde (Wadi Halfa, au Soudan, est cité par certains comme le deuxième lieu habité le plus sec au monde après un village chilien – moyenne annuelle de …0,0 mm de pluie – Dongola, ville nubienne elle aussi, comme la ville la plus ensoleillée du monde -plus de 4’000 heures de soleil par an). Pays que j’appelle parfois « pays tampon », celui qui permet de passer de l’Afrique arabe à l’Afrique noire. Les pays au nord bordent la méditerranée. Au sud la forêt tropicale. Ni Afrique subsaharienne ni Afrique du nord. Ou peut-être un peu des deux à la fois.

C’est aussi un pays dont on me questionne souvent au vu de sa sécurité, là encore comme ce fût le cas au Soudan. S’il est vrai qu’une partie du pays est certainement instable et dangereuse, plus particulièrement lorsque l’on est blanc – c’est à dire une cible de choix, qui se revend à bon prix- la partie ouest, longeant l’Atlantique, est beaucoup plus abordable et sous contrôle policier.

Nous entrons par la petite frontière de Diama, que l’on nous a dit beaucoup moins « bordélique » que la terrible Rosso. En effet nous ne nous sommes pas trompés, les formalités de visa sont obtenues sans difficultés ni tentatives de corruptions, au prix indiqué, soit 55 euros pour une durée de 1 mois. Les gens nous laissent tranquille. Presque trop facile.

Dès lors, longeant le fleuve Sénégal mais de l’autre côté cette fois, côté mauritanien, nous entrons en République Islamique de Mauritanie.

Dès lors, longeant le fleuve Sénégal mais de l'autre côté cette fois, côté mauritanien, nous entrons en République Islamique de Mauritanie.

Dès lors, longeant le fleuve Sénégal mais de l’autre côté cette fois, côté mauritanien, nous entrons en République Islamique de Mauritanie.

Dès la première ville, Keur Macène, nous apercevons un premier choc culturel, si j’ose. Les Maures, les riches commerçants, peuples arabes vêtus de bleu et blanc que nous apercevions régulièrement depuis deux jours déjà, se mélangent – sans vraiment se mélanger – aux noires, les ouvriers. Une nouvelle Afrique débute. L’Afrique arabe pointe son nez, sans pour autant que l’Afrique noire ne soit réellement terminée. Le Sahara se rapproche également, amenant avec lui un changement brutal et fantastique à la fois. Un fantasme de gosse pour moi. Celui des grands espaces et du désert aux nuits fraîches et étoilées et aux journées chaudes et venteuses.

Les Maures, les riches commerçants, peuples arabes vêtus de bleu et blanc que nous apercevions régulièrement depuis deux jours déjà

Les Maures, les riches commerçants, peuples arabes vêtus de bleu et blanc que nous apercevions régulièrement depuis deux jours déjà

Et puis le muezzin fait maintenant partie à part entière du quotidien, bien qu’il m’accompagne régulièrement depuis plusieurs semaines déjà. Chaque matin nous nous réveillons à son son qui nous surprendra encore à tout moment du jour. L’islam semble avoir définitivement pris le pas sur toute tentative de « déviance morale ». Il semble régler la société d’une main de maître. Alcool et cigarette ont cette fois disparu de tous lieux public, comme remplacés par le thé et la prière. Les contrôles de polices sont aussi du quotidien. Mais jusqu’ici beaucoup plus bureaucratique que de mauvaise fois, ils ne viennent en rien ternir cette nouvelle étape fascinante qui me plonge soudain dans une nostalgie certaine. Celle de l’Afrique noire que je laisse derrière moi. Ici la religion semble réglée au millimètre près. Paradoxe certain tant la société semble désorganisée. Les détritus jonchent les rues, les plastiques s’embrochent sur les épineux, les animaux morts pourrissent au milieu des rues, bref, « tout » semble traîner sans que cela ne gène personne. La prière, elle, semble organisée au millimètre près.

le muezzin fait maintenant partie à part entière du quotidien

le muezzin fait maintenant partie à part entière du quotidien

Pourtant, en me plongeant vers cette autre Afrique, je ne peux que me sentir empli de joie et de bonheur. De curiosité également. Un changement radical est en train d’opérer. Il est aujourd’hui inévitable et, plus que ça, il a déjà commencé. Après 3 années entières en Afrique subsaharienne, une page se tourne. Et avec cette autre qui s’ouvre, je ne peux nier ce retour qui s’approche à grand pas. Cette Europe qui est juste là. À la fois si proche et si loin, rendue insaisissable par le Sahara qui m’en sépare. Et puis si malsaine par cette situation terrible et honteuse de notre époque: ce Sahara que je m’apprête à traverser par plaisir, quoi qu’on en dise, c’est le même que des milliers, marchandés comme du bétail, traversent par fuite. Celle des espoirs nouveaux. Pour ne pas dire désespoir tout court. Celle des migrants qui coûtent cher ». Trop, peut-être, quand on n’a pas la bonne couleur de peau pour « s’attaquer » à des états corrompus, eux, par l’ultra compétivité qui règne en premières religions dans ces mêmes états dit laïque et de droits, bien plus souvent de droite. États moralisateur aux possibles. Un comble profond au vu de leur démocratie grandement dépendantes d’États dictatoriaux ainsi que d’un simple regard sur l’histoire. Sur notre histoire. Qui est la « leur » également.

Ne l’oublions pas.

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Après 3 années entières en Afrique subsaharienne, une page se tourne

Olivier Rochat

Aux portes du Sahel

Km 53’917, Mbaké Kayor, Sénégal.

Après une pause à Dakar, ma vie « routière » a repris les devants. Avec cette fois un vrai adieu à l’Afrique sub-saharienne, Dakar étant ma dernière capitale de cette partie du continent, bien que Nouakchott, capitale de la Mauritanie et dernière d’Afrique de l’ouest pour moi, se trouve sur mon chemin. Mais Nouakchott, c’est déjà le Sahara. Au-delà duquel ce sera l’Afrique du nord.

Aux portes du Sahel

Aux portes du Sahel

 

Peuplée de plus de 3 millions d’habitants,  plus développée -selon moi- que la majorité des villes d’Afrique de l’ouest que j’ai découvert (Accra et Abidjan mis à part), Dakar n’en reste pas moins chaotique. Son trafic dangereux lancé dans tout les sens et à toutes les allures, du gros 4X4 de luxe à la charrette en passant par les bus bondés et les voitures de sport, m’a rappelé que le vrai danger ici – et à travers le monde en général – ce n’est pas le terrorisme, les guerres, le climat ou les vols. C’est la circulation. Mais l’histoire ne m’est que trop bien connue, je ne l’ai que trop racontée, aussi je ne vais la répéter. J’ai survécu au trafic et si Dakar me fut -parfois- douce, c’est avant tout, et presque uniquement, grâce aux rencontres et moments partagés. Autant le dire tout de suite, le retour en Afrique rurale, je l’attendais. C’est celui que je préfère.

les 2 roues 4 pattes des charrettes remplaçant celui des 4 roues motrices,

les 2 roues 4 pattes des charrettes remplaçant celui des 4 roues motrices,

 

L’air plus respirable des campagnes remplaçant celui pollués des villes, les invitations à manger incessantes remplaçant les incessantes demandes d’argent, les 2 roues 4 pattes des charrettes remplaçant celui des 4 roues motrices, les villages chantant la vie remplaçant ces villes où les chants s’étouffent bien -trop?- vite dans le brouhaha général. Pourtant, je m’avoue un certain attachement, certes bref et relatif, à ces grandes villes qui, en toute objectivité, ne m’ont rien d’agréable et surtout pas en Afrique.

Peut-être que pour faire plus que voir l’Afrique, oserais-je dire la vivre, il faut passer de l’un à l’autre. Peut-être que j’ai besoin de ces moments de pollution chaotique, ce mode « survie » où la jungle est routière et où vivre est devenu, en soit, une compétition, pour mieux apprécier l’essentiel, ces petits moments qui font tout, que je retrouve dans chacun de ces villages où l’eau se cherche au puits, où l’on dit bonjour. Où chaque petite chose coûte un effort mais personne n’est endetté. Où la vie semble avoir gardé un peu du peu de sens que nous arrivons parfois à lui donner.

pour mieux apprécier l'essentiel, ces petits moments qui font tout, que je retrouve dans chacun de ces villages où l'eau se cherche au puits, où l'on dit bonjour.

pour mieux apprécier l’essentiel, ces petits moments qui font tout, que je retrouve dans chacun de ces villages où l’eau se cherche au puits, où l’on dit bonjour.

Ces villes, celles de plusieurs millions d’habitants, me fascinent, à la manière d’un serpent avalant sa proie vivante, autant qu’elles m’effraient. Je ne les aimes pas. Parfois pas du tout. Mais j’aime ne pas les aimer. Les craindre. Me laisser attraper, survivre à leur venin, puis m’enfuir à nouveau. Autrement dit, je suis content d’être parti. Bizarrement, je serai content d’y revenir. L’Afrique est un tout dont je n’ai pu saisir qu’une infime partie. Quelques grains de sables au milieu du Sahara, tout au plus. Mais chaque grain de sables est essentiel à ce tout. Dakar en fut une dune entière, il m’est temps d’en découvrir d’autres.

 

Mais en laissant Dakar derrière moi je m’attaque au Sahel. Cette bande de terre séparant le sud du Sahara du reste du continent, de la Mauritanie à l’Érythrée (Soudan ?). La végétation y devient plus relative, formée d’innombrables épineux qui font de chaque sortie de route, pour un bivouac sauvage par-exemple, un suicide en crevaison. Ou presque. Nous vivons la saison sèche et le peu d’herbe qui survit encore à pris la couleur de la poussière mais les paysages totalement plats de cette partie du Sénégal se laissent dominer par l’un des roi d’Afrique : le baobab.

en laissant Dakar derrière moi je m'attaque au Sahel.

en laissant Dakar derrière moi je m’attaque au Sahel.

Cet arbre qui, selon la légende, trop orgueilleux, n’accepta de cesser de grandir. Il voulait toucher le ciel. Se montrer le plus haut, le plus beau, le plus fort. Dieu, cherchant plus d’égalité dans le monde qu’il avait créé, décida de le punir. Il le déracina et le planta dans l’autre sens, « tu peux continuer de grandir si tu veux, mais tu le feras dans le sol! ». C’est pourquoi il a de si petites branches malgré son tronc énorme. Ses « racines en l’air » ne sont pas à la hauteur de son tronc majestueux, presque humiliant pour les autres végétaux survivant tant bien que mal dans ces contrées arides.

Cet arbre qui, selon la légende, trop orgueilleux, n'accepta de cesser de grandir.

Cet arbre qui, selon la légende, trop orgueilleux, n’accepta de cesser de grandir.

Épargné, jusque là, par l’Harmattan, vent soufflant du nord qui balaie toute l’Afrique de l’ouest, j’ai rapidement rejoint Pedro, avec qui je vais traverser le Sahara et sa solitude, le vent, et retrouver l’Afrique du nord, plus de 3 ans après l’avoir quitté. Pedro m’attendait depuis Noël avec Rita et Fernando dans le village de Ndem où se tient un projet écologique. Rita et Fernando ont quitté le Portugal voici 1 an et demi pour découvrir l’Afrique à vélo. toujours dans la bienveillance du village de Ndem et de ses habitants.

 

Une manière bien douce de quitter Dakar et aborder ce challenge mental qui s’annonce.

 

Cet arbre qui, selon la légende, trop orgueilleux, n'accepta de cesser de grandir.

Cet arbre qui, selon la légende, trop orgueilleux, n’accepta de cesser de grandir.

Vous pouvez suivre Rita et Fernando sur leur page facebook biciculturindo

Olivier Rochat

Gambie

Km 52’235, Sukuta, Gambie.

Le premier adjectif qui me vient à l’esprit en plaçant la Gambie sur la carte, c’est « petit ». Heureusement, il y en a d’autres qui suivent.

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Heureusement, il y en a d’autres qui suivent.

Oui car cela n’a rien de péjoratif mais la Gambie est bel et bien le plus petit pays d’Afrique continentale, seul 5 états indépendant sont plus petits et ils sont tous des îles. Il s’agit du Cap-Vert, des Seychelles, des Comores, de l’île Maurice ainsi que de São Tomé et principe. En comparaison, l’Algérie, plus grand pays d’Afrique (10ème au monde), est 210 X plus grande que la Gambie (!). Sans prendre en compte que la Gambie est le 6ème pays africain dont le territoire est le plus recouvert d’eau (en pourcentage). En effet 11% du territoire gambien est « fait » d’eau, majoritairement du fleuve Gambie qui a donné son nom au pays. Et en regardant sur la carte, on comprend mieux pourquoi.

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Le pays entier s’articule autour de ce fleuve

Le pays entier s’articule autour de ce fleuve qui prend source en Guinée, traverse le sud du Sénégal avant d’entrer le territoire gambien à son extrême est et d’aller se jeter dans l’océan Atlantique 300 kilomètres plus loin. On obtient là une superficie particulière, une bande de terre longue de 320 kilomètres d’est en ouest et large de 20 à 50 kilomètres seulement. De plus, mis à part son accès à la mer à l’ouest, la Gambie n’a qu’un seul voisin, le Sénégal. Ce qui n’a pas empêché au douanier de la frontière de Badiara, après une petite heure de fouille plus curieuse que de mauvaise foi, de me demander: « alors qu’elle est ton prochain pays après la Gambie? ». J’ai presque eu envie de lui répondre le Nigeria ou la Finlande (au hasard)… Mais bon, la géographie ne me laissant pas le choix, je lui ai donc répondu  » le Sénégal ! ».

Mais pour éviter de m’y retrouver trop vite, au Sénégal, j’ai logiquement décidé de traverser le pays d’est en ouest.

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j’ai logiquement décidé de traverser le pays d’est en ouest.

Traversant le Gambie (le fleuve donc) à deux reprises j’ai profité d’avoir cette fois le vent avec moi. L’Harmattan qui, soufflant depuis le Sahara (nord-est), m’a poussé durant 300 kilomètres en direction de l’océan, partie agréable et hautement profitée tant l’on m’a promis l’enfer pour les 3’000 prochains kilomètres qui m’attendent pour rejoindre l’Atlas marocain.

Traversant le Gambie (le fleuve donc) à deux reprises.

Traversant le Gambie (le fleuve donc) à deux reprises.

Bien que sympathique et parfois très joli avec ses petits villages aux petites maisons rondes et où la circulation principale est constituée de charrette qui m’ont rappelé au Sahel burkinabé, le pays reste très plat, de petites collines tout au plus. Les baobabs et autres gigantisme de la nature m’ont offert une atmosphère particulière, belle sans être extraordinaire, idéale pour repartir du bon pied après 2 semaines « émotivement » difficile où, dans une Afrique pourtant beaucoup plus facile que celle découverte lors des derniers mois, j’ai eu un peu de mal a trouver ma place. Trouver mon rythme. À me demander presque ce que faisais là, les nerfs épuisé et l’irritation fréquente. J’en ai même pris quelques distances, effectuant de nombreux bivouacs solitaire à parler aux étoiles. Histoire de me retrouver. Et d’éviter, aussi, de manquer de respect à une population qui n’a certainement pas demandé à ce que je vienne traverser sa Terre.

ses petits villages aux petites maisons rondes.

ses petits villages aux petites maisons rondes.

Mais peu à peu, retrouvant le rythme plaisant de longue étapes, de nuits solitaires entrecoupée du simple partage des bords de route, cumulés à d’autres particulière, tel cel avec Markku, finlandais qui a tout quitté en Europe pour venir s’installer dans un village, en totale immersion avec les locaux, et vivre plus simplement en cultivant du manioc et quelques autres végétaux, j’ai retrouvé ma bonne foi et un peu de bon sens.

où la circulation principale est constituée de charrette qui m'ont rappelé au Sahel burkinabé.

où la circulation principale est constituée de charrette qui m’ont rappelé au Sahel burkinabé.

C’est finalement le long d’une plage vide et « agréablement agréable » que j’ai passé mon après-midi de Noël, loin, très loin, de la campagne isolée et poussiéreuse que je traversais il y a quelques jours à peine.

loin, très loin, de la campagne isolée et poussiéreuse que je traversais il y a quelques jours à peine.

loin, très loin, de la campagne isolée et poussiéreuse que je traversais il y a quelques jours à peine.

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Un Noël qui fût doux et presque insignifiant tant il n’avait rien d’un Noël, certainement pas le stress, peut-être quand même la douceur. Sur les plages de Gambie je me suis souvenu mon dernier Noël, au Cameroun, que je pensais être le dernier en Afrique – de ce voyage pour le moins – alors en pleine crise de malaria. Un simple geste devenait une aventure. Aller aux toilettes (la diarrhée), un enfer. S’endormir, un rêve. Parfois j’en venais à penser qu’il pourrait bien être le dernier tout court.

Mais la douceur de cette après-midi est venu presque clôturer cette année particulière, difficile, partagée entre retrouvailles et maladie, rencontres et découvertes, de manière opposée. Inattendue je l’avoue et l’admet, tout en le prenant volontiers.

Je me tourne déjà vers Dakar, la capitale sénégalaise, ma dernière en Afrique subsaharienne, à elle seule deux fois plus peuplée que toute la Gambie. Ce n’est pas tant le trafic ou le -relatif- confort des capitales qui m’intéressent, mais bien des retrouvailles. Car si ma route est toujours solitaire, mon cœur ne l’est plus tellement. Il temps, grand temps, de le laisser s’exprimer un peu avant d’entamer la dernière partie de mon périple africain, le Sahara. Du sud au nord, donc face au vent, le fameux Harmattan, peut-être la plus pénible de toute.

Et avant cela, Dakar. J’y terminerai cette année. Et y débuterai la prochaine.

la douceur de cette après-midi est venu presque clôturer cette année particulière.

la douceur de cette après-midi est venu presque clôturer cette année particulière.

Olivier Rochat

Casamance

Km 52’719, Vélingara, Sénégal.

En (re)franchissant la frontière sénégalaise la semaine dernière, j’ai soudain ressenti comme un « éclair d’émotions », de sentiments mélangeants nostalgie et frissons, un peu comme s’il me fallait trouver ma place entre un départ et une arrivée, certainement quelque chose de difficilement définissable, pour ne pas dire indéfinissable. Une émotion à la fois triste et joyeuse, un  » au revoir  » couplé d’un « bonjour ». J’ai regardé le douanier tamponner mon passeport tranquillement, « Plaf! », laissant apparaître à la page 28 de mon passeport un nouveau tampon qui disait, en 3 « étages » : « Poste frontalier de Mpak. Vu à l’entrée. 12 décembre 2017″.

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Un tampon comme j’en ai eu des dizaines en Afrique, 91 pour être précis (soit 46 entrées et 45 sorties). Une routine quand on voyage » au long cours ». Celle des frontières. Pourtant, pour la première fois, j’ai ressenti « la fin ». La fin, ou le début de la fin. Bizarrement puisqu’il me reste plus de 6’000 km avant de rejoindre l’Espagne, mais  le Sénégal est mon dernier pays d’Afrique subsaharienne, bien que la Gambie vers laquelle je me dirige est encore au programme (je retournerai au Sénégal après l’avoir traversé).

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le Sénégal est mon dernier pays d’Afrique subsaharienne

Pour la première fois, j’ai ressenti cette sensation  » d’être en train de rentrer », sans savoir ni ce que cela veut dire, ni si ce n’est plutôt un « en train de partir » qui correspondait le mieux à cet étrange sentiment. Celui d’être un étranger qui s’est tant acclimaté – ou a essayé- a ce « statut », qu’il se demande si « chez lui », lorsqu’il y rentrera, il ne se sentira pas à nouveau étranger. Et si ce terme, étranger, à encore un sens où s’il se détache de son origine. « L’étrange » de l’étranger, est devenu le normal de la normalité.

Pourtant, heureusement peut-être, il m’en reste des choses à découvrir, à pédaler, à rencontrer. À commencer par cette partie du Sénégal francophone, « coincée » entre la Gambie anglophone et la Guinée-Bissau lusophone, région qui a longtemps lutter pour son indépendance -et lutte encore ?- et dont l’on m’a souvent parlé, région qui s’articule autour d’un fleuve qui porte le même nom: la Casamance.

région qui a longtemps lutter pour son indépendance -et lutte encore ?

région qui a longtemps lutter pour son indépendance -et lutte encore ?

Dès mon entrée en Casamance, je découvre un pays plat et, comme l’on m’a dit, plus tropical que la majeure partie du pays, et également d’un développement qui m’apparaît supérieur à que ce que j’ai vécu les 3 derniers mois en Guinée-Bissau, Guinée ou encore Sierra-Leone. Même si c’est très relatif.

Après quelques jours de repos à Ziguinchor, plus grande ville de Casamance, je reprends ma route à travers cette région qui s’étend d’ouest en est sur plusieurs centaines de kilomètres, à peine quelques dizaines du sud au nord. La nouvelle route goudronnée « Made In America » me facilite le voyage, et seul l’Harmattan, vent venant du nord soufflant à cette période de l’année, qui m’offre là ses premiers baisers, semble me freiner un peu -il fait plus que semblant d’ailleurs-. À mesure que je vais me rapprocher du Sahara, il va s’intensifier. Pour l’instant, je ne m’en formalise pas. J’aurai tout le temps d’y penser à l’approche du Sahara.

 

 La nouvelle route goudronnée "Made In America"

La nouvelle route goudronnée « Made In America »

Parfois, le Casamance, par l’un de ses zigzags, m’offre quelques vues et de son impressionnante largeur lorsque je le traverse en pirogue. De nombreux oiseaux, parfois magnifique aux couleurs bleutées, s’envolent à mon passage lorsque ce n’est pas un singe qui s’enfuit en me voyant.

 le Casamance, par l'un de ses zigzags, m'offre quelques vues et de son impressionnante largeur

Le Casamance, par l’un de ses zigzags, m’offre quelques vues et de son impressionnante largeur.

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Le long du goudron les villages se comptent par dizaines, comme pour me rappeler, peut-être, de l’impact économique des routes goudronnées, ici en Afrique, par rapport à celles qui ne le sont pas. Dès que je m’égare sur les pistes, la quantité de villages bordant la route diminuent drastiquement et alors qu’avant je faisais difficilement plus d’un kilomètre sans rencontrer quelqu’un, j’en fais maintenant rarement moins de dix, facilement 50 pour trouver une gargote et/ou un petit marché. Je retrouve ainsi de ma tranquillité, cassée parfois par la poussière jetée par les véhicules passant à vive allure, quand ils ne sont pas trop chargé pour cela, puis par l’un ou l’autre village où je ne passe pas inaperçu.

comme pour me rappeler, peut-être, de l'impact économique des routes goudronnées, ici en Afrique, par rapport à celles qui ne le sont pas.

comme pour me rappeler, peut-être, de l’impact économique des routes goudronnées, ici en Afrique, par rapport à celles qui ne le sont pas.

« Toubab, Toubab » me lance-t’on, comme pour me rappeler à ma couleur de peau qu’ici il m’est impossible d’oublier. Auxquels il me faut souvent ajouter les « donne-moi… ». Donne-moi le drapeau, le sac, le maillot, la bouteille…

J’avoue sentir de l’irritation, certainement pas totalement justifiée, une pointe de fatigue par rapport à cela. J’en garde le sourire, quelques mots de Pular appris en Guinée, que l’on parle ici aussi, bien qu’ils différent un peu. Les adultes sont plus polis, et débute alors le  » bal des bonjour ». Combien y’a t’il de manière de se dire bonjour en Afrique de l’ouest ? Je ne peux pas les compter, et j’avoue douter que quelqu’un le puisse. Mais quand l’on vient d’un pays où dire bonjour à un inconnu n’est pas forcément commun -parfois même à un connu d’ailleurs-, en tant qu’inconnu, je ne peux m’en plaindre. Au contraire, c’est magnifique ! Et qui plus est en 60 secondes chrono, certainement moins, je n’en suis plus un, d’inconnu. Bientôt je m’appelle à nouveau Olivier, et pour un peu je serai sénégalais. Plus je passe vite, plus je suis le Toubab à qui l’on dit « donne-moi ». Plus je m’arrête, et plus la situation évolue. Symbole même, à mon avis, des relations humaines en Afrique.

 

 Plus je passe vite, plus je suis le Toubab à qui l'on dit "donne-moi". Plus je m'arrête, et plus la situation évolue.

Plus je passe vite, plus je suis le Toubab à qui l’on dit « donne-moi ». Plus je m’arrête, et plus la situation évolue.

Un homme, à pied, me coupe la route. Il me veut de l’argent, quelque chose, j’en suis sûr. Je m’arrête néanmoins.

« D’où viens-tu », me lance-t-il.

« Ah je suis Suisse! »

« Ah tu es Suisse! » Et il se retourne en me disant d’attendre et criant  » Nouha, Nouha, vient vient, il y a un frère de Suisse qui est là. « 

Je passerai deux heures en compagnie d’un thé, d’un énorme (c’est le mot) plat de riz, de Nouha qui connaît Lausanne autant bien que moi (je ne l’invente pas) et de certains membre de sa famille.

Je passerai deux heures en compagnie d'un thé, d'un énorme (c'est le mot) plat de riz, de Nouha qui connaît Lausanne autant bien que moi (je ne l'invente pas) et de certains membre de sa famille.

Je passerai deux heures en compagnie d’un thé, d’un énorme (c’est le mot) plat de riz, de Nouha qui connaît Lausanne autant bien que moi (je ne l’invente pas) et de certains membre de sa famille.

L’Afrique est rude et prend toujours -ou presque- des chemins compliqué. Et puis l’Afrique demande. Demande. Demande. Encore et encore, sans jamais sembler vouloir s’arrêter. Elle demande. Pourtant au final, et même si elle ne reçoit pas, elle offre. Ce qu’elle a, elle l’offre. Elle finit toujours par l’offrir. Le lit, l’eau pour se laver. La nourriture plus que de raison, un sourire sortant sous le manguier. Et c’est là tout son paradoxe, toute son humanité. Si l’Afrique m’a appris une chose, c’est peut-être à recevoir. Un merci tout au plus. Et aujourd’hui, pour la première fois depuis plus de 3 an, je pose le regard futur sur un « ailleurs » prochain. Et même s’il est trop tôt pour m’y concentrer, même si l’Afrique est encore là, à respirer avec moi, ensemble, je me demande si je dois m’en réjouir. Si un ailleurs existe pour moi. Ou tout du moins, à quel niveau…

Entre deux villages, j’attends que la nuit tombe. Que la moto passe et s’en aille. J’attends d’être seul. Enfin je m’enfonce pour quelques dizaines de mètres dans le bois.

J’ai besoin d’être seul. De parler aux étoiles. Ce soir, c’est mon luxe à moi. Le luxe parfois, c’est la tranquillité. Ici et maintenant, ce luxe-là prend tout son sens pour moi. Je suis fatigué. Personne ne m’a vu. Je plante ma tente au « milieu » des bois. J’entends le serpent qui grince contre ma tente. Ce n’est qu’un insecte. Le lion qui rugit à la sortie du bois. Ce n’est qu’un âne, têtu comme toujours. Deux singes qui ont l’air de se battre, une musaraigne qui vient grailler mes sacoches, les oiseaux qui parfois ébruitent les feuilles. Et je m’endors sur le chant, d’une rime inchangée, presque immortel, insolente de régularité, des criquets. La tête aux étoiles avec qui je partage mes derniers mots ce soir. Des mots de pensées, comme bien souvent.

Je plante ma tente au "milieu" des bois.

Je plante ma tente au « milieu » des bois.

Histoire de me rappeler, encore une fois, à quel point je ne suis rien. Une pensée au milieu de l’univers, tout au plus.

Ce soir en Casamance, quelque chose a changé.

Ce soir en Casamance...

région qui s’articule autour d’un fleuve qui porte le même nom: la Casamance.

Olivier Rochat

En Guinée-Bissau

Km 52’939, Quebo, Guinée-Bissau.

Pendant 10 jours j’ai découvert certaines des routes de la Guinée-Bissau, petit pays d’Afrique de l’ouest.

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Un pays où il me fut difficile de réellement me « plonger » dans sa population et la culture qui l’accompagne, tel que je l’avais fait notamment au Burkina Faso, en Côte-d’Ivoire et en Guinée, trois « pays coup de cœur » et surtout par sa population accueillante et colorée, toujours bienveillante et souriant la vie.

Sauf qu’ici en Guinée-Bissau on parle le portuguais, héritage colonial. Héritage également ressenti dans certains village ou ville, dont le centre est parfois construit d’anciens bâtiments colonial souvent abandonné, au mieux repeint. Bien sûr, le portugais est une langue relativement proche du français. Et même si ça ne l’était pas, il n’appartiendrait qu’à moi de l’apprendre. Qui plus est de nombreux bissau-guinéen parlent un peu le français ou l’anglais. Parfois ce sont des guinéens francophone travaillant ici que je croise mais les discussions restent très limitée, sans compter l’énorme différence culturel qui nous sépare, comme dans le reste de l’Afrique subsaharienne. Différence qui, je l’avoue, empêche bien souvent des discussions allant plus loin que de simples questions d’origines, de prénoms, d’âge ou de raison de voyager.

 

C’est donc un peu plus en « retrait » que je m’égare dans la campagne de ce petit pays d’une taille inférieur à celle de la Suisse.

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les pistes tantôt sableuses, bonnes, puis caillouteuse, où je croise quelques villages isolés

 

Les passages goudronnés viennent après les pistes tantôt sableuses, bonnes, puis caillouteuse, où je croise quelques villages isolés et, presque systématiquement, sans le moindre petit commerce, cafétéria ou autre. Au mieux une pastèque, vendue par un vieil homme au bord de la route, me rafraîchira pour un moment. Je ne suis pas à plaindre, c’est certain.

 

Malgré cette difficulté linguistique, difficulté relative certes mais qui me donne l’impression de voyager nu tant l’usage de la parole est important ici dans cette Afrique rurale -une « non-salutation » est vue comme une insulte, une provocation, et dans chaque village l’étranger est censé se présenter-, je fais de belles rencontres et notamment avec Issufi qui a beaucoup voyagé en Europe et notamment en Suisse qu’il connaît bien. Partageant le repas puis passant la nuit chez lui, je peux enfin laisser « sortir les mots », jusqu’ici coincé quelques part en bouche mais retenu, au moment de sortir, par le fait qu’ici, bien souvent, personne ne les comprends.

je fais de belles rencontres et notamment avec Issufi qui a beaucoup voyagé en Europe

je fais de belles rencontres et notamment avec Issufi qui a beaucoup voyagé en Europe

Plus loin c’est Idriss, un jeune Sierra-Leonais qui m’invite chez lui après que l’un des deux drapeaux que j’accroche -sans réelle raison- au devant de mon vélo, drapeau Sierra-Leonais et libériens, l’a interpellé. Modeste, il vit dans une chambre à peine plus grande que son lit, comme c’est souvent le cas dans les villes, mais mon matelas à suffisamment de place pour se glisser confortablement derrière ce dernier. Idriss passe le plus clair de son temps au marché à réparer tout types d’appareil électronique pour survivre. Mais dans un pays où le chômage est probablement plus proche des 100% que des 50%, la vie reste simple et peu diversifiées, chacun survivant du mieux qu’il peut avec ce lointain mais certain rêve en toile de fonds pour la majorité des gens: l’Europe. L‘Europe, la belle Europe, là où la vie est si belle et douce, si riche et si géniale, comme aime à me le rappeler le généreux Idriss dans peut-être la moitié des phrases qu’il m’offre. Suivent ces discussions sans queues ni tête où j’essaie d’expliquer quelque chose à quelqu’un qui, visiblement, ne veut ni ne peut comprendre, et que je ne comprends probablement pas moi-même. L’Europe vue de l’Afrique m’apparaît bien souvent comme une « exoplanète en zone habitable  » doit l’être aux yeux d’un scientifique cherchant à trouver une vie extraterrestre dans l’univers. On vit que pour ça, au point d’en oublier que jusqu’à preuve du contraire, il n’y a que chez nous, sur notre belle petite planète que la vie habite. Que la vie se passe. Que la vie vit.

Mais la critique est bien facile, surtout d’un type « venant d’ailleurs », parti « vivre ailleurs », un ailleurs qu’il ne fait que traverser et dont l’impact sur les communautés qu’il découvre est quasi nulle, au mieux souvenir, au pire oublié. Parfois un tantinet amélioré, si j’ose, par les quelques dollars qu’il laisse derrière lui. Ils nourriront une bouche pour un ou deux ou repas. À peine plus.

Finalement je laisse Idriss derrière moi après quelques beaux matchs de foot regardé, puis reprant ma route zigzaguant du nord au sud, puis du sud au nord, dans ce bien petit pays.

C’est au sud-est du pays que j’ai trouvé mon bonheur, le long du parc national de Dulombi-Boe. Sur les pistes forcément. Ces bonnes vieilles pistes d’Afrique de l’ouest souvent défoncée, au trous de la taille de mon vélo, aux nombreux passages caillouteux avant de me mettre à pousser dans le sable, porter mon vélo pour traverser des rivières sans pont ni pirogues puis me retrouver sur un fin sentier où l’herbe dépasse allègrement ma taille et dont la rosée matinale, venue se déposer à grosses gouttes sur chacun des milliers de bruns d’herbes qui me « fouettent, me trempe littéralement. Le genre de pistes qu’une fois dessus, tu n’essaies que de quitter. Et qu’une fois derrière toi, de retrouver.

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l’herbe dépasse allègrement ma taille et dont la rosée matinale, venue se déposer à grosses gouttes sur chacun des milliers de bruns d’herbes qui me « fouettent, me trempe littéralement.

Un cauchemar pour les habitants du coin. Un paradis pour les voyageurs en guise de découvertes loin des grands axes routiers ou touristiques de notre monde. Oui, c’est égoïste.

Mais ne faut-il pas l’être un peu, égoïste, pour partager mots et photos depuis un téléphone portable qui, inévitablement, d’une manière ou d’une autre, contribue par sa seule création, via l’exploitation minière et meurtrière du Coltan, au massacre de centaines de milliers de personnes à l’est du grand Congo? Ne faut-il pas l’être, égoïste, pour lire et regarder ces mêmes mots et images sur ce même putain de téléphone ? Ne faut-il pas l’être, égoïste, pour accepter, ou choisir, de vivre heureux dans ce monde-là? Celui du permanent « fait ce que j’dis, mais pas ce que j’fais! », d’un monde où, dirait-on, les lois ont pris le pas sur les responsabilités, alors que ces mêmes lois ont été mise en place par des irresponsables… Ne faut-il pas l’être, égoïste, pour fermer les yeux sur toute la misère du monde, plutôt que de les ouvrir et d’en être triste, et plus égoïste encore, au point de risquer le suicide à chaque coin de rue?

Un paradis pour les voyageurs en guise de découvertes loin des grands axes routiers ou touristiques de notre monde. Oui, c'est égoïste.

Un paradis pour les voyageurs en guise de découvertes loin des grands axes routiers ou touristiques de notre monde. Oui, c’est égoïste.

Toujours est-il que ma route, égoïste, s’enfonce dans une forêt de plus en plus dense, où je traverse plusieurs petites rivières. Les villages n’apparaissent plus depuis longtemps le long de cette route qui, bien souvent, est recouverte de branche et de feuille, alors que le ciel m’est caché par ces mêmes branches et feuilles pas encore tombée.

dans une forêt de plus en plus dense, où je traverse plusieurs petites rivières.

dans une forêt de plus en plus dense, où je traverse plusieurs petites rivières.

Soudain, une branche, bien qu’immobile, me paraît trop  » zigzaguante », trop noir aussi. Je m’arrête avant de devoir lui rouler dessus pour passer. Là voici qu’elle bouge, levant sa tête au bout de laquelle son petit regard myope est effrayant par sa langue fourchue qui en sort, un peu comme si elle cherchait à embrasser l’air. Je ne me suis pas trompé, c’est un serpent. Et comme à chaque fois, comme la dernière fois, comme la prochaine fois, j’en sursaute.

Je pense à reculer, mais ne le fais pas. Je m’arrête simplement. Le voici qui me regarde, son cou se dresse, habité d’une force musculaire impressionnante, puis se « gonfle ».. C’est UN COBRA!

Je ne pense maintenant plus à reculer, je le fait. Je détale même. Et quand je me retourne, je suis bien content qu’il ne me suive pas, certains cobra étant réputé pour « chasser » un homme à une vitesse pouvant atteindre les 20 km/h. Il ne me suit pas, mais me fixe, la tête au haut du sol et le cou gonflé pour impressionner son adversaire. Et autant le dire tout de suite: ça fonctionne. Mais rapidement il disparaît dans les bois. Considérant que je les ai eu un jour, je reprends mes esprits puis ma route, un trio de phacochère m’offre un énième sursaut, avant qu’un caméléon vienne illuminer ce début d’après-midi.

Un caméléon vient illuminer ce début d'après-midi.

Un caméléon vient illuminer ce début d’après-midi.

Je retrouve le goudron, me voici au sud du pays. J’essaie tant bien que mal de quitter mon égoïsme, décidant de passer le reste de ma journée ici, où l’on me donne un petit entrepôt ou je déploie ma tente. Les mots manques certes un peu mais l’accueil, lui, est toujours là, comme en témoigne ce plat de riz que l’on m’offre. Comme on offre ici, toujours ou presque, à l’étranger qui ne fait pas que passer. Puis le Real Madrid tappe Séville par 5 buts à 0, Mbappe marque un but après une course folle de 60 mètres et tue le match qui se termine par une nouvelle victoire pour le PSG sous les cris de joie des adolescents présents. On éteint le générateur. Il est tôt mais je suis fatigué. Donc, d’une certaine manière, il est tard.

Égoïste, je vais me reposer, attendant patiemment que le sommeil veuille bien me faire une petite place. Me partager un peu son quotidien.

attendant patiemment que le sommeil veuille bien me faire une petite place. Me partager un peu son quotidien.

attendant patiemment que le sommeil veuille bien me faire une petite place. Me partager un peu son quotidien.

Olivier Rochat