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Jeu de visas

Km 50’630, Conakry, Guinée.

Au matin du 9 novembre 2017, je m’apprête à quitter Conakry, capitale de cette Guinée que j’ai retrouvé 5 semaines après l’avoir quitté.

Conakry, ville au trafic chaotique où je suis resté afin d’y faire deux visas notamment. Ils seront vraisemblablement les derniers.

Visa Guinée Bissau

Visa Guinée Bissao

En effet des 5 pays que j’espère encore traversé, 2 ne m’oblige pas à avoir de visa pour y entrer : le Sénégal et le Maroc. Un s’obtient à la frontière : la Mauritanie. Les deux derniers sont la Guinée-Bissau et la Gambie.

C’est donc la fin de cette partie particulière de mon voyage, coûteuse également puisque j’ai dépassé les 2’000 euros de visas.

Si l’ensemble de ces visas s’est majoritairement bien déroulé, mis à part pour l’Angola que je n’ai jamais obtenu, l’une des choses intéressantes est la manière à laquelle cela se passe, tant leur obtention peut varier d’une ambassade à l’autre et même parfois d’un jour à l’autre où les documents demandé ne sont plus du tout les mêmes.

Après avoir obtenu mon visa pour la Guiné-Bissao très facilement, le jour même de la demande, je réalise que j’ai suffisamment de temps pour me renseigner pour celui de la Gambie dont j’ai entendu différente possibilité. Certains me disent l’avoir obtenu à la frontière pour un montant variant de 30 à 150 €, d’autres en ambassade et certains ont été refusé à la frontière, sans visa préalable. Il existe bel et bien un consulat de Gambie à Conakry mais impossible de trouver une adresse. Je me rends donc à l’ambassade du Sénégal, seul pays frontalier de la Gambie, plus petit état continental d’Afrique dont les quelques kilomètres de côtes forment l’unique frontière non sénégalaise. Après quelques présentations le consul sénégalais me donne le numéro de son homologue gambien, un certain M.Cessey.

Après quelques appels infructueux j’arrive à le joindre. Aussitôt il me confirme que je peux obtenir le visa ici-même, et que je dois me rendre, au consulat croyais-je, a une douzaine de kilomètres d’où je me trouve actuellement.

Une heure plus tard, après avoir affronté une fois de plus le pénible trafic de Conakry, j’arrive enfin au marché de Taouyah où, m’a t’il dit, le consulat est tout proche. Pourtant personne dans le quartier ne semble le connaître, ce consulat. Aucun panneau, aucun drapeau…je rappelle M.Cessey qui m’indique de me rendre dans le bâtiment voisin du carrefour de Taouyah, et d’entrer à l’intérieur de la cour et de traverser le terrain de foot.

Bon, je m’exécute. Un homme à qui j’ai demandé mon chemin et qui me dit le connaître m’accompagne. Ensemble nous traversons la cour, se dresse maintenant devant nous un terrain de foot en terre battue où joue de nombreux jeunes. Derrière le terrain quelques appartements résidentiels mal entretenu de l’extérieur.

C’est alors que l’homme prend la parole : c’est lui, là bas, c’est le monsieur là-bas ! En me montrant du doigt un homme très grand vêtu d’un boubou blanc qui me fait des signes. Des salutations auxquels je réponds de même et le rejoints rapidement.

Nous nous saluons et tout de suite M.Cessey salue mon courage en regardant mon vélo, me parle de la Suisse qu’il connaît bien puis me demande si j’ai pris deux photo passeport. Là je m’interroge. Il est où son consulat ???

Mais visiblement M.Cessey, très sympathique, n’a pas l’air de vouloir aller dans un quelconque bureau.

« Tenez, voici deux photos et mon passeport », et je lui donne le tout et l’argent correspondant à la demande de visa touristique, me demandant encore pourquoi nous nous retrouvons ici, à faire les démarches d’un visa touristique sur un terrain de foot en terre battue. Si certains pourrait sentir l’arnaque, j’ai confiance. Et puis l’ambassadeur sénégalais ne m’aurait jamais envoyé ici si cet homme n’était pas sérieux.

Si Dieu le veut, votre visa sera prêt demain. Ajoute M.Cessey.

Parfait, mais à quel heure sera til pret? Dois-je me rendre directement au consulat, mais où se trouve-t-il ? Lui dis-je en montrant la porte arrière du terrain de foot, où se trouve de nombreux bâtiments et d’où venait M Cessey, pensant que c’est là-bas qu’il s’y trouve, ce consulat.

Non, ici c’est ma maison, puis il continue en m’expliquant que son office est dans l’autre partie de la ville. Appelez-moi demain à 11 heures. Je comprends alors que le consulat, comme bien des autres, est fermé l’après-midi. Chose que j’aurai pu traduire par: le consulat est fermé, viens donc chez moi!

Nous nous quittons et je fais comme si de rien n’était mais intérieurement je suis mort de rire. Je regarde le très grand M.Cessey rentrer chez lui, tenant dans sa main mes deux photos passeport, mon argent et « pire » encore, mon passeport lui-même.

Ils s’en vont tous ensemble, et moi je les regarde partir me demandant s’il est possible autre part qu’en Afrique d’obtenir un visa de tourisme sans même entrer dans une ambassade ou un consulat.

Et le lendemain, en milieu de matinée car Dieu l’avait voulu, M.Cessey me rapportait mon passeport, muni d’un beau visa de tourisme, trois mois multiple entrée que je n’avais même jamais demandé (le visa oui, 3 mois non). Cette fois sur le parking, de l’autre côté du terrain de foot. Et avant de nous quitter M.Cessey rentrait dans sa voiture prendre son carnet d’adresse. « Tu pourras t’y arrêter » me dit-il en le donnant 3 adresses de familles et d’amis en Gambie.

Et voilà comment j’ai obtenu ce qui devrait être, et sera je l’espère, mon dernier visa en ambassade. Le visa de la Gambie, sans même avoir la moindre idée d’où se trouve le consulat de ce même pays.

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Ou comment faire d’une démarche administrative une aventure humaine…

Olivier Rochat

Freetown

Km 50’264, Freetown, Sierra-Leone.

À Freetown, capitale de laSierra-Leone, j’ai profité de l’accueil d’Hunor pour me reposer un peu et admirer certaines des magnifiques plages qui entourent la ville, contrastant avec la réalité difficile de nombreux habitants.

Récit

de l'autre le vaste océan direction l'Amérique du sud

de l’autre le vaste océan direction l’Amérique du sud

Me voici au port de Freetown capitale spectaculaire de la Sierra-Leone. J’attends le ferry de cet après-midi qui me mènera, si tout va bien, de l’autre côté du fleuve où je continuerai ma route en direction de la Guinée qui m’impatiente déjà.

le ferry de cet après-midi qui me mènera, si tout va bien, de l'autre côté du fleuve

le ferry de cet après-midi qui me mènera, si tout va bien, de l’autre côté du fleuve

Freetown fut une ville particulière, je l’admet volontiers. Entouré à l’est par de magnifique collines qui surplombe la ville comme un mur puis à l’ouest par l’océan Atlantique et de magnifiques plages, de réputation les plus belles d’Afrique de l’ouest, Freetown mélange les genres.

A l'est par de magnifique collines qui surplombe la ville

A l’est par de magnifique collines qui surplombe la ville

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A l’ouest par l’océan Atlantique

D’une part ces hautes et raides collines que seuls quelques bidonvilles et autres « quartier populaire » semblent oser affronter, de l’autre le vaste océan direction l’Amérique du sud (les côtes sierra-Leonaise sont les plus proches du Brésil pour un pays africain) accompagné de splendides plages où vivent les plus riches, mélangeant souvent hôtel de luxe et quartier occidentaux.

D'une part ces hautes et raides collines que seuls quelques bidonvilles et autres "quartier populaire" semblent oser affronter

D’une part ces hautes et raides collines que seuls quelques bidonvilles et autres « quartier populaire » semblent oser affronter

de l'autre le vaste océan direction l'Amérique du sud

de l’autre le vaste océan direction l’Amérique du sud

Et puis Freetown c’est un drame récent, trop vite étouffé, oublié, lorsque les USA furent eux aussi touché par un drame avec plusieurs ouragans. Mais à Freetown ce n’est pas des ouragans qui ont frappé mais la pluie. En plaine saison des pluies il pleut abondamment dans la région et se sont des maisons entières qui furent engloutie par de la boue lors de glissements de terrains monstrueux. Les disparus sont compté par centaines, 1 millier selon les estimations, et la plus part le resteront pour toujours, à peine la moitié des corps ayant été retrouvé. Si le réchauffement climatique est mis en avant, impossible de ne pas remettre en question l’ingérence de la situation. Ces quartier disparus furent construit jadis dans des zones interdites par le gouvernement d’alors.

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Un drame similaire s’est produit parallèlement au Congo-Kinshasa pour les mêmes raisons. Des forêts sont rasées, déstabilisant le sol. Des maisons sont construites à la place. Construites pour la plupart de manière très instable dès la base, une catastrophe semble inévitable et c’est tout le drame de ces capitales africaines qui grossissent à vue d’œil, voyant venir une population qu’elle ne peut accueillir et où nombre d’habitants abandonnent les campagnes pour venir littéralement s’entasser dans des bidonvilles monstrueux. Tous cherche le confort, une meilleure vie. Beaucoup trouvent la misère. Et si c’est à la campagne que j’ai vu les situations de vies les plus rudimentaire, c’est en ville, et plus particulièrement dans les capitales, que j’y ai trouvé le plus de souffrance et de misère profonde. De misère humaine.

Mais c’est vrai, c’est aussi dans ces capitales que l’on trouve le business, pour beaucoup l’espoir, et pour certains la richesse.

Pour ma part j’y ai trouvé l’accueil, plus encore que le confort. Ou plutôt dirais-je, le confort n’est véritable que s’il est partagé? Accueilli par Hunor et quelques un de ces amis (merci www.couchsurfing.com) j’ai profité d’une -trop- brève vie sociale toujours bienvenue qu’il m’aurait été impossible d’aborder seul ou en tant que touristes (financièrement parlant) à ce moment de mon voyage. Sans compter sur quelques plages et barbecues qui furent d’un luxe certains et certainement inhabituel.

Quelques plages et barbecues qui furent d'un luxe certains et certainement inhabituel.

Quelques plages et barbecues qui furent d’un luxe certains et certainement inhabituel.

C’est donc reposé et « remerciant » que j’ai traversé Freetown jusqu’à son port. Et c’est aussi instantanément, dans des embouteillages monstres, que j’ai repris goût à la -parfois- dure réalité de l’Afrique. Sans oublier ma chance d’avoir vécu ces instants.

Car ils ne sont bien que des instants venus casser cette routine brièvement. Venu casser la réalité bien plus cash et transpirante de cette vie de privilégiés sur les routes d’Afrique.

 la réalité bien plus cash et transpirante de cette vie de privilégiés sur les routes d'Afrique.

la réalité bien plus cash et transpirante de cette vie de privilégiés sur les routes d’Afrique.

Me voici redevenu le « Sir » comme on m’appelle ici.

Un étranger.

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Olivier Rochat

Le Cavalier des Terres

Km 50’000, Moyamba, Sierra-Leone.

Jour/Day 1’138 (1’059 in Africa)
Pays/Country 37 (28 in Africa)
Km 50’000 (44’091 in Africa)

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« Je suis le cavalier des Terres
Je passe je suis détour
À la recherche de Lumière
À la recherche de l’Amour

Je suis le cavalier sans peur
Je m’en vais chercher le beau
Pour lutter contre terreur
Je m’en vais lutter les maux

Aux pays ou ne poussent plus les fleurs
Moi j’écris tu sais de simple phrases
Qui s’envolent, qui sont labeurs
Qui me rendent un peu ma grâce

Car l’éternité est longue
Quand l’on vit sans âme
Quand la vie est bombe
D’où ne naissent que des larmes

Je ne dors plus moi je meurs
Le coeur fendu par la terreur
Je ne vit plus moi je meurs
Mon âme perdu, sans cœur

Il n’y a qu’au matin que je reviens
Que je revis que je renaît
Quand recommence le chemin
Quand j’écris ce nouveau trait

Qu’avec lui, enfin
Je parcours les Terres
Me mettant sur le chemin
Que n’y prenne place que Ma Guerre

Je suis le cavalier des Terres
Je passe je suis détour
À la recherche de Lumière
À la recherche de l’Amour

Je suis le cavalier sans peur
Je m’en vais chercher le beau
Pour lutter contre terreur
Je m’en vais lutter les maux

Je n’ai d’armes que ma vie
De combat que ma passion
De raison que ma folie
Et la Terre est ma maison

L’Univers mon horizon
Par ces mots que je brandit
Dans mon royaume : l’imagination
De cette beauté qui est ma vie

Avec elle je me surprend
Cavalier je deviens homme
Avec elle je suis content
C’est l’amour qui reprend forme

Je n’ai de bague à lui offrir
Elle qui m’offre son sourire
Et j’ai presque peur de lui dire
Lui demander pour ainsi dire

Sa main contre la mienne
Qu’enfin ne soyons qu’un
Pour que toujours je me surprenne
À me battre pour mon prochain

A me battre pour cet instant
Qui est ma seule éternité
Qui pour toujours est au présent
Qui est tout ce que j’ai

Quel qu’en soit nos aventures
Moi je n’ai plus de passé
Pas de futur
Ainsi va mon éternité

Celle du cavalier
Le cavalier des Terres
Qui l’écrit sa Liberté
Sept lettres un mot Lumière

Je suis le cavalier
Je n’ai de maux que par raison
Ma folie ma Liberté
Je n’ai de mots que par passion

Oui je suis le cavalier
Et moi j’écris les Terres
Cinq lettres un verbe Aimer
C’est par les lettres qu’est ma guerre

Par les mots que je combats
En tirant ces quelques proses
C’est des fleurs qui naissent là
Chant de mots pour champ de Roses

Une jonquilles ou bien Lila
À l’ombre d’un palmier
Moi tu sais oui moi je crois
Que nous sommes tous frères d’humanité

Et sœur au fond du cœur
Et dans les yeux aussi
Pour que cesse le malheur
Et que naisse l’infini

Je suis le cavalier
Celui des Terres
Oui je suis le cavalier
Et moi je pars en Guerre

Par les mots est mon combat
Sur notre mère la Terre
Par les mots je suis soldat
1000 lettres pour faire Ma Guerre

Quelques lettres pour une Plume
Plume d’oie ou bien de plomb
4 lettres un mot la Lune
Ainsi va mon Horizon

Celui du cavalier
Celui qui part en Guerre
Une Guerre pour exister
Existence faite de vers

Chacun d’eux pour un combat
Un combat pour l’humanité
De ces Roses qui naissent là
Par les Proses du Cavalier

Triste plume est au combat
Me voici Mélancolie!
Mais? C’est la haine qui surgit là
Eh bien tant pis, c’est en mot que l’on survit

Par les mots ma Liberté
Par les mots je pars en guerre
Mon rêve Réalité
Mon Jardin mon Univers

Et puis tu vois, je suis soldat
D’une Prose face aux fusils
Par les mots moi je combat
Je combat la triste vie

Ce soir je reprend ma plume
Et si je meurs, Mélancolie
Avant, je ferai de chaque dune
Une jungle de Jonquille

Je reprend ma triste plume
Pour écrire Mélancolie
Des Soleils aux clairs des Lunes
Pour combattre la triste vie

Et faire de chaque Lune
Un reçit une poésie
Qu’à l’ombre de ma Plume
Y naissent un peu de vie »

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Olivier Rochat

On vote au Liberia

Km 49’562, Monrovia, Libéria.

Au Libéria, petit pays d’Afrique de l’ouest, nous sommes en pleines élections. Le premier tour a eu lieu le 10 octobre 2017 alors que je me trouvais à Monrovia, la capitale. J’ai pu profiter de l’ambiance et de l’espoir suscité par ces élections.

Voici un petit récit écrit le 10 octobre, le jour du vote du premier tour:

Le premier tour a eu lieu le 10 octobre 2017

Le premier tour a eu lieu le 10 octobre 2017

Aujourd’hui on vote au Libéria. C’est le premier tour de l’élection présidentielle et depuis 12 jours que j’ai rejoint ce petit pays d’Afrique de l’ouest, très peu connu en francophonie, je ne peux pas rester insensible aux innombrables affiches présentant les différents partis et candidats se présentant aux élections. Impossible.

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je ne peux pas rester insensible aux innombrables affiches présentant les différents partis et candidats se présentant aux élections. Impossible.

Le long de la route qui m’a mené de Ganta, ville libérienne située à la frontière de la Guinée, jusqu’à à Monrovia, capitale du Libéria, il y en avait des centaines. Des milliers peut-être.

À tel point qu’invité par Richard, un anglais qui travaille au maintien de cette route, l’une des seules goudronnée de tout le Libéria, je venais à plaisanter : « eh bien si les candidats investissent autant pour construire de nouvelles routes que pour leur campagne présidentielle, le réseau routier va vite s’améliorer. »

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Cette route, l’une des seules goudronnée de tout le Libéria

Phrase pas si anodine, autant quand l’on se rend compte de l’importance que peut avoir une route goudronnée pour le développement d’une région et des milliers-parfois millions- de gens qui l’habitent que quand l’on se rend compte du triste état de l’immense majorité des routes d’Afrique de l’ouest.

Rendez-vous compte, cette route longue d’environ 270 km vient d’être terminée. Il s’agit maintenant d’une excellente route qui permet de relier le nord du pays à Monrovia, sur la côte atlantique, en quelques heures à peine. Avec elle c’est l’agriculture locale qui reprend, délaissée depuis la longue guerre civile qui a forcé des milliers de personnes à quitter les campagnes. C’est ainsi une grande part de l’économie qui reprend et des business fleurissent ici et là. Greenville par-exemple, ville isolée le long de la côte, n’a pas eu cette chance. Distante d’environ 500 km, le voyage prend régulièrement 5 jours. Et parfois plus, en fonction des saisons.

Un gouffre. Un monde d’écart. Presque autant que les différences observées lors de mes derniers jours en Guinée et ceux au Libéria.

Grosse frayeur puis belle découverte

En effet ma dernière journée de route en Guinée s’est terminée dans la boue. Plusieurs kilomètres de boues, après avoir traversé une forêt dense où j’ai vécu l’une des plus grosses frayeurs de mon voyage lorsqu’un serpent, visiblement en train de chasser lui-même un « amuse-gueule » qui me coupe la route, surgit de l’herbe haute, à toute vitesse, ne me laissant le temps ni de m’arrêter ni de faire un « détour » pour l’éviter. Il s’en est fallu d’un rien mais j’ai évité le pire. Après avoir vérifié, bien qu’il me soit impossible de le certifier à 100%, il s’agissait visiblement d’un boomslang, ou serpent des arbres. S’il n’est pas le plus dangereux car très peu agressif, une piqûre peut vous tuer en quelques heures. Si la morsure n’est pas traitée, bien que peu douloureux durant plusieurs heures dû à la lenteur de son efficacité, le venin va coaguler votre sang. Ce dernier va sortir de vos orifices. Après quoi ce sera rapidement la mort. Charmant.

après avoir traversé une forêt dense où j'ai vécu l'une des plus grosses frayeurs de mon voyage

après avoir traversé une forêt dense où j’ai vécu l’une des plus grosses frayeurs de mon voyageait

Mais c’est bien vivant, et un peu effrayé, que je rejoint la frontière guinéenne où l’on vérifie mes papiers et tamponne mon passeport sans me créer de problèmes. Après quoi je traverse un pont, la pluie s’arrête et de l’autre côté du pont je découvre cette route très bien revêtue qui va me mener à Monrovia. Je découvre alors un nouveau pays, presque un nouveau monde: le Libéria.

En quelques instants je me sens comme propulser dans un autre monde. En traversant ce pont j’ai traversé une rivière. Moi j’ai l’impression d’avoir traversé l’Atlantique. Très vite je me sens comme attirer par ce pays, cette ambiance particulière « post-élection », la culture et l’histoire de ce pays si différente de son voisin guinéen avec son influence américaine très forte et sa langue singulière elle aussi, l’anglais-libérien, qui tranche avec « l’anglais-americain » également rencontré.

Une rue de Monrovia

Une rue de Monrovia

Un pays singulier

En effet l’histoire du Libéria est singulière à plus d’un titre. Notamment en ce qui concerne son indépendance. Bien souvent j’entends dire que le premier pays africain à obtenir son indépendance fut le Ghana qui a fêté ses 60 ans d’indépendance ce printemps. Pourtant, dit comme cela, c’est faux.

Le Libéria a obtenu son indépendance en 1847

Le Libéria a obtenu son indépendance en 1847

En effet, bien que le Ghana fut le premier  pays à obtenir son indépendance lors de la « vague d’indépendance » du milieu du 20ème siècle, d’autres pays africains ont obtenu leur indépendance bien avant dont notamment l’Égypte, l’Afrique du sud ou encore l’Éthiopie qui n’a jamais été sous gouvernement colonial.

Et le premier de tous, si l’on excepte l’Éthiopie bien entendu, fut le Libéria qui fête cette année ses 170 ans d’indépendance.

Mais comment se fait-il que le Libéria a obtenu son indépendance plus de 100 ans avant la plupart des autres pays d’Afrique sub-saharienne ?

Pour mieux le comprendre il faut remonter le temps, jusqu’en 1820 lorsque des esclaves américains affranchis, dont beaucoup étaient les enfants métis de propriétaires blancs, s’installèrent au Liberia dans le cadre d’un mouvement abolitionniste de retour vers l’Afrique, et baptisèrent la capitale Monrovia, en hommage au président James Monroe.

En 1847, les «colons», comme on les appelle encore aujourd’hui, formèrent la République du Liberia en s’inspirant du système politique américain —jusqu’à instituer leur propre forme de ségrégation à l’américaine. Les Américano-libériens à la peau claire, arborant souvent chapeau haut de forme et queue de pie dans la chaleur tropicale d’Afrique de l’ouest, écrasaient de leur puissance les «gens du pays» —Africains autochtones à la peau plus foncée qui durent attendre 1904 pour bénéficier de la citoyenneté libérienne. Un vrai cas de pouvoir corrompant les anciens opprimés.

D’une certaine manière on peut parler là d’une colonie afro-américaine qui a colonisé les tribus locales. Et toute l’histoire du Libéria s’est formée autour de cette relation particulière entre les esclaves affranchis devenus colons à leur tour et les « locaux » se sentant méprisés.

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Aujourd’hui encore les descendants afro-américain sont à peine 5% de la population mais contrôlent la majorité du pouvoir -et de l’argent- du pays.

Cette relation particulière est l’une des causes de l’histoire si violente du Libéria où se sont suivi coup d’État et contre coup d’État durant des décennies. Le premier président d’origine tribale fut Samuel Doe, qui fit massacrer l’ensemble du pouvoir qu’il venait de renverser. Une pratique qui ne lui réussit pas puisque quelques années plus tard il fut capturé par l’un de ses nombreux ennemis, Prince Johnson. Ce dernier le tortura en public, lui coupant doigts et oreilles avant de l’exécuter quelques heures plus tard d’une balle dans la tête et d’exhiber son corps en public. Le tout filmé puis retransmis dans toute l’Afrique de l’ouest (et sur YouTube de nos jours -mais je déconseille-).

Cette histoire date de 1990 et fut le début de 14 années interminable de guerre civile avant d’entamer une reconstruction fragile sur des bases démocratique faites de beaucoup d’aides internationales ,et notamment des « frères américains » dont l’influence se fait grandement sentir. Que ce soit dans son drapeau -copié du drapeau américain, presque à l’identique-, le nom de certaines de ses villes -ou état- tel que Maryland, Greenville, Harper ou Robertsport, ou dans l’utilisation de sa monnaie – on peut utiliser et le dollars US et le dollar libérien et les deux à la fois, si si!!! – un air d’Amérique se fait sentir au Libéria.

son drapeau -copié du drapeau américain-

son drapeau -copié du drapeau américain

 

Après cette période trouble c’est Mme. Johnson Sirleaf qui fut élue en 2006 devenant ainsi la première femme élue au suffrage universel à présider un état africain.

Ayant cumulé deux mandats elle doit maintenant céder sa place et c’est ainsi que prennent place les élections actuelles. Des élections pleines d’attentes, de candidat-e-s, de ferveurs et d’espoir pour ce petit pays vraiment particulier dont la population a déjà survécu à d’innombrables traumatismes. C’est maintenant de nouveaux défis qui s’ouvrent à elle. Celui d’élections non-violente, du combat de la corruption, du droit des minorités, et pleins d’autres encore.

C'est ainsi que prennent place les élections actuelles.

C’est ainsi que prennent place les élections actuelles.

Mais alors que le plus dur semble à faire, un simple regard en arrière rappellera aux libériens, je l’espère, que tant a déjà été fait. Suffisamment, c’est certain, pour ne pas perdre espoir et continuer de l’avant.

Pour ne pas perdre espoir et continuer de l'avant.

Pour ne pas perdre espoir et continuer de l’avant.

Aujourd’hui les rues de Monrovia était bien calme. La circulation très faible et seuls les bureaux de votes semblaient faire le plein.

Aujourd’hui on a voté à Monrovia.

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Aujourd’hui on a voté à Monrovia.

Olivier Rochat

Le Libéria, un pays singulier

Km 49’592, Monrovia, Libéria.

Chaque pays à sa propre histoire, son caractère-s, son climat-s, sa culture-s, et, forcément, chaque pays est unique à sa manière. Mais certains pays se ressemblent plus que d’autres, utilisent la même devise monétaire, parlent la même langue, partage la même culture, ont une histoire liée. Au contraire certains ne ressemblent à aucun autre, à tel point qu’ils forment une catégorie à eux seul.

C’est selon moi le cas du Libéria. Un pays singulier qui, s’il n’est de loin pas le pays le plus spectaculaire que j’ai pu découvrir, reste l’un des plus singuliers, au même titre que l’Éthiopie par-exemple. Un pays où je peux ressentir ce que je n’ai ressenti dans aucun autre.

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Voici quelques une des raisons qui me mènent à penser cela:

Son histoire: là encore je tiens à préciser que chaque pays à son histoire propre. Mais celle du Libéria se détache de toutes les autres. En effet savez-vous que deux pays n’ont jamais été colonisés en Afrique ? Il s’agit de l’Éthiopie et du Libéria. Mais si l’Éthiopie, royaume puissant, a toujours pu repousser l’envahisseur -ce qui fait la fierté des éthiopiens aujourd’hui- l’histoire du Libéria est bien différente.

En 1822 des esclaves américains sont affranchis et ramené sur leur terre d’origine, l’Afrique, afin qu’ils y vivent à nouveau. Les anciens esclaves s’installent sur ce qui est l’actuel Libéria et forme Monrovia, la capitale, en hommage au président américain d’alors, Charles Monroe.

Mais rapidement un malaise entre américano-libériens et population autochtone apparaît à tel point qu’en 1847, lorsque la colonie devient une république indépendante, le suffrage censitaire permet aux américano-libériens de conserver le pouvoir durant un siècle. Les autochtones n’auront le droit de voter qu’à partir de 1945. Aujourd’hui encore le malaise entre américano-libériens et la population d’origine tribale se fait grandement ressentir.

L’influence américaine: comme cité plus haut, l’histoire du Libéria est intimement liée à celle des USA. Aujourd’hui encore l’influence américaine est très forte, notamment avec l’utilisation du dollar US (voir plus bas), un drapeau copié de celui des États-Unis (mais avec une seule étoile) et la non utilisation, encore aujourd’hui, du système international d’unités SI. Pour rappel il s’agit du système d’unités le plus largement employé au monde. Il s’agit d’un système décimal (on passe d’une unité à ses multiples ou sous-multiples à l’aide de puissances de 10) sauf pour la mesure du temps et d’angle.

Seul les USA, le Myanmar (Birmanie) et le Libéria ne l’utilise pas (quoiqu’il n’est pas interdit). Donc au Libéria lorsque vous allez au (super)marché vous ne payez pas vos tomates en kilogrammes mais en livre (1kg = 2,2 lb) et calculez vos distances en miles et non pas en kilomètres (1 mi = 1,609 km).

 un drapeau copié de celui des États-Unis (mais avec une seule étoile)

un drapeau copié de celui des États-Unis (mais avec une seule étoile)

Sa devise monétaire: en fait la devise monétaire du Libéria n’a rien d’exceptionnel en soit. Il s’agit du Dollar libérien LRD mais c’est plutôt son utilisation. En fait dans la plupart des marchés on peut payer à la fois en dollar libérien et américain USD. Mais la plus petite coupure du dollar US étant de 1 dollar, chaque prix en centime vous sera rendu en dollar libérien. Pour payer 1,5 dollar US en donnant 2 dollars US, on vous rendra donc…60 dollars libérien puisqu’un dollar US vaut 120 dollars LRD (60 LRD = 0,5 USD). À vos calculettes !

Il n’est pas rare que je paye avec les deux devises à la fois. Par-exemple 8,5 USD deviendront 5 USD + 420 LRD…

Autre fait marquant. Ma carte VISA étant « périmée », il ne me reste plus qu’une carte MAESTRO. Mais cette dernière ne fonctionne ni au Libéria ni au Sierra-Leone voisin. Heureusement un proche à pu m’envoyer quelques sous via Western Union. Seulement les banques ne délivrent que 75% de l’argent en dollar US. De plus les 25% restants m’ont été livré en petite coupure équivalent à 8 centimes chacune. Résultat des courses j’ai reçu… un sac avec. Pour l’équivalent de 122 USD j’ai eu droit à plus de 1400 coupures. Vraiment pas pratique. Et depuis j’ai troqué mon porte monnaie contre un sac. Comprenez il y’en avait pour près d’un kilo.

 un drapeau copié de celui des États-Unis (mais avec une seule étoile)

Pour l’équivalent de 122 USD j’ai eu droit à plus de 1400 coupures

Sa politique: là aussi sa politique n’est pas unique en soit. Bien que la corruption gangrène le pays tout entier le pays a retrouvé une certaine stabilité depuis la fin de la guerre (2003) et les élections qui se déroulent actuellement, avec 20 candidats au premier tour et deux au second, se déroule sans problèmes majeurs et de manière démocratique jusqu’ici. À l’origine de cette stabilité nouvelle on trouve Mme. Johnson Sirleaf, première femme présidente élue au suffrage universel de toute l’Afrique.

Son climat: là encore le climat du Libéria n’est pas unique en soit. Il s’agit d’un climat tropical, chaud et humide avec une (longue) saison pluvieuse. Mais les fortes pluies qui tombent sur la côte font de Monrovia la capitale la plus pluvieuse d’Afrique avec plus de 5 mètres cumulés par an. Cependant ce sont deux villages du Cameroun et de Guinée Équatoriale qui détienne le record moyen de pluie sur le continent africain avec plus de 11 mètres. En comparaison à Paris il pleut 17 fois moins (0,650 mètres).

J’aurai pu encore ajouter la dernière crise d’Ebola qui a grandement touché le Libéria entre 2014 et 2016.

Mais au-delà de tout ça, voyager au Libéria c’est aussi découvrir son ambiance particulière, celle d’un pays comptant parmi les plus pauvres au monde tout en restant parmi les plus occidentalisés -et cher- d’Afrique de l’ouest. Et si j’ai trouvé un certain côté rude au Libéria j’y ai découvert beaucoup de gentillesse, de curiosité et d’accueil.

Malgré le coût élevé de la vie, un frein quand on voyage uniquement avec ses économies, j’ai pu vivre de bons moments et profiter de confort à Monrovia en étant invité à rester chez Sébastian, un allemand au cœur gros comme… Un coeur énorme en tout les cas!

Et puis voyager au Libéria vous offre cette sensation d’être le seul voyageur/touriste du pays. Ce qui est potentiellement possible tant ce pays n’est pas touristique malgré une communauté d’expatriés occidentaux relativement importante dans certaines villes.

En tout les cas le Libéria est un pays dans lequel je me suis senti aspiré dès mon entrée. Un pays à part, en pleine construction, qui a plus que sa place dans un voyage au long cours en Afrique. Peut-être pas un must au niveau paysages/faunes/flores mais certainement un must au niveau de sa singularité, et de ses particularités qui l’accompagnent.

Et pour moi une fascination. Plus que ça encore, une petite claque contre toutes les idées reçues…

Si j'ai trouvé un certain côté rude au Libéria j'y ai découvert beaucoup de gentillesse, de curiosité et d'accueil.

Si j’ai trouvé un certain côté rude au Libéria j’y ai découvert beaucoup de gentillesse, de curiosité et d’accueil.

Olivier Rochat