Archives du mot-clé Guinée

Guinée, dernier regard

Km 51’403, Koundâra, Guinée.

Ce matin 30 novembre 2017, je m’apprête à quitter la Guinée après 52 jours dans son territoire. Si j’ai aujourd’hui retrouvé les basses altitudes du nord, c’est par les montagnes et accompagné de Pedro, voyageur espagnol, que j’ai passé mes derniers jours, fantastiques, dans ce fascinant et accueillant pays qu’est la Guinée.

IMG_20160101_000136_132

c’est par les montagnes et accompagné de Pedro, voyageur espagnol, que j’ai passé mes derniers jours, fantastiques, dans ce fascinant et accueillant pays qu’est la Guinée.

Quand on parle du mot « Mali », on pense généralement à un pays. Moi-même ce n’est que très récemment que j’ai pris connaissance que Mali se trouve aussi être une petite ville isolée au nord de la Guinée.

Une ville qui pourrait être insignifiante placée sur une carte. Pourtant la petite ville de Mali est loin d’être insignifiante. Perchée à plus de 1’400 mètres d’altitude et par conséquent point culminant de mon périple en Afrique de l’ouest, Mali et ses proches environs ont un climat unique en Guinée et peut-être en Afrique de l’ouest.

IMG_20171123_114411_132

Perchée à plus de 1’400 mètres d’altitude et par conséquent point culminant de mon périple en Afrique de l’ouest

 

Et c’est avec Pedro, que j’ai retrouvé pour la 4ème fois après la Namibie, le Congo-Brazzaville et le Togo, que j’ai grimpé, non sans mal, en direction de Mali pour profiter d’une fraîcheur bienvenue et si rare en Afrique de l’ouest.

c'est avec Pedro, que j'ai retrouvé pour la 4ème fois après la Namibie, le Congo-Brazzaville et le Togo, que j'ai grimpé, non sans mal, en direction de Mali

c’est avec Pedro, que j’ai retrouvé pour la 4ème fois après la Namibie, le Congo-Brazzaville et le Togo, que j’ai grimpé, non sans mal, en direction de Mali

Par chance nous avons profité de la nouvelles route refaite l’année dernière. Une piste qui restera peut-être comme la meilleure piste que j’ai découvert en Guinée.

 

Une piste qui restera peut-être comme la meilleure piste que j'ai découvert en Guinée.

Une piste qui restera peut-être comme la meilleure piste que j’ai découvert en Guinée.

Une piste bien agréable, malgré quelques kilomètres à fort pourcentage, qui traverse une Guinée rurale habitée majoritairement par le peuple Peul. Un peuple très présent en Afrique de l’ouest et qui accompagne régulièrement ma route depuis le nord-est du Burkina Faso, il y a de cela près de 6 mois.

 une Guinée rurale habitée majoritairement par le peuple Peul

une Guinée rurale habitée majoritairement par le peuple Peul

Pourtant, malgré une forte dénivellation positive, ce n’est pas rejoindre Mali qui fut le plus difficile. Ce fut de la quitter. Redescendre. Car si la route du sud a été refaite l’année dernière, il n’en est rien de celle du sud, dont le préfet de Termesse, après 100 kilomètres sur une piste défoncée de manière difficilement imaginables, nous dira qu’elle n’a tout simplement jamais été refaite depuis l’indépendance en…1958. Et là quand vous vous dites que pour rester en bon état une piste se doit d’être refaite chaque année…

le préfet de Termesse, après 100 kilomètres sur une piste défoncée de manière difficilement imaginables, nous dira qu'elle n'a tout simplement jamais été refaite depuis l'indépendance en...1958.

le préfet de Termesse, après 100 kilomètres sur une piste défoncée de manière difficilement imaginables, nous dira qu’elle n’a tout simplement jamais été refaite depuis l’indépendance en…1958.

Pourtant, en tant que voyageur et même en poussant notre vélo pour franchir des cailloux parfois de la taille d’une roue, nous ne pouvons nous plaindre.

en tant que voyageur et même en poussant notre vélo pour franchir des cailloux parfois de la taille d'une roue, nous ne pouvons nous plaindre.

en tant que voyageur et même en poussant notre vélo pour franchir des cailloux parfois de la taille d’une roue, nous ne pouvons nous plaindre.

Déjà car c’est un luxe de voyager tel que nous le faisons. Découvrir le monde par plaisir et curiosité de le découvrir. Par choix de style de vie, avec des buts purement personnel. Et puis ici ces routes ne vont que flatter notre égo, nous amener des « souvenirs inoubliable », des histoires que je pourrai bientôt raconter à mon neveu, dès lors qu’il sera en âge de les entendres.

IMG_20171128_134100_786

ici ces routes ne vont que flatter notre égo, nous amener des « souvenirs inoubliable », des histoires que je pourrai bientôt raconter à mon neveu, dès lors qu’il sera en âge de les entendres.

Et peut-être même en vendre à un auditoire en recherche d’exotisme, enfermé dans la triste (?) réalité du matérialisme ambiant en Europe. Et des photos à me faire passer pour un Aventurier, un vrai de vrai avec son goût pour l’inutile dépassant tout bon sens. Alors que je ne le suis certainement pas, un aventurier. Et ce quel qu’en soit mon goût pour l’inutile et l’utilité que je daigne bien lui accorder.

 

 ici ces routes ne vont que flatter notre égo, nous amener des "souvenirs inoubliable"

ici ces routes ne vont que flatter notre égo, nous amener des « souvenirs inoubliable »

Donc non, je ne me plaindrai pas. Bien au contraire. J’irai même jusqu’à dire que j’ai eu du plaisir, et pas qu’un peu, à découvrir cette magnifique région que seule l’arrivé de l’Harmattan, ce foutu vent du nord qui balaie l’Afrique de l’ouest en cette saison, sera venu ternir un peu. La poussière qu’il transporte, cumulé à l’éclatante lumière des saisons sèches au ciel découvert, nous empêche de profiter des nombreuses vues que la route nous offre. Mais c’est aussi ça la saison sèche. Le vert se transforme en jaune. La boue en poussière. Le ciel clair, lavé par la pluie, devient un ciel « sale », « sur-éclairé » par le soleil éclatant d’Afrique qui transporte poussière résiduelle. La visibilité diminue nettement. Et si hier nous cherchions un toit pour nous abriter des pluies, aujourd’hui nous le cherchons pour nous abriter du soleil. Il n’y a donc pas de saison parfaite.

 J'irai même jusqu'à dire que j'ai eu du plaisir, et pas qu'un peu, à découvrir cette magnifique région que seule l'arrivé de l'Harmattan, ce foutu vent du nord qui balaie l'Afrique de l'ouest en cette saison, sera venu ternir un peu.

J’irai même jusqu’à dire que j’ai eu du plaisir, et pas qu’un peu, à découvrir cette magnifique région que seule l’arrivé de l’Harmattan, ce foutu vent du nord qui balaie l’Afrique de l’ouest en cette saison, sera venu ternir un peu.

Mais pourtant ces derniers jours en Guinée, partagés avec Pedro, furent vécu comme un délice. Les bivouacs le long des rivières qui nous offraient fraîcheurs et douches, puis chez l’habitant, rencontre souvent touchantes avec des gens à l’hospitalité bienveillante, sans parler des matchs de foot à l’ambiance électrique d’un Classico, m’ont parfois permis d’oublier la triste et dure réalité des habitants de cette région. Car disons-le, sur des route comme ça, si chaque déplacement à le goût de l’aventure pour le touriste qui les emploie, il a le goût du cauchemar, de l’enfer, pour les habitants qui les emploient au quotidien. On traverse ici des sous-préfecture sur une route classée nationale (!), la N9, où la faible existence d’électricité n’est due qu’aux initiatives personnels des habitants, mais où la 3G s’invitent dans chaque sous-préfecture et parfois même en brousse, au bord des rivières où nous bivouaquons. Un appel what’s app avec un pote entre Lausanne et la brousse guinéenne (!) à 7’000 km de là, me prend 5 secondes. Une visite à l’hôpital le plus proche ? De quelques heures à quelques jours…en espérant ne pas rester bloqué quelque part. Si je me fait mordre par un serpent, j’ai la connexion suffisante pour découvrir de quel espèce il s’agit et, qui plus est, pour savoir combien d’heure il me reste à vivre...Mais rien pour me soigner. Allez comprendre, en 3 jours nous avons vu 1 seul véhicule (hors moto) en marche. Un camion. Et il était totalement coincé et incapable d’avancer plus loin, en attente d’être dépanné et bouchant la route à tout 4 roues souhaitant s’aventurer par ici. Déjà qu’en temps normal il ne doit pas y en avoir beaucoup…

c'est aussi ça la saison sèche. Le vert se transforme en jaune. La boue en poussière. Le ciel clair, lavé par la pluie, devient un ciel "sale", "sur-éclairé" par le soleil éclatant d'Afrique qui transporte poussière résiduelle.

c’est aussi ça la saison sèche. Le vert se transforme en jaune. La boue en poussière. Le ciel clair, lavé par la pluie, devient un ciel « sale », « sur-éclairé » par le soleil éclatant d’Afrique qui transporte poussière résiduelle.

Et nous vivons là la saison sèche. En saison des pluies, c’est pire encore.

Vivre ça au quotidien, à notre époque -et même à une autre-, à quelque chose d’humiliant, je trouve. Il est facile de s’y adapter pour quelques jours. Le vivre au quotidien, c’est une autre histoire.

Pourtant, malgré ce quotidien rendu difficile par les conditions de vie actuelle, situation vécues à maintes reprises en Guinée et dans toute l’Afrique sub-saharienne en général (à différent « niveau » certes), la Guinée restera dans mon cœur et me rendra toujours heureux à l’heure de m’en souvenir. Et ce n’est pas d’un pays pauvre que je me souviendrai. D’ailleurs qu’est-ce que la pauvreté ? Ah ça, si l’Afrique et durant 3 ans m’a enseigné maintes choses, elle ne m’a certainement pas éclairé sur la pauvreté. Un terme qui aujourd’hui m’apparaît subjectif et dépendants des notions de chacun.

Je dirai plutôt qu’en me souvenant de cette Guinée là, et malgré quelques mots de certains, certes isolés, de colères ou de rancœur envers les blancs, toujours compréhensible et souvent justifié, je me souviendrai bien d’un pays riche. À condition de bien vouloir le comprendre, ce mot-là.

je me souviendrai bien d'un pays riche.

je me souviendrai bien d’un pays riche.

Ce matin je me trouve à moins de 50 km de la frontière sénégalaise que je traverserai demain, terminant ainsi mon périple de 52 jours en Guinée. Petit à petit, je réalise avec une certaine émotion que cette aventure en Afrique subsaharienne aura bel et bien une fin. Et qu’à défaut de jours, je peux déjà compter les semaines qui m’y séparent. Ces derniers mois, pourtant, je les ai vécu comme une douce, parfois rude, découverte de cultures et peuples colorés. Le Burkina Faso, « Pays des Hommes Intègres » la Côte-d’Ivoire, véritable « Terre d’accueil », accompagné des plus courtes parenthèse libérienne, pour « Parfum d’Amérique »et sierra-léonaise, « Au pays des Diamants », m’avaient tous redonné comme un second souffle dans ce voyage que j’avais senti s’essouffler à la sortie des difficiles régions d’Afrique Centrale. La Guinée, pour laquelle je n’ai pas de petits noms (mais en a-t-elle besoin ?), me donne plus encore l’envie de ne pas me précipiter pour rentrer.

IMG_20171128_131609_597

l’envie de ne pas me précipiter pour rentrer.

Olivier Rochat

Au goût du ch’min

Km 50’845, Bangouya, Guinée.

Poésie routière. Quelques mots de ch’min, quelques mots poussières. Poème de petits rien.

Poésie routière.

Poésie routière.

Mon Aventure au bout du chemin
Au goût de vie pi de transpi
De petits rien

De saut en saut de pierre en pierre
De soubresauts de pire en pire
Mon ouvrière

DSCF8581

Mon Aventure au bout du chemin

Au goût de Terre au goût de ciel
Ma guinéenne
Mon Univers mon Eternel

Moi je sais plus moi je sais pas
Je suis perdu dis moi pourquoi
Poussière je suis comme ça

IMG_20171112_153502_970

Poussière je suis comme ça

Mon guinéen cet oublié
Fils du chemin de galérien
Ma Liberté

Je suis soldat fils d’imprudence
Moi mon combat
C’est la patience

Mon guinéen cet oublié, fils du chemin de galérien

Mon guinéen cet oublié, fils du chemin de galérien

Moi mon combat c’est mettre en mots
Ou la poussière ou les cailloux
Pi tous les paranormaux

Fils du chemin fils de science
De religion ou d’ouvrier
Mon insouciance

Moi mon combat c'est mettre en mots ou la poussière ou les cailloux, pi tous les paranormaux

Moi mon combat c’est mettre en mots ou la poussière ou les cailloux, pi tous les paranormaux

Mon Aventure au bout du chemin
Au goût de rien d’être sans toit
Sans toi moi je suis rien

Certainement pas
Là où la route est un combat
Qu’elle fait de moi ce p’tit soldat

Là où la route est un combat, qu'elle fait de moi ce p'tit soldat

Là où la route est un combat, qu’elle fait de moi ce p’tit soldat

La route ma religion
Des sans abris des vagabonds
Pi comme on dit des sans maisons

Moi le sauvage, celui des Terres
Par les rivages, ceux de ma Terre
Je sors de cage, l’écrire ma Terre

Je sors de cage, l'écrire ma Terre

Je sors de cage, l’écrire ma Terre

Au bout du chemin
Je continue, je rêve encore
Une dernière fois d’un simple rien

D’une tasse de thé, de ton regard
Ma Liberté dans ce dernier
Moi l’ouvrier, celui qui part

Je continue, je rêve encore, une dernière fois d'un simple rien

Je continue, je rêve encore, une dernière fois d’un simple rien

Lueur d’espoir dans la savane
Dans la poussières des routes en Terre
Un cri de l’âme

Cri de Guinée
Fils du chemin
Fils de Guinée

Cri de Guinée, fils du chemin, fils de Guinée

Cri de Guinée, fils du chemin, fils de Guinée

Toi guinéen toi l’oublié
Qui comme on dit survit
Par le siècle dernier

Mais qui je crois
Vit comme on dit
Par le présent tu vois

Par le présent tu vois

Olivier Rochat

Guinée, je recommencerai!

Km 50’776, Kindia, Guinée.

De retour en Guinée, je remonte le pays en direction des montagnes du Fouta Djalon. Je tombe amoureux.

je remonte le pays en direction des montagnes du Fouta Djalon

je remonte le pays en direction des montagnes du Fouta Djalon

Après plusieurs mois de saisons des pluies à différentes intensité, la saison sèche prend jour après jour de l’ampleur, les nuages se font de moins en moins menaçant, le soleil de plus en plus présent et la pluie de plus en plus rare. Et ce malgré le fait qu’ici la saison pluvieuse fût plus longue que la moyenne, comme me disent certains.

Et pour moi c’est quand même un petit soulagement bien que j’avoue avoir passé des moments inoubliables durant ces derniers mois humides aux pistes bien souvent boueuses et aux nuits sans grand espoir de joli bivouac sauvage. La dernière fois que j’ai fait un camping sauvage ? Il y a près de 3 mois. Pourtant si ce soir je dors dans une auberge, il s’agit d’une exception tant j’ai passé de nuits chez l’habitant. D’ailleurs c’est plus pour la tranquillité que pour le confort en soit que je m’y rend ce soir, bien que les quelques heures nocturnes d’électricité me permettent de me rafraîchir au ventilateur et de recharger mes batteries. Le cadre reste simple. Une petite chambre. Un lit propre. Un seau, de l’eau. Quoi demander de plus ?

Me voici privilégié. Presque égoïste tant il est vrai que la Guinée telle que je la découvre, le long de la route, et que je découvrais à l’est du pays en septembre dernier, est bel et bien le pays du partage.

la Guinée telle que je la découvre, le long de la route, et que je découvrais à l'est du pays en septembre dernier, est bel et bien le pays du partage.

Le luxe y est dans sa population, son climat

Non pas de la solitude. Et certainement pas du luxe. Un pays que j’aime. Le luxe y est dans sa population, son climat. Simple opinion personnel. Ici s’y mélange peuple et paysages comme rarement. Le désordre y est extrême et à tous les « étages » de la société, du trafic au policier, du système éducatif à l’administration la plus basique.

Le désordre y est extrême

Le désordre y est extrême

Manquer de se faire rentrer dedans par un deux ou quatres roues (certes généralement deux roues) roulant à contre sens dans un rond-point (!) ou à reculons après avoir cette éternelle « barrière du blanc » passée et mis à part quelques policiers dont j’ai parfois bien du mal à savoir s’ils sont sérieux ou en pleine phase humoristique lorsqu’ils m’arrêtent. J’ai notamment eu droit à la « carte touristique s’il vous plaît » (elle n’existe pas soyons clair, le visa suffit) ou à l’indétrônable « papier du véhicule ! »

Hein!!!? Mais je suis à vélo monsieur.

Et alors? Papier du véhicule !

Et soudain le chef qui arrive et vient me questionner avec plein d’enthousiasme, cassant net le « coup » du non gradé. Auquel je réponds: je suis Suisse!.

Ah tu es suédois.

Non non, pas la Suède, la Suisse!

Ah tu es suissien.

Voilà, suissien. C’est ça. Je m’y suis fait. 3 mois que ça dure. Et je n’insiste pas sur des termes qui ici n’ont pour l’instant pas grand raison d’être. Je suis donc suissien. Parfois suédois aussi. Et peut-être un jour je serai lunien.

Oui peut-être bien car ici tout est possible, les limites semblent être fixée par l’imagination. Et cette dernière n’en ayant pas vraiment…

Bienvenue en Guinée!

Et ce n’est ni péjoratif ni moqueur. Bien au contraire. C’est bien avec une petite étincelle dans les yeux que j’écris ces quelques lettres qui essaient de se faire une place au milieu du vaste univers guinéen.

ces quelques lettres qui essaient de se faire une place au milieu du vaste univers guinéen.

ces quelques lettres qui essaient de se faire une place au milieu du vaste univers guinéen.

Une étincelle allumée à tout moment par ces innombrables moments passé, partagé, avec les guinéens « du long de ma route ». Discussion tantôt sérieuse puis rocambolesque, touchante souvent.

On parle politique mais ça nous énerve tous. Ici la politique est aussi efficace qu’il y tombe de la neige en Guinée. Dirait-on. Et ça irrite. Alors on parle foot ou religion. Il y a plus de Foi la derrière. Enfin d’où je viens. Puis on s’essaie à l’humour sans toujours y arriver. Mais on rit quand même.

lorsque je me lance dans les montagnes du Fouta-Djalon, j'y ajoute les paysages.

lorsque je me lance dans les montagnes du Fouta-Djalon, j’y ajoute les paysages.

Et lorsque je me lance dans les montagnes du Fouta-Djalon, j’y ajoute les paysages. Montagnes douces à l’herbe verte déjà légèrement entamée par la saison sèche. Je tombe amoureux.

Montagnes douces à l'herbe verte déjà légèrement entamée par la saison sèche

Montagnes douces à l’herbe verte déjà légèrement entamée par la saison sèche

À moins que je sois fou. Ou les deux puisqu’il faut être fou pour aimer. Pour y croire.

Tant pis, moi j’y crois. J’y cours même!

Et demain je recommencerai.

moi j'y crois. J'y cours même!

moi j’y crois. J’y cours même!

Je recommencerai…

 

Olivier Rochat

Jeu de visas

Km 50’630, Conakry, Guinée.

Au matin du 9 novembre 2017, je m’apprête à quitter Conakry, capitale de cette Guinée que j’ai retrouvé 5 semaines après l’avoir quitté.

Conakry, ville au trafic chaotique où je suis resté afin d’y faire deux visas notamment. Ils seront vraisemblablement les derniers.

Visa Guinée Bissau

Visa Guinée Bissao

En effet des 5 pays que j’espère encore traversé, 2 ne m’oblige pas à avoir de visa pour y entrer : le Sénégal et le Maroc. Un s’obtient à la frontière : la Mauritanie. Les deux derniers sont la Guinée-Bissau et la Gambie.

C’est donc la fin de cette partie particulière de mon voyage, coûteuse également puisque j’ai dépassé les 2’000 euros de visas.

Si l’ensemble de ces visas s’est majoritairement bien déroulé, mis à part pour l’Angola que je n’ai jamais obtenu, l’une des choses intéressantes est la manière à laquelle cela se passe, tant leur obtention peut varier d’une ambassade à l’autre et même parfois d’un jour à l’autre où les documents demandé ne sont plus du tout les mêmes.

Après avoir obtenu mon visa pour la Guiné-Bissao très facilement, le jour même de la demande, je réalise que j’ai suffisamment de temps pour me renseigner pour celui de la Gambie dont j’ai entendu différente possibilité. Certains me disent l’avoir obtenu à la frontière pour un montant variant de 30 à 150 €, d’autres en ambassade et certains ont été refusé à la frontière, sans visa préalable. Il existe bel et bien un consulat de Gambie à Conakry mais impossible de trouver une adresse. Je me rends donc à l’ambassade du Sénégal, seul pays frontalier de la Gambie, plus petit état continental d’Afrique dont les quelques kilomètres de côtes forment l’unique frontière non sénégalaise. Après quelques présentations le consul sénégalais me donne le numéro de son homologue gambien, un certain M.Cessey.

Après quelques appels infructueux j’arrive à le joindre. Aussitôt il me confirme que je peux obtenir le visa ici-même, et que je dois me rendre, au consulat croyais-je, a une douzaine de kilomètres d’où je me trouve actuellement.

Une heure plus tard, après avoir affronté une fois de plus le pénible trafic de Conakry, j’arrive enfin au marché de Taouyah où, m’a t’il dit, le consulat est tout proche. Pourtant personne dans le quartier ne semble le connaître, ce consulat. Aucun panneau, aucun drapeau…je rappelle M.Cessey qui m’indique de me rendre dans le bâtiment voisin du carrefour de Taouyah, et d’entrer à l’intérieur de la cour et de traverser le terrain de foot.

Bon, je m’exécute. Un homme à qui j’ai demandé mon chemin et qui me dit le connaître m’accompagne. Ensemble nous traversons la cour, se dresse maintenant devant nous un terrain de foot en terre battue où joue de nombreux jeunes. Derrière le terrain quelques appartements résidentiels mal entretenu de l’extérieur.

C’est alors que l’homme prend la parole : c’est lui, là bas, c’est le monsieur là-bas ! En me montrant du doigt un homme très grand vêtu d’un boubou blanc qui me fait des signes. Des salutations auxquels je réponds de même et le rejoints rapidement.

Nous nous saluons et tout de suite M.Cessey salue mon courage en regardant mon vélo, me parle de la Suisse qu’il connaît bien puis me demande si j’ai pris deux photo passeport. Là je m’interroge. Il est où son consulat ???

Mais visiblement M.Cessey, très sympathique, n’a pas l’air de vouloir aller dans un quelconque bureau.

« Tenez, voici deux photos et mon passeport », et je lui donne le tout et l’argent correspondant à la demande de visa touristique, me demandant encore pourquoi nous nous retrouvons ici, à faire les démarches d’un visa touristique sur un terrain de foot en terre battue. Si certains pourrait sentir l’arnaque, j’ai confiance. Et puis l’ambassadeur sénégalais ne m’aurait jamais envoyé ici si cet homme n’était pas sérieux.

Si Dieu le veut, votre visa sera prêt demain. Ajoute M.Cessey.

Parfait, mais à quel heure sera til pret? Dois-je me rendre directement au consulat, mais où se trouve-t-il ? Lui dis-je en montrant la porte arrière du terrain de foot, où se trouve de nombreux bâtiments et d’où venait M Cessey, pensant que c’est là-bas qu’il s’y trouve, ce consulat.

Non, ici c’est ma maison, puis il continue en m’expliquant que son office est dans l’autre partie de la ville. Appelez-moi demain à 11 heures. Je comprends alors que le consulat, comme bien des autres, est fermé l’après-midi. Chose que j’aurai pu traduire par: le consulat est fermé, viens donc chez moi!

Nous nous quittons et je fais comme si de rien n’était mais intérieurement je suis mort de rire. Je regarde le très grand M.Cessey rentrer chez lui, tenant dans sa main mes deux photos passeport, mon argent et « pire » encore, mon passeport lui-même.

Ils s’en vont tous ensemble, et moi je les regarde partir me demandant s’il est possible autre part qu’en Afrique d’obtenir un visa de tourisme sans même entrer dans une ambassade ou un consulat.

Et le lendemain, en milieu de matinée car Dieu l’avait voulu, M.Cessey me rapportait mon passeport, muni d’un beau visa de tourisme, trois mois multiple entrée que je n’avais même jamais demandé (le visa oui, 3 mois non). Cette fois sur le parking, de l’autre côté du terrain de foot. Et avant de nous quitter M.Cessey rentrait dans sa voiture prendre son carnet d’adresse. « Tu pourras t’y arrêter » me dit-il en le donnant 3 adresses de familles et d’amis en Gambie.

Et voilà comment j’ai obtenu ce qui devrait être, et sera je l’espère, mon dernier visa en ambassade. Le visa de la Gambie, sans même avoir la moindre idée d’où se trouve le consulat de ce même pays.

DSCF8340

Ou comment faire d’une démarche administrative une aventure humaine…

Olivier Rochat

Il était Ebola

Km 48’985, Macenta, Guinée.

Petite pause à Macenta, petite ville toute proche de ce qui fut l’épicentre de la dernière « crise » d’Ebola.

à Macenta, petite ville toute proche de ce qui fut l'épicentre de la dernière "crise" d'Ebola, au coeur de la Guinée forestière

à Macenta, petite ville toute proche de ce qui fut l’épicentre de la dernière « crise » d’Ebola, au coeur de la Guinée forestière

Au coeur de la Guinée forestière

 

Après ma nouvelle « crise » de paludisme, et après m’être bien reposé, j’ai quitté Kankan, direction le sud.

J'ai retrouvé les belles collines, douce et verdoyante, de la Guinée forestière.

J’ai retrouvé les belles collines, douce et verdoyante, de la Guinée forestière.

4 jours de route plus tard j’ai retrouvé la pluie, que la Haute-Guinée m’avait presque fait oublier. J’ai retrouvé les belles collines, douce et verdoyante, de la Guinée forestière. Les routes quant à elles furent un mélange de pistes boueuses, de vieux goudrons d’il y a 40 ans complètement défoncé et, miracle ou presque, de passages récemment -et très bien- goudronné.

 

Vieux goudrons d'il y a 40 ans complètement défoncé

Vieux goudrons d’il y a 40 ans complètement défoncé

Me voici aujourd’hui à Macenta, petite ville coincée au centre de la Guinée forestière à quelques encablures de deux de ses voisins : le Libéria et la Sierra-Leone.

 

Macenta, au coeur de la Guinée forestière

Macenta, au coeur de la Guinée forestière

Macenta c’est une petite Ville comme il y en a des centaines en Afrique. Une ville sans grande envergure, d’environ 50’000 habitants, qu’on oublie facilement si on ne fait qu’y passer, quoique les paysages qui l’entourent sont spectaculaire et les habitants accueillant malgré les « toubabou » -blanc- incessants que me lancent les gosses qui me voient passer.

IMG_20170923_141423_751

Les habitants sont accueillants malgré les « toubabou » -blanc- incessants que me lancent les gosses qui me voient passer.

Le retour d’Ebola

Pourtant Macenta et la région a récemment fait parler d’elle à travers le monde entier et même jusqu’en occident. Enfin, sans qu’on cherche vraiment à la situer. En effet fin 2013 va débuter une « crise »sans précédent qui va grandement affecter l’Afrique de l’Ouest et notamment trois de ses pays (et non toute l’Afrique comme je l’entends parfois…) qui sont le Libéria, la Sierra-Leone et la Guinée : le virus Ebola.

En effet c’est dans un village de Guinée forestière, proche de la ville voisine d’où je me trouve actuellement, Guéckedou, que le « patient zéro », un jeune garçon de 2 ans et demi, aurait succombé à une fièvre hémorragique qui sera quelques mois plus tard analysée comme étant le virus Ebola. Sa mère, sa grand-mère ainsi qu’une amie sierra-leonaise y succomberont elles aussi. Débute alors une crise sans précédent et pour la première fois le virus Ebola, découvert pour la 1ère fois en 1976 en RD Congo le long d’une rivière appelée… Ebola, est découvert hors de l’Afrique centrale.

Le virus est rapidement déclaré au Libéria et au Sierra-Leone voisin, passant les frontières terrestres. Quelques mois plus tard des cas sont également recensé au Sénégal, au Mali ainsi qu’au Nigeria. Puis un prêtre espagnol rapatrié décède à Madrid, un libérien en voyage à Dallas y décède également, un cas est déclaré en Italie. Un autre en Grande-Bretagne. Ils survivront.

Mais le monde entier s’affole devant cette épidémie qui prend de vitesse la médecine actuelle et menace de se propager au monde entier. Il n’existe alors pas de vaccins et le taux de mortalité est extrêmement élevé bien qu’il varie beaucoup selon les conditions dans lesquels les patients sont traités, passant de 25 à 90%.

La Guinée, la Sierra-Leone et surtout le Libéria sont les pays les plus touchés, rapidement mis en quarantaine, frontières fermées, vols annulés. La région de Macenta, très peu développée et manquant de moyen, se retrouve sans moyen devant la maladie. Des médecins et infirmiers étrangers y sont envoyés ainsi que des hélicoptère et des 4X4 pour pouvoir atteindre les villages les plus reculé.

Mais dans certaines régions, la communication officielle est mal comprise par la population ou interprétée comme prolongeant un discours post-colonial, en désignant par exemple la consommation de viande de brousse comme source de contamination. Similairement des autorités ou des ONG ont pu être perçues comme soutenant un « discours dominant » qui « porte en germe la stigmatisation de certaines communautés, victimes de mépris ou de préjugés culturels que les messages officiels visant à prévenir la propagation de la maladie ne font que renforcer ». Ce discours invite les populations locales à s’éloigner de la forêt, qui est pourtant localement une ressource, médicamenteuse notamment. Les communautés locales savent aussi que les hôpitaux manquent d’infirmiers et médecins et ce fait a pu motiver certains refus de laisser hospitaliser des membres de la famille. Certains centres de soin sont également saccagé par la population locale et la lutte contre le virus Ebola n’en est rendue que plus difficile, bien qu’elle va s’améliorer au fil des mois.

Aujourd’hui près de 4 ans ont passé depuis le 1er cas, 18 mois depuis le dernier, enregistré au Libéria, début avril 2016. La vie à repris son cours, les frontières sont toutes ouvertes, « l’etat d’urgence mondial » déclaré a été enlevé. Selon les sources officielles plus de 28’000 cas ont été recensé, au moins 11’300 en sont morts et quelques 10’000 personnes souffrent aujourd’hui des stigmates de cette maladie dont notamment les tabous qui l’entourent. De nombreux survivants sont ainsi rejetés par la société.

Ici a Macenta seul un panneau, à l’entrée de la ville, m’indique qu’ici fut Ebola. Personne n’en parle et rien ne laisse apercevoir qu’il y a deux ans encore, la situation était extrêmement critique.

seul un panneau, à l'entrée de la ville, m'indique qu'ici fut Ebola.

Seul un panneau, à l’entrée de la ville, m’indique qu’ici fut Ebola.

En découvrant cette région, je ne peux m’empêcher de penser à Ebola. Ce « virus africain » qui soudainement menaça l’Occident tout entier. Ce virus qui en 2 ans n’a pas tué plus de monde que le paludisme n’en tue chaque…semaine.

Bien sûr, la situation n’est de loin pas semblable, ni même comparable. Le paludisme n’est pas un virus mais une maladie parasitaire, la plus répandue au monde et notamment en Afrique subsaharienne (environ 90% des victimes mondiales). Et puis il se traite.

Cependant le moustique qui transmet le paludisme à l’Homme ne peut survivre au-delà des tropiques. L’Europe, l’Amérique du nord à l’abri, le paludisme est peut-être encore celui qui a le plus de beaux jours devant lui.

Pendant ce temps-là à Macenta la vie continue. Ebola n’est plus là…

Pendant ce temps-là à Macenta la vie continue.

Pendant ce temps-là à Macenta la vie continue.

Olivier Rochat